Crédibilité sous attaque

Ce n’est jamais bon signe quand la vérificatrice générale d’une province affirme être incapable de se fier aux chiffres du gouvernement provincial pour établir sa véritable situation financière. Encore plus quand le gouvernement en question est dans le rouge depuis des années.

Le gouvernement du Nouveau-Brunswick a livré ses états financiers pour l’année 2014-2015. Les livres affichent un déficit de 388,6 millions $.

Or, la vérificatrice générale, Kim MacPherson, a exprimé des «préoccupations majeures» concernant l’ampleur du déficit. Elle affirme que «les chiffres peuvent être trompeurs» et a émis une opinion avec réserve au sujet des états financiers pour la première fois en 17 ans. Cela signifie qu’en raison de la comptabilité retenue par le gouvernement Gallant, elle est incapable d’affirmer avec certitude si son bilan financier est fiable.

Le désaccord a vu le jour en raison de la réforme du fonds de pension des fonctionnaires. En 2014, le gouvernement (alors dirigé par David Alward) a transformé le régime à prestations déterminées afin de réduire le risque pour les contribuables. Pour simplifier, si les taux d’intérêt ou la bourse chute, le gouvernement n’aura pas à pomper des centaines de millions de dollars pour augmenter malgré tout les prestations de ses retraités, comme c’était le cas auparavant.

Sans entrer trop en détail dans les formalités comptables, précisons que le ministère des Finances juge qu’avec ce changement, certains passifs n’ont plus à faire partie de son bilan financier, puisque le risque a été transféré. Cela a un impact à la baisse sur la façon de calculer le déficit provincial. Kim MacPherson et l’opposition sont en désaccord.

L’Acadie Nouvelle a évidemment un préjugé favorable envers la vérificatrice générale.

Contrairement au gouvernement, elle n’a rien à perdre ou à gagner. Peu importe si la province termine l’année avec un surplus ou un déficit, cela ne change strictement rien à son travail. Elle n’a pas à se préoccuper de questions de partisanerie ou de l’impact politique d’un déficit. Elle est là pour que les contribuables sachent si leur argent est bien dépensé.

Nous invitons le ministère des Finances à mieux accueillir les recommandations de la vérificatrice et d’ajuster sa comptabilité en conséquence. S’il persiste à aller dans une autre direction, qu’il le fasse en collaboration avec Mme MacPherson, avec l’esprit ouvert à ses critiques et en lui présentant tous les faits qui pourraient l’inciter à modifier son approche, s’il y a lieu. Une chose est certaine: nous avons besoin de chiffres fiables. Il n’est pas question de voir des astérisques accolées aux budgets provinciaux.

Au point de vue strictement financier, cette dispute comptable n’a aucun impact. Les agences de cotation n’ont pas l’intention de punir la province.

Par contre, nous sommes préoccupés du sort que réserve le gouvernement Gallant à ses hauts fonctionnaires indépendants depuis quelques mois. Ce n’est pas la première fois qu’il conteste une recommandation ou qu’il effrite leur crédibilité.

Le cas le plus spectaculaire est le rapport de la commissaire aux langues officielles du Nouveau-Brunswick, dont la principale recommandation (rendre bilingue la haute fonction publique) a été rejetée par le gouvernement aussitôt le rapport rendu public.

Au début de l’année, l’ombudsman et le défenseur des enfants et de la jeunesse ont souligné les lacunes dans la Loi sur les conflits d’intérêts des députés, qui interdit d’enquêter sur un élu qui a été défait ou qui n’a pas sollicité de nouveau mandat. La réplique du premier ministre Brian Gallant avait été cinglante. «Je me demande bien pourquoi ils ont pu croire que c’était leur rôle de commenter ça», avait-il déclaré.

C’est sans oublier que les budgets de tout ce beau monde sont gelés, ce qui dans les faits nuit à leur capacité de faire leur travail. Certains se sont plaints publiquement dans nos pages de cette situation, mais cela n’a pas semblé émouvoir le Conseil des ministres.

Le gouvernement doit respecter le travail des fonctionnaires indépendants. Le contraire est dangereux pour la santé de notre démocratie. Nous n’acceptons pas que leurs recommandations ou leurs idées soient rejetées de facto, parfois sans même être étudiées.