Faciliter le vote

Le taux de participation aux élections a tendance à diminuer ou, au mieux, à se maintenir. Dans les circonstances, tous les efforts devraient être mis en place pour faciliter la vie aux électeurs. Des incidents survenus au cours des dernières semaines montrent que dans les faits, ce n’est pas toujours ainsi que ça se passe.

Elle est terminée l’époque où près de 80 % des citoyens se prévalaient de leur droit de vote.

En 1968 (la première élection de Pierre Elliott Trudeau) et en 1984 (l’arrivée au pouvoir de Brian Mulroney), le taux de participation aux élections fédérales s’était élevé à environ 75 %. En 1993 (Jean Chrétien devient premier ministre), le taux était tombé à environ 70 %. En 2006 (Stephen Harper à la tête du pays), ce chiffre atteignait 64,7 %.

Il a depuis quelque peu varié, passant à 58,8 % en 2008 et à 61,1 % en 2011. Il ne sera sans doute pas beaucoup plus élevé cette année.

Ces données rendues publiques par Élections Canada prouvent que pour de nombreux citoyens, le dicton voulant qu’«il faut voter pour avoir le droit de chiâler» contre les décisions de nos gouvernements ne suffit pas pour les pousser à se rendre aux urnes.

Pourtant, il n’a jamais été aussi facile d’aller voter. Il est d’ailleurs possible de le faire par anticipation (jusqu’au 12 octobre) sans avoir à justifier pourquoi.

L’époque où il fallait une bonne raison (le travail, être à l’extérieur du pays le jour du scrutin, etc.) pour voter à l’avance est révolue depuis déjà quelques années, tant au provincial qu’au fédéral. Il est aussi possible de se présenter le 13 octobre à n’importe quel bureau d’Élections Canada pour faire son devoir de citoyen ou même de voter par la poste.

Bref, ce ne sont pas les options qui manquent.

Ce n’est cependant pas suffisant. Tout devrait être fait pour s’assurer qu’un maximum de citoyens participe à l’exercice démocratique. Malheureusement, ce n’est pas le cas.

Il faut dire que l’exemple vient d’en haut. Depuis l’adoption de la controversée Loi sur l’intégrité des élections en 2014, il n’est plus possible de voter muni uniquement de sa carte d’électeur. Il faut montrer une pièce d’identité prouvant que l’on réside dans la circonscription, une restriction qui pourrait empêcher des milliers d’étudiants, électeurs sans domicile et résidents de foyers de soins d’aller voter.

Autre non-sens, la loi limite le pouvoir du directeur général des élections de diffuser des messages publicitaires aux électeurs… par exemple pour les encourager à voter!

Plus près de nous, les citoyens de Saint-Jean-Baptiste et de Menneval, dans le Restigouche, ont été stupéfaits d’apprendre qu’ils devront faire un aller-retour d’une quarantaine de kilomètres pour voter, même si un bureau de scrutin sera pourtant installé à Saint-Jean-Baptiste. Le genre de décision qui se justifie peut-être sur une base bureaucratique mais qui ne fait aucun sens sur le plancher des vaches.

Élections Canada a d’abord soutenu que ces changements sont normaux, qu’ils sont liés au redécoupage des cartes électorales et que les personnes touchées votaient déjà loin de la maison, à Saint-Quentin.

Face au mécontentement des citoyens et, on le présume, au ridicule de la position défendue, l’agence fédérale a choisi de réétudier le dossier.

Avec un peu de bonne volonté, tout sera réglé d’ici le 19 octobre.

Par ailleurs, Élections Canada a refusé d’imiter Élections NB et n’ouvrira pas un bureau de scrutin à l’Université de Moncton.

Une décision inexplicable et indéfendable.

Les étudiants ne forment déjà pas le groupe le plus susceptible d’exercer leur droit de vote. De même, plusieurs ignorent les règles qui s’appliquent à eux, par exemple s’ils doivent voter dans la région d’où ils sont originaires ou dans celle où ils étudient.

C’est sans compter que plusieurs n’ont pas de véhicule, peinent à joindre les deux bouts et ne prendront pas la peine de payer un taxi ou de prendre l’autobus pour se rendre voter en ville.

Tous ces problèmes se régleraient d’un coup par l’ouverture d’un bureau sur le campus de Moncton avec la présence d’employés d’Élections Canada capables d’informer la jeunesse étudiante. Or, il semble que ce soit trop demander à l’organisme fédéral qui se justifie en disant que «tous les Canadiens sont capables de se rendre à un bureau tout près de chez eux».

Nous croyons que les employés d’Élections Canada n’ont pas à porter ce genre de jugement de valeur. Ils n’ont pas à mettre des obstacles sur le chemin des électeurs, bien au contraire.

Chaque décision doit être prise avec comme objectif d’augmenter le nombre de votants.

Cela n’a pas été fait dans les cas qui nous préoccupent.