En attendant le combat

Les Néo-Brunswickois apprennent petit à petit ce qu’a en tête le gouvernement Gallant quand il affirme que «tout est sur la table». Logiquement, la résistance commence déjà à s’organiser.

La part du lion du budget du Nouveau-Brunswick est consacrée à la santé, à l’éducation et au service de la dette. Étant donné qu’il est hors de question de cesser de payer nos créanciers, il est facile de deviner que les deux principaux ministères seront durement touchés.

Le processus a déjà débuté en éducation. En avril, le ministère a annoncé l’élimination de centaines d’emplois, en majorité des enseignants. De même, une politique provinciale force les districts scolaires à évaluer la viabilité de toutes les écoles qui comptent moins de 100 élèves ou qui affichent un taux d’occupation de moins de 30 %.

Vingt-huit écoles sont touchées et il est assuré que quelques-unes d’entre elles subiront le couperet. Pour le moment, les consultations publiques se poursuivent dans le calme.

Ça risque d’être une autre histoire quand les districts scolaires émettront leurs recommandations. Depuis toujours, l’avenir des écoles est un sujet très émotif en Acadie.

Par ailleurs, nous savons désormais que les services de santé sont aussi dans la mire des bureaucrates. Il est peu probable que des hôpitaux ferment purement et simplement leurs portes. Cependant, tous risquent d’être touchés d’une manière ou d’une autre par les compressions.

Des premières informations laissent entendre que 99 lits seront supprimés dans les hôpitaux francophones de la province, y compris près de la moitié (41) dans la région d’Acadie-Bathurst. Une douzaine de lits seraient aussi éliminés à Campbellton.

Les gens de ces deux régions ont encore frais en mémoire la réforme du ministre progressiste-conservateur Elvy Robichaud, mise en place en 2005. Il avait enlevé des lits, fermé des salles d’urgence et transféré des services. Des régions entières s’étaient montées les unes contre les autres. Des manifestations monstres avaient été organisées.

Le plan de santé (comme il était connu à l’époque) comprenait aussi le recrutement de médecins, l’ajout de services ambulatoires et des investissements majeurs dans de l’équipement de santé spécialisé. Tout ça avait été éclipsé par les annonces plus controversées.

Le Réseau de santé Vitalité a appris des erreurs passées et tente de trouver une façon de concilier ses restrictions budgétaires avec les attentes des citoyens. On peut deviner que les dirigeants ne sont pas heureux des fuites dans les médias.

En effet, celles-ci ont pour effet de mettre les populations touchées sur les dents. Avec raison. Pourtant, ce n’est qu’une fois le plan connu dans son entièreté que nous serons en mesure de l’évaluer.

Prenons l’exemple du nombre de lits qui doivent être retirés du système. La proposition de départ semble inacceptable.

Néanmoins, n’oublions pas que plusieurs de ces lits sont présentement occupés par des personnes âgées en attente d’une place dans un foyer de soins. Ils ne sont de toute façon pas disponibles pour les malades en général.

Si le réseau Vitalité peut trouver une façon de replacer ces aînés ailleurs (dans des foyers, dans des centres spécialisés ou en accordant des ressources pour qu’ils puissent rester à la maison), l’impact d’une réduction de lits se fera peu ou pas sentir dans les communautés.

Par contre, c’est autre chose si on parle de compressions tous azimuts sans un plan réaliste pour en atténuer les effets négatifs ou si le réseau se décide à enlever des services et réduire les heures d’ouverture des salles d’urgence.

La régie Vitalité doit agir avec la plus grande prudence. Les citoyens ont retenu les leçons de 2005. Cette fois, ils n’ont pas attendu l’annonce d’un ministre pour se mobiliser. Des maires de régions entières parlent maintenant d’une seule voix plutôt que de tirer la couverture chacun de leur bord. Des comités sont déjà en place et prêts à se battre pour protéger nos acquis.

Le mérite du plan de restrictions budgétaires sur la viabilité des hôpitaux (petits et grands), son impact à court et à long terme sur les patients ainsi que l’efficacité avec laquelle les dirigeants réussiront à vendre leur vision détermineront si nous ferons face à une nouvelle crise comme celle d’il y a une décennie.

D’ici là, voici un conseil au gouvernement et au Réseau de santé Vitalité: avant l’éventuelle conférence de presse qui confirmera les mesures impopulaires à venir en santé, assurez-vous de rencontrer les élus, les leaders de la communauté et les responsables des comités de sauvegarde afin de répondre à leurs inquiétudes.

Dans un dossier aussi sensible que celui-ci, sachez que vous devrez être très convaincants. Vous ne partez pas avec le bénéfice du doute.