Merci Miramichi!

Tout se qui traîne se salit. Et quand, en plus, le diable est aux vaches, alors là, ça ne sent pas bon du tout. Bref, ça pue.

Le conflit qui perdure à la SANB est carrément pathétique. Nous assistons, bien malgré nous, à une foire d’empoigne publique entre des gens éduqués, et en principe bien intentionnés, au sein d’un organisme dont la mission est de jouer un rôle de leader et de rassembleur au sein de la communauté acadienne.

Déjà critiquée sur plusieurs fronts, la SANB l’est maintenant de l’intérieur. L’organisme est devenu une grande famille dysfonctionnelle, où les luttes de pouvoir sont plus que jamais d’actualité.

Est-ce un retour à l’Acadie qui divise, celle des égos démesurés, des intérêts personnels gonflés, des petites manigances et des petites cliques, qui a trop souvent miné nos chantiers de développement?

Qui a raison, qui a tort? Comment s’y retrouver dans ce capharnaüm? À ce stade-ci, cela importe peu. Du moins, pour ceux qui sont sur le plancher des vaches et qui regardent ce triste spectacle avec désolation ou avec un désintéressement qui en dit long sur leur intérêt envers cet organisme sensé les représenter. Occupée à gérer ses conflits internes, la SANB s’éloigne encore plus des véritables préoccupations des francophones. Voilà pourquoi il est important, à ce stade-ci, d’en arriver rapidement à un compromis. Lorsque tout le monde aura repris ses esprits, alors nous pourrons discuter des «vraies affaires», à savoir s’il faut revoir le mandat et la structure de la SANB. On ne fait pas ce genre d’exercice quand les couteaux volent bas et que les coups se donnent dans le dos. On ne règle rien à coup de mutineries.

L’existence même de la SANB est remise en question. On s’interroge sur son utilité. On se demande si l’argent des contribuables pourrait être mieux utilisé. Et on offre des munitions à ceux qui la mitraillent sur les sites internet de certains médias, qui sont devenus de véritables repères de francophobes. C’est à se demander s’il n’est pas déjà trop tard pour réparer les pots cassés. Si la SANB ne se saborde pas elle-même, ce sera peut-être la population qui la fera couler. Il faut se rappeler qu’une telle association obtient un pouvoir de négociation et peut établir des rapports de force avec les gouvernements en demeurant pertinente aux yeux des citoyens qu’elle représente. Si les gens ne lui font plus confiance pour défendre leurs intérêts, ou l’ignorent tout simplement, elle parlera en son nom uniquement.

Cela dit, il est bon de rappeler que ceux qui sont les mieux placés pour défendre et promouvoir la langue française sont ceux qui l’utilisent tous les jours. Le citoyen francophone est plus important, dans cette équation, que n’importe quel groupe d’intérêt ou de pression. La clé de l’avenir du fait français au Nouveau-Brunswick est entre ses mains, et non dans celle de la SANB, qui n’est qu’un outil qu’il s’est donné, à un moment donné, pour défendre ses intérêts.

Les francophones de la région de Miramichi nous en donnent un bel exemple. Pendant que la SANB s’entre-déchire, ils ne ménagent pas leurs efforts pour prendre leur place dans cette communauté à majorité irlandaise, qui fut autrefois le bastion d’un parti anti-bilinguisme. Ces Acadiens privilégient une stratégie des petits pas et accumulent les réussites. Ils viennent d’obtenir l’organisation de la 39e finale des Jeux de l’Acadie, en 2018. Ils se sont dotés d’une radio communautaire. Leur maire et leur député fédéral sont des Acadiens. Ils ont réussi à «vendre» leur apport économique aux entrepreneurs de la région, qui sont de plus en plus nombreux à offrir des services en français. Le centre scolaire communautaire Carrefour Beausoleil fourmille d’activités. Il y a encore quelques ratés à l’hôtel de ville, mais les dirigeants songent à embaucher un employé qui permettrait à la Municipalité de faire valoir les droits de la minorité francophone, ce qui aurait été impensable il y a 20 ans.

Les francophones sont en train de prendre leur place à Miramichi, mais aussi dans la grande famille acadienne du Nouveau-Brunswick. Nous devons tous nous en réjouir. Ne laissons pas la crise à la SANB porter ombrage à nos succès.