Un atout de taille

C’était écrit dans le ciel depuis la victoire sans appel de son illustre ami de jeunesse. La question n’était donc pas de savoir s’il serait choisi, mais bien où il allait aboutir. À Pêches et Océans, comme son père? À Patrimoine Canadien, pour défendre les langues officielles? À l’Infrastructure ou aux Transports, question d’entreprendre un rattrapage nécessaire dans l’est du pays?

Les paris sont lancés chez les Néo-Brunswickois rivés au petit écran pour cette assermentation bon enfant et plutôt sympathique, qui marque d’entrée de jeu une rupture d’avec le gouvernement Harper. Galvanisés par un nouveau premier ministre charismatique, même les pessimistes endurcis se laissent prendre au jeu.

Et puis l’annonce: Dominic LeBlanc est le nouveau leader du gouvernement en Chambre. Et puis un froid. Un silence. Qu’est-ce que ça mange en hiver un leader du gouvernement et comment cette fonction lui permettra-t-il de contribuer au développement de sa région? La satisfaction d’avoir un Acadien au cabinet est atténuée par le fait qu’il hérite d’un ministère sans portefeuille.

Sans portefeuille peut-être, mais pas sans influence. Il sera le député acadien le plus influent dans la garde rapprochée d’un premier ministre depuis son père Roméo, dans un autre gouvernement Trudeau.

Son poste n’est pas à l’avant-scène, ses principales décisions se prendront en coulisses. Dominic LeBlanc sera responsable du bon déroulement des travaux parlementaires en Chambre, de façon à ce que le gouvernement libéral puisse effectuer sans délai les changements énoncés dans son programme électoral. Bien sûr, le gouvernement est majoritaire. Ça lui facilitera la tâche. Mais il ne chômera pas puisque les libéraux n’ont pas lésiné sur les promesses et ils annoncent un gouvernement «activiste», qui passera à l’action rapidement.

Dominic LeBlanc est l’homme de confiance de Justin Trudeau pour faire progresser son programme politique. C’est lui qui doit l’aider à faire sa marque dans ce premier mandat. Le député acadien siégera sur six des 10 comités les plus importants du conseil des ministres, dont deux sont dirigés par le premier ministre lui-même. Il aura une place de choix dans les plus hautes instances du pouvoir. Les occasions ne manqueront pas pour défendre et promouvoir les projets et les revendications des Néo-Brunswickois. Il aura un accès privilégié au premier ministre. Il doit s’en servir à titre de leader parlementaire, mais aussi à titre de député de Beauséjour et de représentant du Nouveau-Brunswick à la grande table des ministres.

À cet égard, il était intéressant de lire cette semaine les déclarations – plutôt encourageantes – du nouveau ministre, qui affirme vouloir contribuer personnellement à la relance économique de la région Atlantique. À ceux qui s’inquiètent du fait que l’APÉCA n’a plus de ministre attitré et que celui qui s’occupera des agences de développement économique est un Ontarien, M. LeBlanc répond qu’il entend intervenir pour promouvoir les projets de développement régional et laisse entendre que leur financement ne viendra pas nécessairement de l’APÉCA, mais d’un ensemble de ministères. On verra bien. Au moins, le nouveau ministre semble bien mesurer les attentes placées en lui et ne se défile pas de ses responsabilités.

Un dossier important refait d’ailleurs surface ces jours-ci dans son coin de pays. Le gouvernement provincial ne ferme pas la porte au doublement de la route 11 entre Miramichi et Shediac, un tronçon de 120 km, qui nécessiterait un budget d’au moins 1 milliard $. Et ce, malgré des études qui démontreraient que la circulation et le nombre d’accidents ne justifient pas un tel investissement.

Le ministre des Finances, Roger Melanson, affirme que son gouvernement souhaite toujours doubler la route 11 au moins jusqu’à Bouctouche si Ottawa participe au projet. «Il faut penser à l’activité économique et au développement économique possible», a-t-il affirmé. Voilà la citation la plus pertinente d’un député dans ce dossier depuis des lustres.

L’élargissement de la route 11 est une patate chaude que se lancent les gouvernements. Il y a eu plus de promesses brisées que de kilomètres asphaltés. En campagne électorale, le chef libéral Brian Gallant a affirmé que ce dossier devait progresser une fois pour toutes. Ça tombe bien, il a un ami et un allié dans les hautes sphères à Ottawa. À tout ce beau monde de jouer maintenant.