Aucune confiance

Le gouvernement du premier ministre Brian Gallant rendra public d’ici la fin du mois son rapport sur la révision stratégique des programmes. Nous connaîtrons enfin mieux les options qui s’offrent à nos dirigeants dans leur quête de réduire de quelques centaines de millions de dollars les dépenses provinciales.

Nous saluons la volonté du ministre responsable, Victor Boudreau, de présenter ce rapport d’ensemble à la population plutôt que de dévoiler les compressions au compte-gouttes ou de mettre tout le monde devant le fait accompli le jour du dévoilement du budget du Nouveau-Brunswick.

Nous souhaitons qu’une fois que sera révélé le plan de redressement des finances publiques, Fredericton fera preuve d’ouverture face aux critiques et aux suggestions qui se feront entendre.

N’en doutons pas, elles seront nombreuses.

En attendant d’en savoir davantage sur ce qui nous attend, il y a un dossier qui ne devrait normalement pas marquer l’imaginaire collectif, mais qui est tout de même important, soit l’avenir des fonctionnaires indépendants de l’Assemblée législative.

Le Nouveau-Brunswick en compte huit. Dans sa quête incessante pour trouver des économies, le gouvernement a déjà indiqué qu’il pourrait éliminer ou fusionner certains de ces postes.

Victor Boudreau a d’abord laissé entendre que le commissaire aux langues officielles pourrait faire partie du lot, avant de préciser sous la pression publique que ce ne serait finalement pas le cas.

Les sept autres postes sont toutefois dans la ligne de mire gouvernementale: l’ombudsman, le protecteur des enfants et de la jeunesse, le vérificateur général, le commissaire aux conflits d’intérêts, etc. Tous ne disparaîtront pas. Mais il est probable que certains d’entre eux seront fusionnés.

Une perspective qui nous préoccupe.

Comprenons-nous bien. La qualité des fonctionnaires indépendants ne se mesure pas par leur nombre. C’est plutôt leur indépendance, le budget qui leur est alloué, la clarté de leur mandat et la compétence des personnes choisies qui font que les intérêts des Néo-Brunswickois sont bien défendus.

Dans une entrevue à CBC, l’expert en gouvernance Donald Savoie expliquait que le gouvernement pourrait fort bien fonctionner avec seulement quatre fonctionnaires indépendants: la vérificatrice générale, le directeur général des élections/contrôleur du financement politique, la commissaire aux langues officielles et l’ombudsman (qui engloberait les fonctions et budgets de tous les autres postes).

Nous n’avons aucune raison de douter de son propos. D’ailleurs, en 2011, Bernard Richard, qui combinait à l’époque les titres d’ombudsman ainsi que de défenseur des enfants et de la jeunesse, signait un rapport où il proposait déjà qu’on lui confie aussi les responsabilités du commissaire aux conflits d’intérêts ainsi que du défenseur en matière d’assurance.

Bref, il est possible de brasser la soupe.

Le problème, c’est que dans ce cas en particulier, nous n’avons aucune confiance en le gouvernement Gallant.

Depuis son accession au pouvoir, il n’a jamais cessé d’attaquer la crédibilité de ses fonctionnaires indépendants. Il a gelé leurs budgets et ainsi réduit la capacité de mener des enquêtes. Il a critiqué publiquement l’ombudsman et le défenseur des enfants après que ceux-ci aient dénoncé une décision dans les journaux. Il a ignoré les recommandations de la vérificatrice générale sur sa façon controversée de préparer ses états financiers et rejeté dans le temps de le dire un rapport visant à rendre bilingue la haute fonction publique néo-brunswickoise. Et bien sûr, il y a eu la fronde sans précédent livrée contre la commissaire aux langues officielles dans les dernières semaines.

Le gouvernement a pris la mauvaise habitude de miner la crédibilité de ces agents pourtant cruciaux pour la vitalité de notre démocratie. Rien ne nous permet de croire qu’il ne profitera pas de l’occasion qui se présente pour régler ses comptes ou réduire encore plus les budgets afin qu’ils ne puissent plus remplir pleinement leur mandat.

Si les libéraux souhaitent apporter des changements, ils devront montrer patte blanche, être plus transparents et plus convaincants que jamais, en plus d’obtenir un consensus avec les autres partis présents à l’Assemblée législative. Les attaques contre nos chiens de garde de la démocratie doivent cesser une fois pour toutes.