CBC, terre des antifrancophones

CBC est un réseau de télévision sérieux, capable de grand journalisme et qui joue un rôle crucial dans la propagation de l’information dans une province où la plupart des médias sont la propriété d’un empire industriel. Mais c’est aussi une organisation qui laisse chaque jour des gens jeter leur fiel sur les Acadiens. Une situation honteuse qui dure depuis trop longtemps.

La section des commentaires qui suit chaque article de CBC, sur son site web, est un lieu où la haine et l’intolérance règnent envers les francophones.

Quand un reportage traite d’enjeux linguistiques, il est assuré que des dizaines de commentaires francophobes suivront.

La langue parlée dans les autobus scolaires, les rapports de la commissaire aux langues officielles et, plus récemment, le fait que Moncton et Dieppe accueilleront les Jeux de la Francophonie sont autant de prétextes pour attaquer ceux qui ont le malheur de vouloir vivre en français.

On ne parle pas ici de critiques constructives ou d’opposition à certaines lois, mais bien d’attaques mesquines contre les francophones. Contre nous.

Deux personnes sont le plus souvent victimes d’attaques personnelles. La commissaire aux langues officielles, Katherine d’Entremont, est particulièrement détestée. Elle est vue comme une sorte de monstre (le mal incarné, a écrit cette semaine un internaute en verve) en mission contre les pauvres anglophones victimes de discrimination.

Le juriste Michel Doucet est une autre cible privilégiée. Il a récemment accordé une entrevue à CBC où il expliquait que si le gouvernement choisissait de transporter les petits anglos et francos dans les mêmes autobus scolaires, il devra alors s’assurer que tous les chauffeurs soient bilingues.

À titre d’exemple, il a raconté que ses enfants, même s’ils ont grandi dans le Sud-Est, n’ont pas appris à parler l’anglais avant l’adolescence. Il ne faisait qu’expliquer une évidence, c’est-à-dire que les Acadiens ne naissent pas bilingues. La plupart d’entre eux grandissent entourés de francophones, étudient en français à l’école et n’apprennent l’anglais que bien plus tard.

Le déluge qui a suivi est répugnant. Me Doucet et ses enfants ont été traités de tous les noms, présentés comme des extrémistes… et bien pire encore.

CBC New Brunswick n’est pas le seul endroit où les attaques francophobes, racistes ou autres pullulent. Mais ce qui différencie CBC est qu’elle est une société d’État, payée à même nos impôts. Son site web est gratuit et ouvert à tous. Il est aussi l’un de ceux qui recueillent le plus de commentaires au Canada. En septembre et octobre 2015, plus d’un million de réactions ont été publiées sur cbc.ca. C’est énorme.

CBC tient clairement à conserver cette force, quitte à écraser les orteils des francophones au passage. Tout le monde dans l’industrie des médias et du numérique vous le dira, l’engagement avec les lecteurs est important. Une personne qui écrit sur un site web est plus susceptible de revenir. Cela augmente l’achalandage sur le site et augmente la valeur de celui-ci (pour y vendre de la publicité, par exemple).

Tout n’est cependant pas permis. En décembre 2015, CBC a réalisé que les textes portant sur les autochtones étaient accompagnés d’un nombre important de messages racistes des lecteurs. Les décideurs ont choisi d’empêcher le public de commenter les articles à ce sujet.

On sent que la décision a été prise à contrecoeur. CBC a pris la peine de publier une lettre de la direction pour se justifier. Une vidéo a été tournée dans laquelle des employés de la société ont lu certains des messages haineux (dont l’un incitait les gens à abattre des autochtones dans un parc) qui ont mené à la décision.

Malheureusement, les francophones n’ont pas droit à autant de considération. Rien ne change d’une fois à l’autre. Les intolérants sont toujours… tolérés.

L’un des problèmes est le recours à l’anonymat. Bien des médias (dont www.acadienouvelle.com) ont agi en forçant les gens qui veulent commenter à le faire à l’aide d’un compte Facebook. En effet, plusieurs sont moins courageux quand ils sont forcés d’écrire sous leur vrai nom, avec leur photo. Ça ne règle pas tout, mais ça limite les excès.

D’autres médias (le Toronto Star, notamment) ont carrément choisi de fermer leur section des commentaires web.

La télévision d’État laisse traîner ce problème sur internet depuis trop longtemps. Si elle n’est pas capable de gérer de façon responsable le flot de messages qui accompagnent ses reportages, elle doit agir de façon responsable et prendre des mesures décisives.

La liberté de parole ne justifie pas le mépris et les attaques contre les francophones. Elle ne justifie pas les insultes et la diffamation. Il est temps que CBC respecte ses propres lignes directrices qui régissent le contenu de son site. Assez, c’est assez.