CBC, terre des antifrancophones (bis)

Pas moins de 120 personnes ont cosigné la plainte de Me Michel Doucet à l’endroit de la CBC cette semaine. Et pas n’importe qui! De simples citoyens engagés, mais aussi des personnalités publiques, des nationalistes, des maires, des sénateurs, des juristes, un recteur et un ancien juge de la Cour suprême du Canada ont apposé leur signature.

Voilà qui est impressionnant. Des gens de tous les milieux et de tous les horizons politiques ont choisi de parler d’une voix et de s’unir derrière un même objectif plutôt que de s’entredéchirer. Ils apportent du même coup énormément de crédibilité à la démarche.

Malgré tout, cela n’a pas été suffisant pour faire plier notre télédiffuseur public national. Dans une lettre rendue publique en fin d’après-midi, vendredi, le directeur des médias numériques, Brodie Fenlon, a confirmé qu’aucune mesure corrective particulière ne sera apportée.

En raison de l’inaction et du laxisme de la CBC, chaque article touchant de près ou de loin aux Acadiens ou aux citoyens des régions du Nord francophone est désormais accompagné d’une longue série de réactions négatives dans la section des commentaires.

L’Acadie Nouvelle a dénoncé en éditorial à plus d’une reprise cette situation dans les derniers mois.

L’avocat Michel Doucet, connu pour avoir mené à bien de nombreuses causes linguistiques au cours des dernières années, a décidé qu’il en avait assez.

Me Doucet aurait fort bien pu ne faire qu’une plainte personnelle. Il est en effet victime dans ce forum de discussion – et sous les yeux des modérateurs payés par la CBC – d’une campagne de dénigrement.

Cela n’est pas sur le point de changer.

Dans sa réponse, Brodie Fenlon parle «d’une situation malencontreuse, mais inévitable». Il soutient que les lignes directrices du diffuseur seront appliquées «avec encore plus de vigueur et de jugement».

Le problème, c’est que ce test, la CBC l’a déjà échoué. Elle sait depuis longtemps ce qui s’écrit sur sa plateforme web. Pourtant, la direction a toujours choisi de jouer à l’autruche. C’est pourquoi nous ne sommes pas rassurés par cette promesse creuse de mieux surveiller ce qui s’écrit sur le site web du réseau.

Nous attendions des changements con-crets. Ils ne viendront pas.

Malgré cette gifle, Me Michel Doucet a droit à nos félicitations pour avoir réussi à élargir la portée du débat. Il a dû être surpris du nombre ainsi que de la qualité des citoyens qui ont répondu à son appel et accepté de l’accompagner dans sa lutte. La dernière année n’a pas été édifiante pour l’Acadie, avec notamment les déchirements qui ont malmené la Société de l’Acadie du N.-B. Or, cette fois-ci, la réponse a été au-delà de toutes les espérances.

En invitant tous les intéressés à signer sa lettre, il a donné une nouvelle portée provinciale, peut-être même nationale, à sa cause. Il ne faut en effet pas se faire d’illusions. Les Acadiens ne sont pas les seuls à être attaqués avec autant de virulence sur CBC.ca. D’autres sont victimes du même traitement ailleurs au Canada.

La société d’État n’aura pas le choix d’agir un de ces jours.

Une seule déception: pourquoi les députés acadiens n’ont-ils pas joint le mouvement? Leur silence n’impressionne personne. Soulignons néanmoins la sortie du député Jody Carr, qui a appelé le diffuseur à mettre fin à l’anonymat dans sa section des commentaires.

Le silence de nos députés n’enlève rien à la force de ce front commun. La plainte n’est pas celle d’un «extrémiste» (pour reprendre une insulte souvent lancée sur CBC.ca contre Me Doucet et quelques autres), mais par 120 citoyens qui ont à coeur leurs droits et aussi, paradoxalement, qui ont à coeur leur diffuseur public.

La CBC a le devoir et la responsabilité de respecter son auditoire. Nous n’exigeons pas l’impossible. L’Acadie Nouvelle, Radio-Canada Acadie et des centaines d’autres médias au pays et à travers le monde le font déjà avec sérieux.

Personne ne demande à la télévision d’État anglophone d’empêcher toute forme de débat et d’éliminer toute critique sur les dossiers linguistiques. Elle doit toutefois cesser d’être un havre d’intolérance.

Cent-vingt Acadiens ont parlé d’une voix forte. La réponse de la CBC n’a pas été à la hauteur.

Le site web de la CBC était hier une terre d’accueil pour tous ceux qui se cherchent une tribune pour cracher leur mépris des francophones. C’est encore le cas aujourd’hui. La seule différence, c’est que la CBC baisse désormais ouvertement les bras devant cet état des faits.