Un rendez-vous crucial

Un exercice démocratique intéressant se déroule à Lac-Baker. Une élection que l’on pourrait qualifier de référendaire y aura lieu dans quelques semaines. L’enjeu? Se regrouper ou non avec les villages et les districts de services locaux voisins. Une décision qui aura des répercussions majeures pour les années à venir dans la région.

Un référendum a eu lieu en novembre 2015 dans le Haut-Madawaska. La population était invitée à se prononcer sur le projet de regroupement des villages de Saint-Hilaire, de Saint-François-de-Madawaska, de Baker Brook, de Clair et de Lac-Baker, ainsi qu’avec six DSL.

Toutes ces communautés ont voté en forte majorité pour le regroupement, à l’exception de Lac-Baker, où le «oui» a subi une cuisante défaite. Les partisans de l’union n’ont néanmoins pas baissé les bras. Ils ont formé une équipe de candidats qui s’engagent, s’ils sont élus, à aller de l’avant.

Certains sourcilleront à l’idée d’un conseil nouvellement élu qui irait à l’encontre du résultat d’un référendum qui vient pourtant tout juste d’avoir lieu. Ce serait inédit, mais tout de même légal. Les conseils municipaux sont élus et ont la légitimité de prendre les décisions qu’ils estiment les meilleures pour leur communauté.

Dans le cas d’une fusion, il est cependant important d’obtenir un mandat clair. Ce sera le cas à Lac-Baker. Un groupe de candidats est en faveur du projet, l’autre s’y oppose. Les citoyens éliront leur nouveau conseil en toute connaissance de cause. C’est la beauté de la démocratie.

Reste à voir quel clan l’emportera.

Le cas de Lac-Baker est fascinant. En effet, une part importante de la population s’oppose à un regroupement en affirmant ne pas y voir d’avantage. Or, si le Village est en bonne santé financière présentement, c’est en raison… d’une fusion!

Dès la fin des années 1990, les élus de Lac-Baker ont fait des sorties dans l’Acadie Nouvelle affirmant que leur communauté n’était plus viable.

Le Village n’avait pas les moyens de se payer un directeur général ou même une secrétaire à l’édifice municipal. Avec ses 170 citoyens et son assiette fiscale évaluée à 5 millions $, Lac-Baker était le plus petit village du Nouveau-Brunswick.

Il pouvait à peine assurer le minimum. Le moindre projet devait être accompagné d’une hausse de taxe importante pour être réalisé.

À compter de 2003, un projet de fusion avec le DSL voisin a été mis sur pied. Il a rencontré une vive opposition, notamment des propriétaires de chalets qui craignaient des hausses de taxe foncière.

En 2007, un référendum a eu lieu et le projet de fusion a été rejeté. À bout de souffle, le maire et les conseillers ont démissionné en bloc et le village a été mis sous tutelle. Aux élections suivantes, un nouveau maire, l’énergique Jean-Marc Nadeau, a repris le flambeau, annonçant qu’il démissionnerait lui aussi si la fusion était encore rejetée. Il a gagné son pari. Son village a du jour au lendemain gagné plus de 500 nouveaux citoyens. L’assiette fiscale a grimpé à 38 millions $.

Lac-Baker est la preuve vivante qu’en nous unissant, nous pouvons former des communautés plus fortes et capables de se développer.

Voilà pourquoi il est si étrange, pour un oeil extérieur, de voir que c’est à cet endroit que la création d’une ville unifiée du Haut-Madawaska a des bâtons dans les roues.

C’est aussi dans cette région que l’on retrouve l’une des plus belles histoires à succès dans le système d’éducation du Nouveau-Brunswick, soit le Centre d’apprentissage du Haut-Madawaska, créé à Clair à la suite de la fermeture de petites écoles de village. Une réussite qui n’aurait jamais vu le jour si tout le monde avait tiré la couverture de son côté.

Le projet de regroupement municipal et des DSL est aussi très intéressant du fait qu’il comprend des communautés qui n’ont pas attendu d’être au bord du gouffre avant de se parler. Au contraire, le Haut-Madawaska est relativement prospère comparativement à d’autres régions rurales, peu populeuses ou isolées.

Le principal défi depuis toujours n’est pas l’emploi, mais plutôt d’y attirer de nouveaux résidants. Tout récemment, Sunnymel a mis de côté un projet d’expansion à son abattoir de Clair parce que l’entreprise peine à recruter des travailleurs. Les emplois seront plutôt créés au Québec.

Nous souhaitons que la municipalité du Haut-Madawaska puisse voir le jour. Il s’agit d’une occasion de développement exceptionnel pour une région qui a toujours su tirer son épingle du jeu par le passé. Plus d’une fois, les citoyens du coin ont fait fi de la peur, de l’ignorance ou de leurs intérêts personnels pour contribuer à la croissance de cette région.

Ils ont une nouvelle occasion de montrer l’exemple. Nous invitons les électeurs à ne pas manquer le bateau.