Les emplois d’été loin des députés

Il peut être parfois si simple de prendre la bonne décision, comme l’ont démontré en début de semaine le premier ministre Brian Gallant et la ministre Francine Landry.

Le gouvernement provincial a annoncé il y a quelques jours des changements au programme SEÉD, qui permet à des organismes d’embaucher des étudiants l’été avec l’aide financière du gouvernement provincial.

Les fonctionnaires seront désormais appelés à distribuer les semaines subventionnées de travail. Une décision que nous applaudissons.
Ce n’était pas un secret pour personne que le programme SEÉD est un nid de favoritisme.

Le chef du Parti vert, David Coon, a révélé les détails du fonctionnement du système il y a un peu moins d’un an. Il a expliqué que chaque député a reçu une enveloppe comprenant la liste des employeurs de sa circonscription qui ont fait une demande de subvention pour des emplois d’été. Les députés doivent ensuite déterminer qui aura droit à la générosité gouvernementale.

Pire encore, les députés au pouvoir recevaient deux fois plus d’heures à distribuer que ceux dans l’opposition. Les ministres dits régionaux étaient les plus gâtés.

Nous avions dénoncé ce favoritisme de bas étage en éditorial à l’époque. Nous croyons que les emplois doivent être distribués selon les besoins des communautés, pas par un député qui décide sur le coin de son bureau qui mérite l’argent des fonds publics. La décision étant prise en cachette, sans autre critère que le bon vouloir de l’élu, la possibilité d’abus est bien réelle.

Nous l’avons écrit 100 fois plutôt qu’une, le favoritisme politique est une plaie.

Voilà pourquoi nous ne pouvons que saluer la nouvelle politique du gouvernement concernant les stages rémunérés. En retirant les considérations politiques du processus, le programme étudiant n’en sera que plus efficace. Le premier ministre Brian Gallant nous démontre enfin qu’il est possible de faire de la politique autrement (son mantra lors de la dernière campagne électorale).

C’est digne de mention parce que la décision a dû faire l’objet de bien des discussions à l’interne dans la capitale provinciale. Le système est en place depuis toujours. Les députés et les ministres, tant progressistes-conservateurs que libéraux, apprécient énormément ce petit pouvoir qui était entre leurs mains.

Nous avons fait grand état de la déclaration du député d’arrière-ban Hédard Albert, qui avait déclaré l’an dernier à propos du vieux système que «Pour moi, c’est acceptable. Je suis content». On oublie toutefois que l’un des ministres les plus influents à Fredericton, Victor Boudreau, avait appuyé publiquement son collègue.

Il est probable que de nombreux autres députés pensaient la même chose que M. Albert, mais ont jugé que cette position était à peu près impossible à défendre dans les journaux et ont donc préféré garder le silence.

Bref, des voix se sont sûrement élevées en privé afin de maintenir le statu quo. Tous n’ont pas dû être faciles à convaincre. Mais finalement, le gros bon sens a prévalu sur les considérations politiques.

Il s’agit d’une belle victoire pour le seul député du Parti vert du Nouveau-Brunswick. Sans sa présence à Fredericton, nos députés se prépareraient comme à l’habitude à décider où les stages étudiants seront offerts cet été.

Parce qu’il ne fait pas partie d’une formation politique rompue au pouvoir et qui a profité par le passé des avantages politiques qui accompagnaient le programme SEÉD, il a fait ce qu’aucun autre député libéral ou progressiste-conservateur n’aurait pensé faire: il s’est insurgé publiquement.

Reste maintenant à connaître exactement en quoi consistera la nouvelle façon de procéder. Le diable, on le sait, se cache dans les détails. Les fonctionnaires aussi peuvent être appelés à politiser leurs décisions en fonction des intérêts de leurs maîtres.

Notons que le gouvernement Gallant a assuré que davantage de détails sur le programme seront bientôt connus, notamment le nombre de postes qui seront offerts.

Un gouvernement qui ose la transparence et met de côté certaines considérations politiques? Voilà une chose à laquelle nous voudrions bien nous habituer.

Nous encourageons le gouvernement à profiter de l’occasion pour rendre le programme plus équitable, tant pour les jeunes que pour les employeurs. Certaines régions ont un taux de chômage plus élevé. D’autres ont des besoins spécifiques en matière de main-d’oeuvre. C’est de cela (et de bien d’autres facteurs) qu’il faut tenir compte, et non pas de l’humeur du député du coin.