Ceux qui n’ont pas voté

C’était jour d’élections municipales au Nouveau-Brunswick lundi. Mais ce n’est pas tout le monde qui a profité de ce privilège.

Toute la journée et pendant une bonne partie de la soirée, les électeurs ont fréquenté les bureaux de scrutin afin d’élire des maires, des conseillers municipaux, des conseillers scolaires et des représentants au sein des régies de la santé.

Des milliers de citoyens ont fait le choix de s’abstenir. Le taux de participation n’était pas encore connu au moment de rédiger ces lignes, mais il n’avait même pas atteint 50% en 2012, lors des plus récentes élections municipales. À moins d’une surprise, il ne doit pas avoir été beaucoup plus élevé cette année.

Cette situation est difficilement compréhensible. Y a-t-il quelque chose de plus simple que de se rendre dans un bureau de scrutin, recevoir une feuille de papier, dessiner des X près du nom de vos candidats favoris, puis de remettre votre bulletin à un employé qui l’insérera elle-même dans un appareil?

Nous sommes chanceux de vivre dans un système démocratique. Pensez-y comme il faut. La plupart d’entre nous sommes sous la supervision d’un patron que nous n’avons pas choisi. L’employeur pour lequel nous travaillons ne nous permet pas, aux quatre ans, de choisir qui prendra les décisions. Si vous aviez un tel pouvoir, combien d’entre vous choisiraient de ne pas s’en prévaloir?

C’est pourtant ce qui arrive au moment des élections. Près d’un citoyen néo-brunswickois sur deux en âge de voter a décidé de rester à la maison plutôt que de contribuer à déterminer l’identité des personnes qui géreront leur municipalité, leur école ou leur hôpital.

Nous parlons ici de services de proximité qui touchent directement la population. Ces élus prendront au cours de leur mandat des décisions qui toucheront nos enfants, notre qualité de vie et notre porte-monnaie.

D’une certaine façon, il est surprenant de constater que cet ordre de gouvernement est de loin le moins populaire auprès de l’électorat.

Nous sommes beaucoup plus nombreux à participer aux élections fédérales ou provinciales à la suite de campagnes portant sur des enjeux certes majeurs, mais parfois moins terre-à-terre.

D’autres citoyens ne sont pas allés voter non plus, mais ce n’est pas par choix. Des dizaines de milliers d’entre eux résident dans des districts de services locaux. Ils n’ont pas de conseil municipal habilité à gérer les affaires de leur communauté ou à parler en leur nom.

Dans plusieurs municipalités, et en particulier les plus petites, les électeurs avaient peu ou pas d’option devant eux, la plupart (sinon la totalité) des postes ayant été pourvus par acclamation.

Selon des chiffres rendus publics par Élections NB, 49 maires et 111 conseillers ont été élus sans opposition (un représentant municipal sur cinq!). Dans certains villages, il n’y avait aucune lutte. Six postes dans cinq municipalités sont même demeurés vacants.

Ce n’est pas plus rose dans les autres scrutins qui étaient à l’ordre du jour. Quelque 47,1% des conseillers d’éducation et 18,8% des représentants de la santé ont gagné leur poste par défaut, faute d’adversaire.

Nous pouvons ajouter à cela les adolescents âgés de 16 et de 17 ans qui sont restés sagement en classe lundi. Ces élections auraient pourtant pu être les premières pendant lesquelles notre jeunesse aurait eu le droit de vote.

Un projet de loi du chef du Parti vert du Nouveau-Brunswick, David Coon, avait été bien accueilli à l’Assemblée législative. Il avait été adopté à l’unanimité en première et deuxième lectures, avant que les libéraux ne le laissent mourir au feuilleton.

Cet échec démontre paradoxalement que l’initiative progresse. Les libéraux au pouvoir ont choisi de torpiller le projet de loi en douce plutôt que de s’y opposer de façon directe, lors d’un vote. Ce n’est que partie remise. Les politiciens ainsi que les autres défenseurs du statu quo commencent à manquer d’arguments crédibles pour bloquer ce projet qui finira bien par devenir réalité.

Ce n’est donc pas tout le monde qui a participé à cet important exercice démocratique. Bien au contraire.

Nous sommes tous gagnants quand nous nous déplaçons afin d’accomplir notre devoir de citoyen. Mais nous sommes tous un peu perdants quand, à la suite de choix de société, d’un manque de participation ou de désintérêt personnel, nous sommes si nombreux à ne pas faire entendre notre voix.