Un monument important pour la communauté

Le mot «héros» est utilisé à toutes les sauces. On l’entend dans la vie de tous les jours, quand on parle de nos anciens combattants ou même quand un athlète réussit un exploit extraordinaire qui soulève les foules.

Il est aussi utilisé à profusion pour parler des policiers Doug Larche, Fabrice Gevaudan et Dave Ross. Avec raison.

Ces trois hommes ont été abattus à Moncton, le 4 juin 2014, par un homme qui ne mérite pas de voir son nom mentionné dans cet éditorial. Le tueur, on a parfois tendance à l’oublier, a blessé deux autres héros: les agents Éric Stéphane Dubois et Darlene Goguen.

Ces cinq policiers – et des dizaines d’autres – ont risqué leur vie dans l’espoir d’arrêter un fou furieux lourdement armé. Trois d’entre eux ont fait le sacrifice ultime avant que le suspect soit finalement arrêté, le 6 juin, peu après minuit.

Deux ans jour pour jour après les terribles événements, les familles des défunts, les collègues de ceux-ci et plusieurs membres de la communauté se sont réunis pour assister au dévoilement d’un monument de bronze en leur mémoire.

Ce monument est important.

Il est important pour les familles des trois victimes, particulièrement les trois épouses et leurs enfants. La population leur envoie ainsi un message fort: Doug Larche, Fabrice Gevaudan et Dave Ross n’ont pas été oubliés. Nous reconnaissons l’importance de ce qu’ils ont accompli. Et nous partageons l’immense douleur de leurs proches.

Ce monument est important aussi pour les policiers, en particulier ceux de la GRC de Moncton. Il est un rappel que la communauté appuie sa force policière.

Le tueur disait vouloir entreprendre une «révolution» contre ce qu’il qualifiait d’État oppressif. Au contraire, la population a été solidaire de ses policiers. Avec ces trois statues, elle rappelle à nos représentants de l’ordre que nous savons à quel point leur boulot peut être dangereux et combien nous sommes reconnaissants de leur travail.

Enfin, cette oeuvre est importante pour nous tous, simples citoyens. Au Nouveau-Brunswick en général et à Moncton en particulier, plusieurs ont été traumatisés par ce terrible événement. Dans les mois qui ont suivi, chaque explosion, chaque bruit qui sortait de l’ordinaire provoquait une série d’appels au 9-1-1 et même des mouvements de panique, les témoins étant convaincus qu’un autre tueur se promenait dans le quartier. Chaque opération policière d’importance était aussitôt interprétée comme une répétition possible du drame de juin 2014.

Bref, ce monument est un rappel que ceux qui ont vécu l’épreuve des balles ne sont pas les seuls à avoir été marqués à jamais.

Après la peur, l’émotion, la solidarité et les hommages, nous allons maintenant collectivement et lentement commencer à tourner la page.

Le processus a déjà débuté.

Tourner la page? Eh oui. Comme tous les événements, des plus banals aux plus terribles, ceux du 4 juin 2014 font partie de notre passé et de notre vécu.

Le jour viendra où ils ne seront plus qu’un lointain souvenir pour une majorité de la population. Ils feront partie de notre Histoire avec ce qui a de beau et de moins beau, au même titre que la Déportation, Kouchibouguac, l’évasion d’Allan Légère ou le drame d’Escuminac. C’est inimaginable de le croire, mais les émotions, encore si vives aujourd’hui, laisseront éventuellement place aux souvenirs.

Il restera alors trois magnifiques statues représentant trois policiers au courage indomptable. Ceux et celles qui, dans un avenir plus ou moins lointain, ignoreront tout de leur histoire pourront découvrir leur visage coulé dans le bronze, lire à leur sujet et se faire rappeler à leur tour ce que nous savons tous aujourd’hui: c’est-à-dire que si nous vivons dans nos villes et villages en toute sécurité, c’est aussi parce que chaque matin, des policiers enfilent l’uniforme, patrouillent nos rues et répondent à nos appels d’urgence sans savoir si cela sera leur dernière mission.

Doug Larche, Fabrice Gevaudan et Dave Ross ont été immortalisés. Mais à travers leurs statues, c’est le lien qui s’est créé lors de ces jours fatidiques, entre la communauté et ses héros, qui a aussi été coulé dans le bronze.