Un visage acceptable pour les anglophones

Pour son remaniement, le premier ministre Brian Gallant nous a offert un grand jeu de la chaise musicale. Une seule personne est éjectée du cercle des décideurs (le bientôt retraité Hédard Albert) et deux autres s’ajoutent, mais avec des responsabilités très réduites. La même équipe reste donc essentiellement aux commandes.

Les changements sont toutefois majeurs.

D’abord, et c’est la grande surprise de ce nouveau conseil des ministres, Brian Gallant rétrograde deux des trois membres de son trio de confiance, qui était composé de Donald Arseneault (Énergie et Mines), Victor Bou-dreau (Santé) et Roger Melanson (Finances).

Des trois, seul Victor Boudreau reste au même poste, cimentant du même coup sa position à titre de véritable numéro 2 du gouvernement. Donald Arseneault est envoyé à l’Éducation postsecondaire, Formation et Travail, un ministère moins prestigieux à Fredericton. Il aura la mission de vendre le plan de gratuité des études postsecondaires, qui prend du plomb dans l’aile grâce au travail efficace de l’opposition dans ce dossier.

Nous sommes perplexes quant au sort qui a été réservé à Roger Melanson. Il était connu que M. Melanson trouvait trop lourdes les tâches combinées des Finances et des Transports. Mais qu’a-t-il bien pu faire pour mécontenter son chef au point d’être enterré au sein du nouveau Conseil du trésor? Avec cette nomination, M. Gallant s’assure que son ancien homme de confiance restera très loin des projecteurs.

M. Melanson est remplacé aux Finances par Cathy Rogers, qui ne s’est pas illustrée au Développement social, où elle n’a pas su mener à bien le dossier de la hausse des tarifs dans les foyers de soins.

Notons toutefois que Mme Rogers est une femme, est anglophone et est originaire de Moncton. Il s’agit de trois qualités importantes pour Brian Gallant qui est déterminé à changer l’image de son gouvernement.

Mme Rogers n’est pas la seule à recevoir une importante promotion sans avoir fait ses preuves. Brian Kenny, qui n’a pas brillé comme député ou ministre depuis le début de sa carrière, se voit catapulter à l’Éducation.

La véritable ligne directrice de ce nouveau Cabinet demeure toutefois la volonté de Brian Gallant d’offrir un visage plus acceptable auprès de la majorité anglophone. Avec la possibilité que le Parti progressiste-conservateur se dote d’un chef originaire d’une des grandes villes du sud de la province, le premier ministre a déterminé qu’il ne pouvait plus compter sur autant d’Acadiens à des postes clefs.

Nulle part cela n’est aussi évident que par la rétrogradation de Serge Rousselle. Pour de nombreux Néo-Brunswickois de langue anglaise, M. Rousselle est le ministre des autobus scolaires séparés sur une base linguistique. Il est ce constitutionnaliste qui accorde trop d’importance aux décisions des tribunaux et pas assez «au gros bon sens», et ce, au détriment de tous ces anglos qui trouvent que la minorité acadienne en mène trop large.

Serge Rousselle se retrouve donc dans un endroit où il ne pourra plus jeter d’huile sur le feu linguistique, à l’Environnement et aux Gouvernements locaux. Cela, à peine quelques jours après que le premier ministre Gallant ait réclamé des règles plus souples pour combattre les changements climatiques.

M. Rousselle aura toutefois la chance de tirer son épingle du jeu en nous proposant une réforme tant attendue qui mènerait à une plus grande municipalisation du territoire. Les élus municipaux attendent à ce sujet le dépôt d’un livre blanc à l’Assemblée législature, cet automne. Si le ministre livre la marchandise, son changement de poste aura été bénéfique pour toute l’Acadie.

Par ailleurs, M. Gallant donne des responsabilités bonbons à ses ministres (Familles et enfants, Littératie, Aînés, Liaison avec les forces armées, etc.) dans le but de faire plaisir à tout un chacun. Du pur électoralisme.

En prime, Brian Gallant s’est offert une ministre des Affaires celtiques, et ce, dans une province où à peu près personne ne parle le gaélique (contrairement à la Nouvelle-Écosse, par exemple). La nomination n’a de sens que si on l’interprète sous l’angle d’un parti qui veut montrer aux anglophones qu’il est aussi de leur côté. Pour le moment, la tentative est mal accueillie. Ce n’est pas surprenant, tant ce poste est une aberration dans le contexte néo-brunswickois.

Le Cabinet est-il plus fort aujourd’hui qu’il ne l’était hier? Difficile à dire. Trop de ministres se retrouvent avec des responsabilités importantes sans avoir fait leurs preuves. Mais les libéraux sont-ils aujourd’hui mieux positionnés pour remporter les prochaines élections? Certainement. Brian Gallant s’est offert un nouveau souffle et, surtout, a déplacé certains irritants qui risquaient de l’empêcher de réussir une percée dans les régions anglophones lors du prochain scrutin.

Dans la capitale, le gouvernement libéral peut dire mission accomplie.