Taxer le sucre pour l’argent

Le Nouveau-Brunswick hésite à imposer une taxe sur les boissons sucrées, comme s’il s’agissait d’une frontière symbolique à ne pas franchir. Pourtant, il y a là une source de revenus potentiels appréciable dont le gouvernement est fou de se priver.

Les boissons gazeuses sont populaires auprès des consommateurs. Il suffit de se promener dans une épicerie pour s’en convaincre. Elles ont droit à beaucoup d’espace et de visibilité ainsi qu’à de bons rabais. Leurs étalages sont beaucoup plus attirants à l’oeil que ceux réservés au lait, par exemple. Et c’est sans compter qu’elles sont beaucoup moins dispendieuses.

Elles sont aussi particulièrement sucrées. On ne compte plus les études qui lient la consommation régulière de produits comme Coke ou Pepsi à l’embonpoint ou à des maladies comme le diabète.

Le discours sonne une cloche au Nouveau-Brunswick, où plus de 355 000 adultes souffrent d’embonpoint ou d’obésité, selon Statistique Canada. Aussi, un nombre grandissant de personnes réclament de Fredericton une action concrète dans ce dossier, en imposant une taxe spéciale.

Les défenseurs d’une telle taxe affirment que celle-ci permettrait de rapporter des centaines de milliers de dollars dans les coffres d’une province aux prises avec un important déficit budgétaire structurel. De plus, une hausse du prix de ces denrées aurait pour effet de réduire la demande et ainsi de diminuer le taux d’embonpoint dans la province, spécialement chez les jeunes.

Le gouvernement Gallant n’a pour le moment aucune intention d’aller dans cette direction. Interrogé à ce sujet par l’Acadie Nouvelle la semaine dernière, un porte-parole a indiqué que «plus de recherche serait nécessaire» avant de mettre cette idée en application.

Une façon comme une autre de dire aux groupes de pression qui défendent cette vision d’aller voir ailleurs. Si le gouvernement du Nouveau-Brunswick était sérieux, il n’aurait pas besoin d’effectuer «plus de recherche». Il suffit de fouiller sur le web pour trouver en quelques minutes des dizaines d’études scientifiques effectuées partout dans le monde sur le sujet. Pas besoin de réinventer la roue.

C’est sans compter que plusieurs juridictions, en particulier en Europe et en Amérique du Nord, ont déjà imposé une telle taxe. Certaines (le Mexique, notamment) ont immédiatement constaté une diminution de la consommation des boissons gazeuses.

D’autres (comme le Royaume-Uni) vantent surtout le fait qu’elles dégagent ainsi chaque année des millions qu’elles peuvent investir dans les écoles, dans les programmes sportifs et dans la sensibilisation.

Cela prend toutefois un certain courage, ce qui manque au Nouveau-Brunswick.

En effet, c’est une chose d’augmenter de deux points la Taxe de vente harmonisée, qui touche le monde en général, mais qui ne vise aucune entreprise en particulier. C’en est une autre d’imposer une taxe Pepsi qui braquera immédiatement les projecteurs de multinationales sur notre petite province.

Nos politiciens veulent être réélus et hésitent à affronter dans un débat public aux conclusions incertaines des géants aux marques connues, aimées et respectées par une majorité de citoyens.

Les géants des boissons gazeuses savent en effet se montrer convaincants. Ils brandiront la menace de pertes d’emplois. Ils rendront publiques des études démontrant que les boissons gazeuses, à elles seules, ne sont pas responsables des problèmes d’obésité, que le problème est plutôt que les gens sont trop sédentaires et pas suffisamment actifs. Ils diront qu’une taxe sur le sucre punira les plus démunis qui n’ont pas les moyens de faire de meilleurs choix alimentaires.

Si nos politiciens n’ont pas la capacité ou la volonté de se lancer dans une telle lutte, alors ils doivent miser sur une autre stratégie: mettre de l’avant l’argent qu’une taxe sur les boissons sucrées permettrait de générer dans le trésor public.

Ce n’est pas comme si les libéraux n’avaient pas d’expérience dans le domaine. Ils ont passé les deux dernières années à présenter, chiffres à l’appui, des propositions telles que l’imposition de péages routiers ou la fermeture d’hôpitaux, avant de reculer.

Le ministère des Finances veut effectuer plus de recherches? Qu’ils nous disent combien cette taxe pourrait rapporter et dans quelles écoles, quelles routes ou quels hôpitaux ils pourraient ensuite investir tout cet argent.

Les boissons gazeuses sont peut-être bonnes au goût, mais elles n’ont rien d’essentiel à notre alimentation. Les risques à leur consommation en grande quantité sont bien documentés. Les maladies qu’elles provoquent en raison d’une trop grande consommation sont chroniques et coûtent très cher au système de santé. Il n’y a aucune bonne raison de se priver de les taxer un peu plus.

Et en prime, tant mieux si cela permet de diminuer le taux d’embonpoint de la province (l’un des plus élevés au Canada) et de réduire un tant soit peu la pression que cela fait subir sur notre système de santé.