Contre vents et marées

Les francophones de Miramichi ont fêté en grand le 30e anniversaire de leur Carrefour Beausoleil, en fin de semaine, et ils avaient d’excellentes raisons de le faire. C’est bien plus qu’une école et bien plus qu’un centre communautaire qui rayonnent dans cette communauté depuis maintenant trois décennies.

Tel que titré à la une de l’édition de lundi de l’Acadie Nouvelle, 30 ans de combats et de victoires ont été célébrés au cours de ce banquet qui avait comme invité d’honneur un Acadien qui n’est pas étranger aux combats pour la survie de la langue française, le chanteur Zachary Richard.

Le Carrefour Beausoleil est né en 1986 au milieu d’une vague visant à doter les francophones des grands centres urbains anglophones de la province d’institutions pour les aider à combattre l’assimilation dont ils étaient victimes.

Le premier ministre de l’époque, Richard Hatfield, croyait au potentiel de ces communautés. Il n’a pas hésité à agir malgré l’opposition de plusieurs au sein de la majorité anglophone et même chez des francophones qui craignaient que leurs enfants perdent la capacité d’être bilingues s’ils ne fréquentaient pas les mêmes établissements que les petits anglos.

Nous lui devons les systèmes d’éducation séparés sur une base linguistique, un gain considéré encore aujourd’hui comme le principal socle sur lequel la communauté acadienne et francophone s’appuie pour combattre l’assimilation.

Il a aussi financé la création d’un modèle totalement inédit à l’époque, mais qui allait faire des petits partout au Canada, soit la création de centres scolaires communautaires.

Le gouvernement allait non seulement offrir aux francophones de Fredericton, de Saint-Jean et de Miramichi la possibilité de fréquenter l’école dans leur langue et dans leur communauté, mais il allait inclure dans les projets une partie communautaire.

Les centres scolaires communautaires, loin d’être des bunkers isolés, allaient au contraire servir de phare pour tous les francophones de la région. On y offrirait des services de garde, on y ferait la promotion de la culture, on y organiserait des activités et des rassemblements pour la population acadienne, etc.

En termes plus clairs, les francophones cesseraient d’être invisibles, et ce, au coeur de communautés qui ne sont pas à la base particulièrement ouvertes à leur présence.

Les choses ont beaucoup changé depuis 30 ans. Une petite virée à Miramichi pourrait vous surprendre. Il est souvent plus facile de s’y faire servir en français qu’à Moncton. Des restaurants, des concessionnaires automobiles et combien d’autres commerces ont compris qu’il est payant de servir la minorité francophone dans sa langue.

Ça n’a pas toujours été comme ça. Faut-il rappeler que Miramichi a été l’un des bastions du parti Confederation of Regions, lequel a mené la guerre au bilinguisme? Que le conseil municipal a fait un pied de nez aux Acadiens en adoptant une motion, en 2003, annonçant haut et fort que la langue de travail officielle de la municipalité est l’anglais? Que la commissaire aux langues officielles a montré la Ville du doigt, l’an dernier, en raison de son manque d’efforts à respecter ses obligations linguistiques?

Bref, personne ne confondra jamais Miramichi avec Shippagan ou avec Saint-Quentin.

Malgré tout, le fait demeure que la région s’est beaucoup ouverte aux francophones depuis 30 ans. Et qu’une immense partie du mérite revient à tous ceux qui, contre vents et marées, ont cru à ce projet un peu fou de fonder une école et un centre communautaire sous le même toit et d’en faire le grand succès qu’il est devenu aujourd’hui.

Chapeau!

***

Nous nous en voudrions, dans un éditorial consacré aux succès des francophones de Miramichi, de passer sous silence le décès du maire Gerry Cormier, mort subitement dimanche à l’âge de 66 ans.

M. Cormier était devenu en 2008 le premier Acadien de l’histoire à être élu à la tête de cette ville connue comme étant la capitale des Irlandais.

La vague de tristesse qui a accompagné la nouvelle de son décès montre bien que sa vision transcendait les langues, les cultures et les divisions politiques. Dans les dernières heures, il a été qualifié de «champion pour Miramichi», de «l’un des plus grands leaders» de la municipalité et de bien plus encore.

On lui donne aussi le crédit pour avoir dirigé avec adresse un conseil municipal qui était reconnu comme étant dysfonctionnel avant son arrivée, ainsi que d’avoir contribué à aider la ville à se relever après la fermeture d’importants employeurs, notamment l’usine UPM-Kymmene.

Nous avons besoin de plus de politiciens de la trempe de M. Cormier au Nouveau-Brunswick. Nos condoléances vont à sa famille ainsi qu’à celle d’un grand Acadien lui aussi tout juste décédé, l’ancien ministre et sénateur Norbert Thériault.