Redoubler d’efforts ou être soigné en chinois

Les travailleurs paramédicaux se disent au bout du rouleau. Pas assez nombreux, surchargés, ils tombent comme des mouches. Au milieu de tout ça se trouve la sempiternelle question linguistique.

Le syndicat des employés d’Ambulance NB a sonné l’alarme dans les pages de l’Acadie Nouvelle, il y a une semaine. Il a expliqué que les travailleurs paramédicaux et les répartiteurs ne voient pas la lumière au bout du tunnel. Ils se font dire qu’ils ne pourront pas prendre de vacances, faute de personnel pour les remplacer. Plusieurs effectuent des quarts de travail de douze heures, pour ensuite devoir travailler des heures supplémentaires. Chaque congé de maladie, chaque absence et chaque burnt out ajoutent un poids et un stress immense sur ceux qui restent.

Ce n’est pas la première fois que de tels témoignages sont livrés sur la place publique. Au début de l’année, l’ex-ambulancier Serge Brideau, qui est mieux connu en tant que chanteur des Hôtesses d’Hilaire, a confié dans nos pages à quel point son travail était nuisible à sa santé mentale. Il a parlé de collègues qui se sont suicidés, de la difficulté d’obtenir de l’aide de l’employeur, etc.

Le principal problème est le manque de personnel. Ambulance NB ne peut évidemment pas refuser un appel d’urgence parce que c’est la période des vacances.

L’enjeu linguistique est montré du doigt. Près d’une cinquantaine de postes désignés bilingues sont vacants chez Ambulance NB. Plusieurs estiment que la vie serait plus simple pour tout le monde si l’entreprise pouvait simplement embaucher quelques dizaines d’employés unilingues anglophones et ainsi permettre à tout le monde de souffler un peu.

Cela nous amène à cette bonne vieille phrase souvent répétée: «Si je suis en en danger de mort, je me fiche que la personne qui me soigne parle français, anglais ou chinois». C’est tout à fait véridique. Le citoyen le plus inflexible, qu’il soit acadien, loyaliste, coriste ou celtique, ne choisira jamais la mort plutôt que d’être soigné dans la langue de l’autre.

Ce serait toutefois trop simpliste de réduire le débat à cette caricature.

En effet, avec cette prémisse, il faudrait aussi accepter que dorénavant, le gouvernement ne fasse plus aucun effort pour assurer des services en santé dans notre langue, en particulier dans les régions à majorité anglophone.

Autre point important: c’est une chose d’être bilingue et d’être capable de faire son épicerie en anglais. C’en est une autre de s’exprimer dans sa langue seconde quand on est en état de panique à la suite d’une attaque cardiaque, d’une blessure ou autre situation du genre. Dans les situations de vie ou de mort, chaque minute, chaque seconde et chaque mot compte. La survie d’une personne peut dépendre de sa capacité (ou celle de ses proches) à communiquer de façon précise ses symptômes au travailleur médical.

Enfin, il y a un détail essentiel duquel Ambulance NB doit aussi tenir compte. La loi l’oblige à offrir ses services dans les deux langues. On ne parle pas ici d’un objectif à long terme, d’un rêve lointain ou d’un vague espoir, mais bien d’une obligation. Une personne en situation d’urgence doit être capable de communiquer avec l’ambulancier dans la langue de son choix.

C’est la loi. Une loi qui est souvent ignorée par le gouvernement lui-même, mais une loi quand même.

On ne peut pas la mettre de côté parce qu’il y a des problèmes de recrutement ou parce que le syndicat soutient qu’elle est «irréaliste», que ses objectifs sont «inatteignables» et qu’elle cause un préjudice à ses membres unilingues.

Que doit donc faire Ambulance NB pour résoudre le problème? La même chose que toutes les autres entreprises qui éprouvent des ennuis de recrutement. Elle doit redoubler d’efforts en faisant preuve de plus d’initiative et d’originalité, en offrant des conditions de travail plus généreuses, en accordant des primes de bilinguisme, en améliorant ses stratégies de recrutement et bien plus encore.

La solution facile serait évidemment de mettre de côté tout ce casse-tête linguistique. Mais demandez avant ce qu’en pense Danny Sonier, un citoyen de Dieppe qui ne parle pas anglais, qui a fait une crise d’hypoglycémie le 19 février 2013 et qui s’est buté à deux travailleurs paramédicaux qui étaient incapables de communiquer dans sa langue.

Pensez à ceux qui se sont plaints dans l’ombre après avoir vécu une expérience semblable et aux autres qui n’ont jamais raconté leur histoire publiquement.

Ambulance NB existe depuis maintenant presque 10 ans. Ses obligations linguistiques ne sont pas apparues par magie au cours des derniers jours.

Nous l’invitons à intensifier ses efforts afin de réussir à la fois à améliorer les difficiles conditions de travail de ses employés et de devenir une véritable organisation bilingue. Ces deux objectifs ne sont pas incompatibles.