Enfin un partenaire à Ottawa

Le gouvernement fédéral a annoncé la semaine dernière qu’il est prêt à investir jusqu’à 12 millions $ dans le Centre naval du N.-B., à Bas-Caraquet, dont les problèmes font la manchette depuis longtemps. Mais au-delà de la quantité de millions de dollars qui seront dépensés, c’est surtout le message envoyé qui est important.

Le Centre naval du Nouveau-Brunswick fait face à de graves difficultés financières depuis qu’il a été incapable d’obtenir un prêt hypothécaire qui lui aurait permis de s’acquitter de ses obligations. Fredericton a réagi en cessant d’y injecter des fonds publics. Le principal locataire, le Groupe Océan, a cessé temporairement ses activités et des dizaines d’entrepreneurs qui y avaient effectué des travaux n’ont toujours pas été payés.

Un beau gâchis.

Après des mois de tergiversations, le gouvernement provincial a proposé d’acheter le chantier pour la somme de 1$. Il paierait ensuite les créanciers et réinvestirait dans les lieux afin d’assurer la pérennité du centre une bonne fois pour toute. La facture totale avoisinerait les 24 millions $.

Le tout est assujeti à certaines conditions. La Ville de Caraquet et le Village de Bas-Caraquet ont été conviés à casquer chacun 80 000$ (le double de ce qui était prévu) pendant 10 ans et le gouvernement fédéral a été invité à participer au projet.

C’est sur cette dernière condition que le plan de sauvetage pouvait achopper. Le nouveau député d’Acadie-Bathurst, Serge Cormier, a d’ailleurs déclaré dans les pages de l’Acadie Nouvelle qu’il avait suggéré à la province d’aller de l’avant sans attendre l’aide du fédéral.

Preuve que M. Cormier ne dispose pas encore de beaucoup d’influence à Ottawa (laissons-lui le temps, il vient d’arriver), le véritable patron, le ministre fédéral Dominic LeBlanc, a rapidement fait fi de cette déclaration prématurée et annoncé qu’Ottawa était prêt à s’acquitter d’une bonne partie de la facture.

L’engagement du fédéral confirme que la relance du chantier naval peut se faire sur des bases solides. Les entrepreneurs qui ont mis sur la glace des projets en attendant de savoir s’ils seront un jour payés peuvent mieux respirer. À moins de nouveaux rebondissements, ils recevront bientôt leur dû. Le Groupe Océan, qui est la pierre d’assise de cette stratégie navale, pourra rapatrier ses équipes, poursuivre la construction de sa barge et créer des emplois. Du moins, espérons-le.

La saga du Centre naval du Nouveau-Brunswick a mis en opposition deux écoles de pensée. D’un bord, ceux qui saluent ces investissements et qui croient que les politiciens doivent appuyer la création d’emplois dans les régions (nous en sommes). De l’autre, ceux qui soutiennent que les gouvernements ne devraient pas subventionner les entreprises et encore moins acheter un chantier naval.

Le gouvernements Trudeau et Gallant ont choisi leur camp, soit celui de l’interventionnisme.

Au-delà de cette rhétorique, c’est surtout le message qui est important. En effet, le grand frère de Fredericton annonce avec cette promesse d’investissements qu’il sera un partenaire constructif.

Ne faisons pas preuve de mauvaise foi. Le précédent gouvernement, dirigé par Stephen Harper, a injecté lui aussi des fonds publics dans notre province. Pensons seulement, à titre d’exemple, aux 7 millions $ qu’il a investis dans la construction du nouvel amphithéâtre à Edmundston. Les dix dernières années n’ont pas été un désert pendant lequel les conservateurs ont ignoré notre province.

Néanmoins, les relations entre le fédéral et le provincial ont été ardues. Shawn Graham, David Alward et Brian Gallant ont chacun leur tour fait face à l’hostilité du premier ministre Harper, mais aussi à celle de ses députés néo-brunswickois. Nous ne pouvions certainement pas parler de deux alliés partageant les mêmes objectifs.

Lors de la dernière campagne électorale fédérale, Brian Gallant a joué son va-tout en misant sur l’élection de Justin Trudeau. Une stratégie périlleuse (les libéraux étaient troisièmes dans les intentions de vote) que nous avions critiquée en raison du risque que cela faisait courir au Nouveau-Brunswick dans l’éventualité d’une victoire d’un autre parti.

Force est de constater que Brian Gallant a gagné le gros lot. Non seulement Justin Trudeau est devenu premier ministre du Canada, mais son lieutenant Dominic LeBlanc semble déterminé à laisser sa marque dans sa province natale.

Nous l’avons déjà écrit souvent par le passé, Ottawa peut et doit jouer un rôle inestimable pour appuyer l’économie de l’Acadie et du Nouveau-Brunswick. Notre province ne peut sortir gagnante d’un bras de fer avec les fédéraux.

Nous avons besoin d’un partenaire fort. Le premier ministre Brian Gallant semble l’avoir trouvé en Dominic LeBlanc. L’entente dans le dossier du chantier naval de Bas-Caraquet pourrait être annonciatrice de belles choses pour les prochaines années. Il le faut. Ce ne sont pas les enjeux, problèmes et défis qui manquent dans notre petit coin de pays.