Le grand défi de Jean Dubé

On ne l’attendait plus. Cinq mois après avoir exprimé pour la première fois son intérêt à se lancer dans la course à la direction du Parti progressiste-conservateur, Jean Dubé jette finalement son nom dans le chapeau. Si ses chances de triompher sont minimes, une bonne performance pourrait lui permettre de gagner gros.

Jean Dubé est originaire de Campbellton. Son nom de famille est synonyme de politique. Il a été député fédéral de 1997 à 2000, puis député provincial de 2001 à 2003. Son père Fernand a été ministre sous Richard Hatfield pendant 13 ans en plus d’avoir été maire de Campbellton.

Notons toutefois que M. Dubé n’a jamais réussi à conserver bien longtemps la confiance des électeurs. Il a été élu deux fois, mais a chaque fois été défait dès les élections suivantes.

Après une longue absence de la politique, il tente un nouveau retour, cette fois par la grande porte, en essayant de devenir le chef de la formation politique dont il a jadis défendu les couleurs. Il est francophone, Acadien et vient du Nord. Cela fait de lui une rareté dans cette course au leadership.

Étrangement, même si Jean Dubé a partagé ses intentions à plus d’une reprise depuis le début de l’année, sa candidature reste une surprise. C’est que non seulement il a pris une éternité à l’officialiser (les premiers débats sont déjà choses du passé), mais il s’est en plus brouillé avec l’establishment du parti.

En mai, M. Dubé s’est permis de critiquer à voix haute les règles de la course au leadership. Il a déploré que les militants doivent débourser 40$ afin de voter pour leur candidat préféré. Enfin, il s’est insurgé de la décision du PC de ne pas mettre sur pied de bureaux de scrutin dans la Péninsule acadienne et le Restigouche, où il croit obtenir beaucoup d’appuis.

M. Dubé avait fait une déclaration fracassante: «Je suis même allé jusqu’à me poser la question à savoir si c’était encore mon parti».

En plein le genre de phrase qui peut mener à la rupture ou, à tout le moins, laisser croire qu’il avait déjà jeté l’éponge. Difficile en effet de croire qu’une base militante puisse appuyer un candidat qui ne se reconnaît plus dans son parti…

Cela nous amène à la grande question: Jean Dubé peut-il gagner et devenir, comme le veut la formule consacrée, le «prochain premier ministre du Nouveau-Brunswick»?

Il n’y a aucun doute que M. Dubé croit en ses chances. Il a sûrement déjà échafaudé des scénarios gagnants, qui incluent une grande alliance entre les francophones du Nord qui ne se reconnaissent plus dans le Parti progressiste-conservateur et les anglophones du Sud qui croient que le retour au pouvoir passe par un candidat bilingue.

Dans cette optique, M. Dubé a joint le camp de ceux qui trouvent que les Acadiens en mènent trop large sur le front linguistique. Il croit que la loi oblige le gouvernement à offrir des services dans les deux langues officielles «un point c’est tout», qu’elle est mal interprétée et que cela punit des Néo-Brunswickois unilingues. Par contre, il croit que le chef devrait être parfaitement bilingue.

Concrètement, nous nous retrouvons désormais avec sept candidats. Seulement l’un d’entre eux succédera à David Alward. Mel Norton et Monica Barley sont à vue de nez ceux qui semblent obtenir le plus grand nombre d’appuis pour le moment. La campagne est encore jeune, mais Jean Dubé, Mike Allen, Blaine Higgs, Jake Stewart et Brian Macdonald auront fort à faire pour se démarquer.

Pourtant, tous ces gens ne baissent pas les bras, pour la bonne raison que dans une course à la direction, il n’y a pas que celui ou celle qui termine en première position qui gagne. Ceux qui se rallient au vainqueur sont généralement récompensés.

S’il peut éviter l’humiliation d’une dernière position et qu’il joue bien ses cartes, M. Dubé jouira d’une nouvelle notoriété qui pourrait lui permettre de gagner une circonscription, lors des élections de 2018.

Mieux encore, il aura alors une certaine influence à l’intérieur d’une formation qui ne compte qu’une seule députée francophone (Madeleine Dubé) et dont la plupart des gros noms du Nord (Percy Mockler, Jeannot Volpé, Paul Robichaud, etc) ont soit quitté la politique provinciale, soit été défaits sans être remplacés.

Sinon, il pourra toujours espérer une nomination politique.

Jean Dubé rêve de devenir chef du Parti progressiste-conservateur du Nouveau-Brunswick. Mais il n’a certainement pas écarté l’idée de devenir le lieutenant francophone du prochain chef. Avant d’obtenir l’une ou l’autre de ces consécrations, il devra toutefois convaincre un maximum de militants de l’appuyer dans les prochains mois.

Ce n’est pas chose faite.