Nos députés ont besoin de vacances

Le gouvernement libéral, dirigé par le premier ministre Brian Gallant, s’est finalement décidé à imposer le bâillon à l’opposition. Une mesure antidémocratique qui a pour effet de tuer le débat et de forcer le vote sur les projets de loi. Il faut toutefois convenir que, bien que déplorable, cette manoeuvre n’aura pas de conséquences majeures à long terme, tant la situation s’est détériorée à l’Assemblée législative.

Depuis quelque temps, les progressistes-conservateurs utilisent tous les moyens à leur disposition pour retarder la fin des travaux à l’Assemblée législative. Ils ont déposé 16 projets de loi et plus d’une centaine de motions.

À titre d’exemple, l’opposition a exigé à 49 reprises que des consultations publiques aient lieu concernant l’augmentation de la Taxe de vente harmonisée, qui est entrée en vigueur le 1er juillet. Pourquoi 49 fois? Parce qu’elle souhaite qu’une consultation ait lieu dans chacune des circonscriptions de la province. Et plutôt que de le demander dans une seule motion, elle préfère l’exiger une circonscription à la fois.

En effet, chaque projet de loi et motion doit être lu (souvent très lentement) par le député qui les parrainent. De plus, le PC a exigé des votes assis et debout à la première lecture de ses propres projets de loi, une procédure très longue et hautement inhabituelle.

Le gouvernement libéral en a eu assez de ces tactiques d’obstruction. Les vacances approchent, tout le monde a hâte d’être en congé, il fait chaud dehors, encore plus dans l’enceinte de l’Assemblée législative et la patience de tout ce beau monde a ses limites.

D’où le bâillon.

Ouvrons ici une petite parenthèse pour rappeler que les libéraux méritent ce qui leur arrive.

Dès son arrivée au pouvoir, le gouvernement Gallant a modifié les règles à l’Assemblée législative afin de réduire le nombre des périodes des questions et la durée des sessions. Les députés passent plus de temps en comité et moins de temps à répondre aux questions embarrassantes de l’opposition.

Nous avons été témoins des problèmes de cette stratégie quand le gouvernement a suspendu les travaux à la législature moins de 10 jours après le dépôt du budget.

Il s’agissait d’un budget crucial, peut-être le plus important des dernières années. Il comprend des compressions budgétaires, des hausses de taxe et un plan de lutte contre le déficit. Or, le gouvernement a tout bonnement décidé qu’il n’était pas nécessaire d’en débattre plus longtemps. Une stratégie que nous avions condamnée et qui rappelle celles utilisées par Stephen Harper, alors qu’il était encore premier ministre à Ottawa.

Étant donné que les libéraux sont majoritaires, l’opposition ne peut pas faire grand chose pour empêcher le gouvernement d’agir à sa guise, d’où ces tactiques pour paralyser l’Assemblée législative.

Cela n’accomplit rien de constructif. Néanmoins, les conservateurs peuvent au moins s’exprimer sur ce qu’ils considèrent une attaque contre la démocratie.

Il y a toutefois un revers à la médaille. En faisant perdre du temps à tout le monde, les conservateurs permettent ainsi aux libéraux de justifier l’utilisation du bâillon.

Nous n’hésiterions pas, normalement, à condamner le gouvernement Gallant pour mettre fin abruptement aux travaux à l’Assemblée législative. Nous l’avons d’ailleurs déjà fait par le passé.

Sauf qu’avec ce bâillon, les libéraux ne mettent pas fin à un débat important. Ils n’empêchent pas l’opposition de faire la lumière sur des projets de loi importants. Ils ne se cachent pas afin d’éviter à répondre à des questions importantes.

Ils mettent simplement fin à une perte de temps généralisée à la législature. L’opposition a voulu marquer des points et faire passer son message. C’est fait. Ils ne leur restera plus qu’à promettre lors des prochaines élections de renverser les nouvelles règles imposées par le gouvernement Gallant.

En attendant, les Néo-Brunswickois ne gagnent rien à laisser cette guérilla de procédurites législatives se poursuivre encore des semaines. Que le gouvernement laisse traîner les choses jusqu’à la fin juillet ne changera absolument rien à quoi que soit. Nous n’en saurons pas plus sur les projets de loi portant sur l’indépendance du Conseil des femmes, sur les crédits d’impôt relativement à la hausse de la TVH, sur la gratuité des études pour certains étudiants à faible revenu, etc.

La situation s’est suffisamment détériorée à l’Assemblée législative. Souhaitons que nos députés profitent des vacances pour faire le tour des festivals et des barbecues, parler «au vrai monde» et comprendre ce qui est vraiment important aux yeux des Néo-Brunswickois.

Nous espérons qu’ils reviendront dans la capitale en pleine forme cet automne, dans de meilleures dispositions et mieux à même de faire avancer le Nouveau-Brunswick.