Des lits et des civières

Dans une déclaration qui a pris un peu tout le monde par surprise, le Réseau de santé Vitalité a réclamé que Fredericton lui accorde le droit et la latitude de fermer des lits d’hôpitaux. L’idée de ne plus laisser aux fonctionnaires de la capitale le dernier mot sur ce sujet très sensible n’est pas une vilaine idée.

En octobre 2015, le Réseau de santé Vitalité avait présenté au gouvernement provincial un plan de compressions. Il comprenait la fermeture de 34 lits dans la région Acadie-Bathurst, 27 dans le Madawaska, 25 dans le Restigouche et 13 dans Beauséjour (qui comprends le Centre hospitalier universitaire Dr-Georges-L.-Dumont).

Il faut rappeler qu’à ce moment-là, le gouvernement Gallant était en plein milieu d’un exercice visant à trouver de nouvelles sources de revenus et à réduire les dépenses afin de combattre le déficit. Le ministre de la Santé, Victor Boudreau, avait même confié étudier la possibilité de fermer des hôpitaux.

Le réseau Vitalité a fait ses devoirs et présenté son plan de restructuration. Une fuite dans les médias avait fait dérailler le processus. La pression publique est rapidement devenue trop forte, si bien que le gouvernement a finalement annoncé que la santé et l’éducation seraient protégées dans la prochaine ronde de compressions.

Nous avions l’impression que l’idée d’éliminer des lits dans les hôpitaux était morte et enterrée, du moins sous ce gouvernement. Et peut-être est-ce bien le cas. Le Réseau de santé Vitalité ne voit toutefois pas les choses du même oeil.

Qu’est-ce qui peut bien pousser la régie francophone à revenir à la charge?

Normalement, quand il est question des coûts du système de santé, les décisions viennent d’en haut. Le ministre annonce qu’il faut économiser un certain nombre de millions de dollars, puis impose des compressions. C’est souvent lui (ses fonctionnaires, en fait) qui détermine combien de lits disparaîtront dans quels hôpitaux.

Dans ce cas-ci, il est possible que Vitalité veut justement éviter de se faire imposer un jour ou l’autre des compressions sauvages. Les dirigeants ont un plan dont ils sont fiers et ils veulent le mettre en application.

À l’époque, le PDG du réseau avait expliqué à l’Acadie Nouvelle vouloir effectuer les changements de façon responsable. Il souhaitait offrir les services différemment afin de réduire la durée des hospitalisations (notamment les personnes âgées en attente d’une place dans un foyer) ainsi que le nombre de visites dans les urgences, en redirigeant certains patients dans des endroits et des services plus appropriés.

L’objectif est que l’élimination de dizaines de lits se fasse en douceur, sans que cela ne provoque une crise comme à chaque ronde de compressions.

Nous aimons le principe d’un système de santé qui s’ajuste, qui devient plus efficace et qui trouve de nouvelles façons d’accomplir la mission pour laquelle il a été créé. Pour cette raison, nous croyons que Fredericton doit déléguer certains de ses pouvoirs aux régies de la santé. Elles sont effectivement plus en mesure de savoir quels sont les besoins sur le terrain.

Néanmoins, il est bon de rappeler que peu importe la qualité du plan, les fermetures de lits, de salles d’urgence ou d’hôpitaux seront toujours mal accueillies au sein de la population. Les besoins sont tout simplement trop grands. Des décennies de réformes, de plans de santé et de virages ambulatoires n’ont rien changé à tout cela.

Encore aujourd’hui, si vous êtes hospitalisés, il y a des chances qu’on vous installe «en bas», sur une civière. Nous sommes pourtant en juillet! Qu’est-ce que ce sera cet hiver, quand la saison de la grippe battra son plein? Et quelqu’un peut-il imaginer ce qu’il en serait s’il fallait en plus fermer des dizaines de lits?

La vérité, c’est que personne n’est pour le moment en mesure de nous convaincre qu’il est possible de fermer une vingtaine de lits dans un hôpital sans que cela n’ait un impact majeur sur la qualité du service qui sera offert. Le ministre le sait très bien et c’est là l’une des principales raisons de son refus d’aller dans cette direction (l’autre raison étant bien sûr l’échéance électorale qui arrive à grands pas).

Il faut toutefois convenir que l’idée de permettre au Réseau de santé Vitalité de procéder graduellement à une révision de ses services plutôt que d’attendre patiemment la prochaine grande réforme dictée par le ministre est séduisante.

Nous invitons tout ce beau monde – politiciens, hauts fonctionnaires, dirigeants, médecins – à se parler et voir comment cette vision pourrait être mise en place. Nous n’avons pas besoin d’une lutte de pouvoir.

Le temps est plutôt venu de retourner chaque pierre et d’étudier chaque idée afin de voir comment on peut améliorer le système de santé au bénéfice de tous les Néo-Bruns­wickois.