Il faut un mandat clair

Les derniers jours de la session législative, dans la capitale, ont été marqués par un débat portant sur une réforme électorale. Une surprise, quand on sait à quel point ce sujet pourtant important n’a pratiquement pas été effleuré pendant la campagne électorale et depuis que Brian Gallant est devenu premier ministre.

Le gouvernement libéral a désespérément tenté de convaincre l’opposition progressiste-conservatrice de participer à un comité visant à étudier la question. En vain. Cela bloque tout le processus, les libéraux n’ayant pas la légitimité d’avancer seuls dans cette direction.

Le projet des libéraux vise notamment à changer notre système d’élections.
Présentement, les électeurs votent pour leur candidat préféré. Celui qui obtient le plus de voix est élu député. C’est le système le plus simple qui soit.

Tant les libéraux fédéraux de Justin Trudeau que ceux du Nouveau-Brunswick défendent l’idée d’un autre système électoral, dit préférentiel. Les électeurs voteraient encore une fois pour le candidat qu’ils privilégient, mais choisiraient aussi un 2e choix, un 3e, etc.

Si un candidat obtient 50% des voix, il est élu. Sinon, on additionne ensuite les 2es choix de ceux qui ont choisi en premier le candidat le moins populaire, puis les 3es choix (et ainsi de suite) jusqu’à ce que quelqu’un obtienne au moins 50% d’appuis des électeurs. Cela lui donne, selon plusieurs, une plus grande légitimité que le système actuel qui permet aux candidats de se faufiler vers la victoire même s’ils n’ont obtenu que 20% ou 30% des votes.

D’autres s’inquiètent qu’il pourrait donner un avantage indu aux libéraux. Les sondages démontrent que ceux-ci seraient plus susceptibles d’être le 2e choix des néo-démocrates et des verts, et vice-versa. Le système nuirait donc beaucoup aux candidats conservateurs.

Il s’agirait d’un changement majeur dans nos habitudes. Nous croyons que le gouvernement Gallant n’a pas présentement le mandat pour aller de l’avant.

Nous l’avons écrit plus haut, pour la plupart des Néo-Brunswickois, cette histoire sort de nulle part. Le sujet n’a pas vraiment été débattu pendant la campagne électorale ou le débat des chefs.

En fait, il faut fouiller dans la plateforme libérale pour trouver quelque chose à ce sujet. À la page 37, dans la section Une Assemblée législative plus efficace, on peut lire ceci: «Étudier les moyens d’améliorer la participation dans la démocratie, tels que le bulletin de vote préférentiel et le vote en ligne».

C’est tout. Une petite ligne somme toute très vague. Voilà qui n’est pas très clair comme engagement.

Le gouvernement le sait et n’a donc aucune intention d’aller de l’avant unilatéralement. C’est pourquoi il a tenté de convaincre l’opposition de participer aux travaux d’un comité spécial sur la réforme électorale.

Les conservateurs ont refusé de jouer le jeu à moins que les libéraux n’acceptent de soumettre les conclusions du comité à un plébiscite. Leur requête a été rejetée.

Encore une fois, le gouvernement Gallant n’a que lui-même à blâmer. Il a modifié les règlements de la législature à son avantage afin de limiter le nombre de périodes de questions et le nombre de jours où les députés siègent. Et voilà qu’à la dernière minute, tout juste avant les vacances, il tente de convaincre l’opposition de l’aider à remplir une promesse électorale. Bonne chance!

La position du chef conservateur par intérim Bruce Fitch, qui exige la promesse d’un référendum avant de participer aux travaux du comité spécial, est toutefois puérile.

Pour aller de l’avant avec une réforme électorale d’une telle importance, il faut un mandat clair. Il existe plusieurs façons de l’obtenir (vote unanime à la législature, élections portant sur cet enjeu) et le référendum pourrait fort bien être la meilleure d’entre elles. Mais attendons de voir ce qui sera proposé avant de déterminer s’il faut envoyer les électeurs aux urnes.

De même, le PC exige aussi un référendum pour déterminer s’il faut accorder le droit de vote aux jeunes âgés de 16 et de 17 ans. Nous croyons que ce n’est jamais une bonne idée de laisser la majorité voter pour déterminer les droits d’une minorité, encore plus quand celle-ci n’a même pas le droit de se prononcer aux urnes.

Si les électeurs avaient eu le dernier mot, l’âge de voter serait encore de 21 ans. C’est en effet ce qu’ils avaient décidé (à 67,3% en faveur du statu quo) en 1967 lors d’un plébiscite. Quatre ans plus tard, le gouvernement passait outre les résultats de la consultation et ramenait l’âge minimum pour voter à 18 ans.

Il est à se demander quand les femmes (1919 au Nouveau-Brunswick) et les autochtones (1960 au Canada) auraient obtenu le droit de vote s’il avait fallu un référendum.

Nous sommes en faveur du vote à 16 ans et appuyons l’idée d’étudier différents modes de scrutin pour améliorer notre démocratie. Nous croyons toutefois que le premier ministre Gallant a besoin d’un mandat clair. Il n’a pas fait d’efforts suffisants pour l’obtenir, ni auprès de la population ni auprès de l’Assemblée législative.