Ne pas s’entredéchirer pour mieux avancer

Parfois, sous le coup de la colère et de l’émotion, nous disons des choses que nous regrettons par la suite. C’est particulièrement vrai en cette ère de médias sociaux, où tous nos déclarations peuvent être rapidement partagées, scrutées et critiquées.

L’ancien maire de Maisonnette Jason Godin a vécu une telle situation, il y a une dizaine de jours. Encore sous le choc de la fermeture de l’épicerie de sa communauté, il a blâmé la Coop de Caraquet. Il a affirmé ne pas pouvoir révéler publiquement «toutes les bassesses qui se sont produites en coulisses».

Il a ensuite appelé au boycottage du supermarché IGA Extra – Coop de Caraquet. «Une chose est certaine, je n’y remettrai plus jamais les pieds et j’invite mes concitoyens à faire de même», a-t-il publié sur Facebook.

Jason Godin est libre de penser et d’écrire ce qu’il désire. Il n’est plus maire de son village.

Il ne parle donc pas au nom de sa municipalité ou de quiconque. Rien ne l’empêche, en tant que simple citoyen, de mener les combats qu’il désire, y compris contre des entreprises de sa région.

C’est sans compter qu’il existe d’autres épiceries dans le secteur (à Grande-Anse et à Paquetville, notamment) qui profiteraient de ce transfert hypothétique de clients.

Il n’a donc pas à s’excuser, même si on peut présumer qu’il regrette au moins un peu sa prise de position, lui qui a rapidement retiré son message de Facebook quand les réactions ont commencé à fuser.

N’empêche, cette sortie est quelque peu décevante de la part d’une personnalité publique.

En sommes-nous encore là, en 2016, dans une économie acadienne qui est pratiquement en récession, à nous disputer entre nous et à lancer des appels au boycottage contre nos propres entreprises?

Élu maire de Maisonnette en 2012 à l’âge de 19 ans, ce qui faisait de lui le plus jeune maire au Canada, Jason Godin en avait impressionné plus d’un par son aplomb.

C’est à la déception générale qu’il n’a pas été candidat pour un deuxième mandat. Il a aussi tenté de succéder à Yvon Godin en tant que député néo-démocrate d’Acadie-Bathurst, mais a été victime de la vague libérale.

Néanmoins, force est de reconnaître que son propos rejoint beaucoup de monde. Si certains l’ont critiqué, nombreux sont ceux qui ont approuvé son appel au boycottage.

Le blâme revient en partie à la Coop de Caraquet, dont les problèmes au cours des dernières années ont été amplement documentés.

En construisant une quincaillerie dont personne ne voulait, la coop s’est placée dans une situation financière vulnérable et a perdu son capital de sympathie, au moment où Sobeys s’apprêtait à s’installer dans ses platebandes.

La méfiance est encore bien présente. On l’a vu lors de l’assemblée générale annuelle d’avril, quand une majorité de membres ont refusé de croire que la Coop de Caraquet est menacée de faillite et ont exigé (en vain) un sursis d’une année pour les épiceries de Saint-Léolin et de Maison-nette.

Ces villageois vivent la même chose que ceux de Sainte-Marie-Saint-Raphaël, de Tabusintac (prévue le 30 juillet), de Robertville, de Moncton, de Bathurst et de Richibouctou-Village, notamment, qui ont perdu leur coop depuis 15 ans.

Dans tous ces cas, les efforts de redressement se sont révélé vains. Quand les membres se déplacent où les prix sont meilleurs et le choix plus varié et quand les fidèles ne sont plus assez nombreux, il ne reste pas beaucoup d’options. Face à la dépopulation et la compétition de supermarchés et de Walmart, plusieurs sont obligés de jeter l’éponge.

Les dirigeants ne prennent jamais ces décisions de gaieté de coeur. Si ces épiceries avaient fait de l’argent comme de l’eau, elles seraient toutes restées ouvertes, sans exception.

Toutes les campagnes de boycottage du monde ne changeraient rien au scénario qui s’est écrit.

Les défis ne manquent pas en Acadie. C’est en étant solidaires et non en nous entredéchirant que nous pourrons les relever.