Une leçon de courage

Il n’y a rien de plus noble qu’un parent qui lutte pour les droits de ses enfants, encore plus quand il s’agit d’éducation. Ceux de Saint-Sauveur ont au cours des années remporté des victoires contre des politiciens, des fonctionnaires et des conseillers scolaires qui souhaitaient la fermeture de leur école. La démographie, l’exode des régions rurales et la dénatalité auront toutefois eu le dernier mot.

Le combat de Saint-Sauveur pour la sauvegarde de l’école La Découverte est particulièrement symbolique et émotif.

L’école a été construite en 1986. À peine 11 ans plus tard, le gouvernement libéral de Frank McKenna, désireux d’imposer des compressions budgétaires, ordonnait la fermeture de l’établissement. La suite est bien connue de tous.

On parle des émeutes de Saint-Sauveur et de Saint-Simon (une autre communauté qui s’était vue annoncer la fermeture de son école), mais le terme est mal choisi. Les manifestants étaient pacifiques. Ils avaient bloqué une route secondaire (ce qui est en soit un acte illégal) mais n’avaient commis aucun acte de violence qui justifiaient l’intervention de l’escouade provinciale antiémeute.

Pourtant, les policiers sont intervenus avec des matraques, des chiens, des gaz lacrymogènes et des hélicoptères.

Le gouvernement a reculé, les deux écoles en question ont été sauvées et la GRC s’est éventuellement excusée de son dérapage. Saint-Simon et Saint-Sauveur sont ainsi devenues le symbole de tous ces villages qui refusent qu’on arrache le coeur de leur communauté.

Ce n’était toutefois qu’un sursis. Moins d’une décennie après les «émeutes» – les citoyens de Saint-Simon se rendaient à l’évidence. Devant la possibilité de classes multiâges qui auraient compris des groupes d’élèves de trois années différentes, ils ont dû accepter l’inéluctable. L’établissement est maintenant fermé.

Ceux de Saint-Sauveur ont tenu plus longtemps, mais pas de façon aussi unanime qu’on pourrait le croire. Dès 2000, l’Acadie Nouvelle révélait qu’une dizaine d’enfants avaient été transférés à l’initiative de leurs parents.

Certains avaient déménagé. D’autres croyaient que le bien-être de leur enfant passait par une école plus grande, plus populeuse et avec plus de choix de programmes et d’activités parascolaires.

Plus récemment, Saint-Sauveur a gagné au début de l’année une dernière bataille quand le District scolaire francophone Nord-Est a jugé que La Découverte était encore viable. Mais les réjouissances ont été de courte durée.

Cette fois, ce sont les parents qui ont pris la difficile décision. La direction du district a été avare de commentaires, mais il semble que certains avaient choisi de transférer de leur propre initiative leurs enfants à l’école voisine d’Allardville.

On peut supposer que cela comprend des parents qui ont déjà un enfant plus vieux à cette école (les élèves de Saint-Sauveur sont automatiquement transférés à cet endroit après avoir complété leur 6e année) et qui ne voyaient donc rien de dramatique à y envoyer aussi leur plus jeune. Au moins deux élèves ont aussi déménagé hors de la région. Le district n’a pas donné de chiffres, mais il ne restait sans doute pas plus qu’une dizaine d’enfants inscrits, peut-être moins. Il a donc fallu se rendre à l’évidence.

Il faut applaudir les gens de cette région pour avoir fait ce qui est le mieux pour leur progéniture, autant quand est venu le temps de se battre afin de sauver leur établissement que quand est venu le moment de le fermer. Dans les deux cas, il aura fallu un grand courage.

Nous n’avons toutefois pas de félicitations à offrir aux membres du conseil d’éducation du district qui, en janvier, ont conclu que La Découverte était viable pour au moins quatre ans. L’avenir (immédiat) ne leur a pas donné raison. Il est probable que plutôt que de faire face à la colère d’une partie de la population, ils ont préféré recommander que toutes les écoles restent ouvertes et laisser le temps faire son oeuvre.

Ils ont pelleté le problème dans la cours des parents.

Cela nous amène à poser des questions. Y a-t-il d’autres écoles, parmi les cinq dans le Nord-Est à avoir subi une étude de viabilité imposée par le ministère, qui ne sont pas viables mais qui ont tout de même obtenu la bénédiction du conseil de district? Une école comme celle de Pointe-Verte, par exemple, qui ne compte qu’une trentaine d’inscriptions et qui est située à quelques minutes de route de celles de Petit-Rocher, se retrouvera-t-elle bientôt à son tour dans une situation intenable?

Personne n’accuse le conseil d’éducation de district d’avoir manqué de rigueur dans son travail. Il a toutefois manqué de courage au moment d’émettre ses recommandations.

Heureusement, les parents de Saint-Sauveur n’en manquaient pas. La décision aura finalement été la leur, évitant du même coup déchirements et contestations. C’est la meilleure nouvelle dans ce dossier.