Un exemple à suivre

Les États-Unis sont un pays fascinant et plein de contradictions. C’est le pays des ultraconservateurs, où les chrétiens évangéliques ont la confiance d’un plus grand nombre de citoyens que les scientifiques et où le port d’armes à feu est érigé en dogme. Mais les électeurs de cette nation accomplissent aussi des percées dont nous aurions intérêt à nous inspirer, ici même au Nouveau-Brunswick.

En regardant une caricature ambulante comme Donald J. Trump faire le plein de votes malgré des mensonges grossiers, des attaques vulgaires ainsi que des propos misogynes et racistes, il est à se demander quelle mouche a piqué le peuple américain.

L’arbre cache toutefois la forêt. S’il est déplorable qu’un extrémiste comme «The Donald» puisse véritablement rêver devenir président, il ne faut pas oublier que les partis politiques américains, leurs membres et, de ce fait, leurs électeurs sont plus progressistes que nous.

Il y a huit ans, les Américains accomplissaient quelque chose d’inimaginable en élisant un premier président de race noire. Barack Obama a non seulement été élu à la Maison-Blanche, mais il a ensuite été réélu.

En 2008, son principal adversaire à l’investiture démocrate avait été Hillary Clinton. Après sa défaite, Mme Clinton avait fait une déclaration importante voulant qu’elle n’avait pas réussi à briser le fameux plafond de verre, qui empêche tant de femmes d’accéder aux postes de pouvoir, mais qu’il y avait désormais 18 millions de fissures (soit le nombre de votes qu’elle avait obtenus à l’issue de la campagne) sur celui-ci.

Huit ans plus tard, elle a fracassé le plafond en question. C’est son nom qui se retrouvera sur les bulletins de vote lors des élections présidentielles, en novembre. Ses chances de victoire sont très bonnes, même si entre un fou furieux et une femme compétente, des millions d’Américains choisiront quand même le fou furieux. Espérons simplement, pour notre bien à tous, qu’ils ne seront pas une majorité à faire ce choix douteux…

Quand on observe la politique américaine, on ne peut qu’être impressionné par la diversité des origines des candidats comparativement au Canada, où nos politiciens les plus puissants sont le plus souvent des hommes blancs.

Il y a de nombreuses exceptions à travers le pays, bien sûr, mais très peu au Nouveau-Brunswick. Une analyse de notre classe politique nous révèle que nous sommes encore loin d’avoir un représentant d’une minorité ethnique ou une femme à la tête de la province.

En 2016, Cathy Rogers, de Moncton, est devenue la première femme à être nommée ministre des Finances du Nouveau-Brunswick, un accomplissement dont elle peut être fière. Son porte-folio a toutefois été amputé des responsabilités du contrôle des dépenses, léguées à Roger Melanson au Conseil du trésor. Dans les faits, cela signifie que Mme Rogers a beaucoup moins d’influence que tous ses prédécesseurs à ce poste prestigieux.

Il n’y a que deux autres femmes au sein du Cabinet Gallant, soit Lisa Harris et Francine Landry. Elles sont loin d’être les ministres les plus puissantes.

La relève n’est pas nombreuse. Seulement huit femmes ont été élues à l’Assemblée législative en 2014. Il n’y avait que 71 candidates, la majorité en provenance de tiers partis.

Dans l’histoire de la province, aucune femme n’a été nommée à la tête du Parti libéral et une seule a régné sur le Parti progressiste-conservateur. Il s’agit de Barbara Baird-Filliter, qui a dirigé le parti de 1989 à 1991. Sa formation était alors au plus creux, après que les libéraux de Frank McKenna ont remporté tous les sièges lors des élections de 1987.

Côté diversité, l’ancien premier ministre Shawn Graham peut se targuer d’avoir été le premier à avoir nommé un autochtone à son conseil des ministres, T.J. Burke (de 2006 à 2009). La porte a été ouverte, mais aucun autre autochtone n’a réussi depuis à s’y engouffrer.

Bref, la politique néo-brunswickoise est encore et toujours un «boys’ club». Et à moins que l’avocate Monica Barley ne remporte la course au leadership du PC (l’ancien maire de Saint-Jean Mel Norton est considéré comme le favori), ça ne changera pas de sitôt.

Au Nouveau-Brunswick, le plafond de verre est solide comme du roc. Contrairement aux États-Unis, il ne compte pas des millions de fissures et nous sommes encore bien loin de compter sur un Barack Obama ou une Hillary Clinton pour le détruire.

Pourtant, il le faudra bien un jour. Si les dernières années nous ont prouvé quelque chose, c’est que le Nouveau-Brunswick n’a pas les moyens de se priver des lumières d’autant de personnes. Les défis auxquels nous faisons face sont trop importants pour laisser une seule tranche de la population (les hommes blancs) s’y attaquer. Nous avons besoin de tout le monde.