Un peu d’ouverture svp

Nos politiciens ont beau être en vacances pour l’été, cela ne signifie pas qu’ils ont signé une trêve.

Le gouvernement libéral de Brian Gallant envisage de modifier notre façon de voter. Le fameux système que nous connaissons si bien, qui permet d’élire tout bonnement le candidat qui a obtenu le plus de voix, laisserait sa place au système préférentiel.

Sans entrer dans une savante explication, ce nouveau système signifierait que les électeurs devraient non seulement choisir leur candidat préféré, mais aussi un deuxième choix, un troisième, etc. Si aucun des candidats n’obtient la majorité absolue (50% des voix plus un), le candidat qui a reçu le moins de voix à titre de premier choix est éliminé. Si votre candidat préféré est éliminé de la course, votre vote est alors automatiquement transféré à votre deuxième choix. On suit cette façon de faire jusqu’à ce qu’un des candidats obtienne la majorité absolue.

Le système n’est pas simple à comprendre pour le commun des mortels.

De plus, quand on voit les difficultés d’Élections NB à nous offrir des résultats électoraux dans des délais raisonnables, nous sommes en droit de nous demander combien de jours il faudrait à notre société de la Couronne pour nous annoncer une liste complète de gagnants dans ce système de vote préférentiel…

Mais ne regardons pas trop loin. Le gouvernement doit d’abord prendre une décision. Afin de lui donner un maximum de légitimité, il souhaite inclure l’opposition dans le processus de réflexion.

C’est là où le bât blesse.

Les progressistes-conservateurs n’ont aucun intérêt pour le système de vote préférentiel. Ils refusent de participer au comité spécial de l’Assemblée législative sur la réforme électorale, que les libéraux veulent mettre sur pied, à moins que ces derniers ne s’engagent à soumettre les conclusions à un référendum.

Le chef par intérim du parti, Bruce Fitch, fait ainsi le pari que la population rejettera toute proposition visant à changer notre bonne vieille manière de voter.

Il n’a probablement pas tort. Au Canada, les citoyens ont historiquement l’habitude de voter pour le statu quo lorsqu’ils sont appelés à se prononcer lors d’un référendum.

Des plébiscites ont eu lieu à l’Île-du-Prince-Édouard (2005), en Ontario (2007) et en Colombie-Britannique (2009) portant sur des réformes électorales. Chaque fois, plus de 60% des électeurs ont rejeté la proposition. Rien ne permet de croire que le résultat serait différent au Nouveau-Brunswick.

À noter toutefois que lors d’un autre plébiscite organisé en 2005, les Britannico-Colombiens ont approuvé à 57% une réforme électorale. Une «supermajorité» de 60% était toutefois requise pour que le projet aille de l’avant.

L’Acadie Nouvelle ne s’oppose pas, à la base, à un référendum. La décision de transformer notre façon de voter est plus importante que celle de déterminer la légalité des appareils de loterie vidéo, qui a pourtant fait l’objet d’un vote populaire en 2001.

Simplement, nous demandons à l’opposition progressiste-conservatrice de d’abord faire preuve d’ouverture et de participer au comité spécial visant à étudier notre mode de scrutin.

Le Parti libéral a déjà fait un pas important en acceptant que ledit comité compte autant de députés du gouvernement que de l’opposition. Étant donné que le président serait un libéral et que celui-ci n’aurait le droit de voter qu’en cas d’égalité, les progressistes-conservateurs et les verts auraient dans les faits la majorité.

Ils seraient en mesure de torpiller toute réforme qui ne fait pas leur affaire. Un droit de véto, en quelque sorte.

Nous soupçonnons toutefois le PC de se méfier des intentions du Parti vert. Il craint sans doute que le chef David Coon finisse par voter du même côté que les libéraux, lui qui a déjà exprimé une préférence pour le nouveau système. De là cette exigence d’un référendum de la part des bleus afin de protéger leurs arrières.

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que ceux-ci utilisent l’outil référendaire pour des raisons politiques. Alors qu’ils étaient au pouvoir (de 2010 à 2014), ils ont voté une loi forçant le gouvernement à faire approuver par référendum toute augmentation de taxe. La loi a depuis été abrogée.

Le gouvernement Gallant a déjà annoncé qu’il ira de l’avant avec sa réforme «avec ou sans» l’opposition. Ce n’est certainement pas la méthode que nous privilégions. Mais si l’opposition persiste à bouder l’exercice, cela ne signifie pas qu’il doive être annulé.

Pourquoi pas, par exemple, nommer un comité indépendant qui serait dirigé par d’anciens élus et membres de tous les partis? Ces gens à la réputation irréprochable pourraient étudier la réforme proposée, consulter la population et proposer des changements.

En fin de compte, ceux-ci pourraient décréter de toute façon que cette réforme doit passer par un plébiscite avant d’être adoptée.

Il n’est pas question d’aller de l’avant dans un dossier aussi sensible sans obtenir une plus grande légitimité. Les libéraux devront être créatifs pour obtenir un consensus sur lequel appuyer ce grand projet.