La difficulté de réécrire l’histoire

Le conseil municipal d’Edmundston a rejeté la requête d’un groupe de citoyens du quartier Saint-Basile, qui souhaitent un référendum portant sur la défusion de la ville. Ce n’est pas une surprise. Il n’y avait aucune chance que la demande soit acceptée.

Les élus municipaux (à Edmundston comme ailleurs) ont le devoir de travailler pour l’ensemble de leur communauté et pas seulement pour leur quartier. Il est évident qu’aucun d’entre eux n’accorderait le feu vert à une procédure qui pourrait mener à la division et à l’amputation d’une partie de la localité.

La cause était perdue d’avance.

Cela ne signifie pas que le comité de citoyens et son porte-parole, Paul-Émile Soucy, abandonneront la partie. Ceux-ci disposent de bons arguments.

Réglons d’abord une chose dès le départ. La fusion d’Edmundston, décrétée par une loi controversée, n’est pas irrévocable. Ce n’est pas comme si elle avait été enchâssée dans la Constitution canadienne. La Loi sur Edmundston de 1998 peut très bien être modifiée ou même abrogée. Les villages fusionnés de Verret, de Saint-Jacques et de Saint-Basile, de même que le District de services locaux de Madawaska, pourraient alors retrouver leur indépendance de la ville-centre, pourvu qu’il y ait une volonté politique suffisante.

C’est ce qui est survenu au Québec en 2006, après que le premier ministre Jean Charest a été élu sur la promesse de laisser les citoyens se prononcer sur la possibilité de défusionner, moyennant des conditions très sévères (on était loin du 50% + 1). Plusieurs municipalités, en particulier sur l’île de Montréal, ont sauté sur l’occasion.

Au Nouveau-Brunswick, les «défusionnistes» ont eu leur chance en 1999, soit moins d’une année après l’amalgamation. Alors qu’il était dans l’opposition, le Parti progressiste-conservateur avait en effet été très critique des fusions forcées.

Deux députés du Madawaska, Percy Mockler et Jeannot Volpé, avaient mené la charge, allant jusqu’à qualifier le fusionnement de «honteux et inacceptable». Ils avaient affirmé qu’il s’agissait d’une façon pour le gouvernement libéral «d’imposer sa dictature». Quand les deux hommes sont devenus ministres après le changement de régime en 1999, tous les espoirs étaient permis.

Les opposants ont été déçus. En octobre 2000, le gouvernement de Bernard Lord a rejeté l’idée de démanteler la nouvelle Edmundston. Le ministre Volpé avait expliqué que des citoyens d’autres municipalités fusionnées, notamment à Miramichi et dans la région de Saint-Jean, n’attendaient qu’un signal pour imiter Saint-Jacques et Saint-Basile. Le gouvernement ne se voyait pas dépenser temps, argent et énergie pour déconstruire des municipalités à travers la province. «Nous ne voulons pas réparer une erreur en en commettant une autre», avait déclaré le ministre Volpé à l’époque.

De ce point de vue, la situation n’a pas évolué. Le gouvernement actuel, dirigé par le premier ministre libéral Brian Gallant, n’a aucune intention de rouvrir ce panier de crabes. Ce qui est fait est fait.

Cela ne signifie pas que les opposants doivent baisser les bras. Ils croient en leur cause. Nous serions bien mal venus de leur dire de reculer, malgré les obstacles en apparence insurmontables qui se dressent devant eux.

Il faut dire que leur combat ne date pas d’hier. Ce n’est pas la première fois qu’ils se font répondre non, ni la dernière.

Après le refus initial, les opposants à la fusion étaient revenus à la charge, il y a 15 ans, en demandant, comme aujourd’hui, à la Ville d’Edmundston d’organiser un référendum. Là aussi, en vain.

Cette résistance qui ne faiblit pas s’explique par le fait que, contrairement aux regroupements municipaux des dernières années, la fusion d’Edmundston a été imposée par le gouvernement et non adoptée à la suite d’un exercice démocratique.

Saint-Basile et Saint-Jacques étaient des municipalités viables et en croissance, grâce à des taux de taxation peu élevés. Il est donc compréhensible que près de 20 ans plus tard, des citoyens poursuivent leur lutte, surtout quand on sait à quel point la taxe foncière a augmenté dans les anciens villages fusionnés au nom d’un rattrapage avec la ville-centre (à titre d’exemple, la hausse a atteint 13 cents par 100$ d’évaluation dans le quartier Saint-Jacques en 2014).

Force est toutefois de constater que bien de l’eau a coulé sous les ponts depuis deux décennies. La ville d’Edmundston a grandi et évolué. Des gens de bonne volonté ont mis beaucoup d’efforts pour que la ville fusionnée devienne le succès qu’elle est aujourd’hui. Pour nos dirigeants, ce serait trahir leur confiance que de revenir en arrière et de réécrire l’histoire.