L’aéroport du Nord

L’aéroport de Bathurst sera agrandi. Le projet, attendu depuis 10 ans, consacre la place de l’infrastructure à titre de principal aéroport du nord du Nouveau-Brunswick. Une situation qui ne fait pas l’affaire de tous, mais qui était inévitable.

L’Aéroport régional de Bathurst a desservi 51 888 passagers l’année dernière, soit deux fois plus qu’en 2006, quand quelque 21 000 personnes avaient franchi ses tourniquets.

Un succès impressionnant, mais qui cause aussi des problèmes. En effet, le terminal n’a été conçu que pour accueillir 30 000 voyageurs. L’endroit est aussi limité dans sa capacité de croissance, la piste d’atterrissage étant trop courte.

Tout cela sera réglé d’ici deux ans. Le terminal doublera de superficie et la piste sera allongée de 275 mètres, ce qui permettra d’accueillir de plus gros appareils avec plus de passagers. Le coût des travaux, évalué à un peu plus de 6 millions $, sera partagé à parts égales entre les gouvernements fédéral et provincial ainsi que par l’administration de l’aéroport.

Cela met fin à une longue saga. Ce n’est pas d’hier que la direction tente de convaincre les gouvernements de l’appuyer. En 2009, la commission aéroportuaire parlait même ouvertement de la possibilité de construire à neuf le long de la route 11, plus près de la Péninsule acadienne, où se trouve une bonne partie de la clientèle. Cela aurait permis de construire une plus grande piste d’atterrissage capable d’attirer des gros porteurs, quelque chose qui ne sera jamais possible à l’emplacement actuel.

L’ampleur des coûts – on parlait à l’époque d’environ 60 millions $ – et une réponse plutôt tiède (pour être poli) des gouvernements avaient forcé les promoteurs à abandonner leur vision.

En 2012, la province s’était dite prête à financer la modernisation et l’agrandissement des infrastructures existantes, à condition que le fédéral embarque aussi. Le gouvernement Harper avait préféré passer son tour.

L’aéroport de Bathurst a été fondé en 1967. Ce n’est toutefois qu’en 1989 qu’un partenariat avec Air Nova a fait passer l’institution de simple aéroport local, utilisé en grande partie pour des vols nolisés, à un important aéroport régional. Le transporteur offre deux vols quotidiens vers Montréal, voire trois durant la saison estivale.

Ce faisant, il se trouve à jouer dans les platebandes des autres aéroports de la région, en particulier celui de Charlo, situé à une trentaine de minutes de l’endroit. Plusieurs n’ont toujours pas digéré cet affront.

L’aéroport de Charlo jouit d’une plus grande piste d’atterrissage et d’un emplacement géographique favorable (mieux positionné au niveau des vents, très peu d’épisodes de brouillards, etc). C’est ce qui explique en partie que l’annonce survenue il y a deux semaines soit si mal accueillie dans le Restigouche, où on n’hésite pas à parler de gaspillage de fonds publics et de partisanerie.

Les qualités de Charlo sont indéniables. Le problème, c’est que les transporteurs, puis les voyageurs, ont fait leur choix. Ce sont eux qui ont délaissé Miramichi, Saint-Léonard et Charlo au profit de Bathurst.

Les politiciens devaient accepter cette réalité en appuyant financièrement le seul aéroport du Nord qui est en forte croissance.

Cela ne signifie pas que nous souhaitons la mort des autres infrastructures, bien au contraire. Tant mieux si elles peuvent se trouver une nouvelle niche ou même – pourquoi pas? – augmenter leur nombre de vols avec passagers. Charlo a réussi un très bon coup en 2012 en convainquant Provincial Airlines d’offrir trois fois par semaine des vols en direction de Wabush, prouvant une nouvelle fois sa pertinence. C’est aussi la seule infrastructure du Nord capable d’accueillir les célèbres Snowbirds, dont les fréquentes visites attirent chaque fois des milliers de spectateurs ravis.

L’Acadie Nouvelle appuie aussi en éditorial depuis plusieurs années le projet de stationner l’avion-ambulance de la province à Charlo, tel que promis par Shawn Graham en 2010, peu avant sa défaite électorale.

Néanmoins, l’agrandissement de l’Aéroport régional de Bathurst est justifié et aurait dû se faire il y a longtemps. Tout est tombé en place avec l’élection d’un député (Serge Cormier dans Acadie-Bathurst) et de gouvernements de la même couleur, à Fredericton et à Ottawa. Avoir un député au pouvoir capable de convaincre les décideurs, ça peut être payant.

Félicitations aux politiciens qui ont fait preuve de vision en trouvant les fonds nécessaires pour que le projet devienne réalité, y compris le ministre Donald Arseneault (circonscription de Campbellton-Dalhousie), qui, au final, a fait fi des critiques dans sa région. «À un moment donné, il faut regarder la réalité en face, regarder les chiffres. Et ces chiffres pointent vers l’aéroport de Bathurst», a-t-il déclaré dans les pages de l’Acadie Nouvelle à la suite de l’annonce.

Nous ne l’aurions pas mieux dit.