Alcool NB: après le déni

Le rabais offert par Alcool NB fonctionne au-delà des espérances. Eh oui! En diminuant le prix de certaines caisses de cannettes de bière à un plancher semblable à celui de la compétition, la société de la Couronne a réussi comme par magie à convaincre des milliers de Néo-Brunswickois à faire leurs courses dans ses magasins. Et en plus, sans l’aide de la police!

Alcool NB a annoncé en grandes pompes, à la mi-juillet, ce qu’elle qualifie de plus important rabais de son histoire.

Elle a diminué d’environ 37$ le prix d’achat de quatre caisses de 15 cannettes de bière de six marques populaires. La promotion devait prendre fin ce week-end, mais en raison de sa grande popularité, elle a été prolongée jusqu’à l’Action de grâce.

Des prix plus alléchants pour attirer une plus grande clientèle. Il fallait y penser!

Notez que le rabais est limité aux cannettes et s’applique seulement à l’achat de quatre caisses de 15 bières (donc, 60 cannettes). Il faut donc particulièrement aimer le goût du houblon pour jouir de la promotion.

La traditionnelle «caisse de 24» est toujours hors de prix.

N’empêche, Alcool NB a visé dans le mille. Le citoyen qui prend la peine de rouler une grande distance pour s’approvisionner dans un dépanneur québécois n’achètera pas une seule bouteille, ou même une seule caisse.

En ce sens, en offrant un important rabais seulement à l’achat de quatre caisses, Alcool NB vise directement une clientèle qui la boude normalement et qui lui coûte des millions de dollars en revenus perdus.

Sans surprise, les ventes de bières ont grimpé un peu partout, mais en particulier dans les succursales frontalières. À Sackville, elles ont explosé de 125,7%, ce qui semble clairement indiquer que de nombreux Néo-Écossais y font désormais leurs achats. Les chiffres sont également impressionnants à Edmundston (+40,2%) et à Campbellton (+16,4%), pour ne nommer que ces endroits.

Alcool NB affirme depuis le début qu’elle n’a pas orchestré cette promotion pour contrer les pertes vers le Québec, mais plutôt dans le but d’offrir le meilleur prix possible aux consommateurs.

C’est de la bouillie pour les chats.

Si la direction d’Alcool NB s’est finalement décidée à bouger, c’est parce qu’elle sentait la soupe chaude. Le procès hautement médiatisé de Gérard Comeau, un homme de Tracadie qui a été arrêté par les policiers pour avoir acheté trop d’alcool au Québec, a mis en lumière à quel point la société de la Couronne est dépassée.

Nous l’avons déjà écrit en éditorial et nous le répétons: quand le modèle d’affaires d’une entreprise dépend de la capacité de la police d’empêcher ses clients de faire leurs courses dans une autre province, il y a un problème. Un gros problème.

Reste maintenant à voir à quel point la leçon a été retenue.

En raison de sa position monopolistique, Alcool NB n’a eu longtemps que faire de la volonté des consommateurs d’obtenir «le meilleur prix possible». Son objectif premier a toujours été le même: réaliser d’importants profits afin de les remettre dans les coffres du gouvernement provincial.

Une mission qu’elle acquitte parfaitement bien. En moyenne, elle verse des redevances qui dépassent les 120 millions $ annuellement. Cet argent est essentiel pour permettre à Fredericton d’offrir des services essentiels en santé, en éducation, etc.

Ce faisant, alors que sa clientèle a évolué, la société de la Couronne n’a pas suivi. Par exemple, plutôt que d’offrir des meilleurs prix dans ses succursales frontalières qui font les frais de la compétition avec le Québec, le Maine ou la Nouvelle-Écosse, elle s’est obstinée à uniformiser ses prix partout en faisant fi des règles de l’offre et de la demande, et surtout de la concurrence.

Ce fameux rabais offert ces jours-ci n’aura l’effet que d’un temporaire coup d’éclat s’il n’est pas suivi d’autres stratégies de séduction des consommateurs.

La direction d’Alcool NB ne le sait peut-être pas, mais la survie de son monopole est en jeu. Les lois qui le protègent au-delà du bon sens finiront par tomber, à la suite de la décision d’un juge ou de la volonté de politiciens plus progressistes.

Si Alcool NB ne réussit pas à prouver sa pertinence, le jour viendra où elle n’arrivera plus à justifier son existence et sa légitimité auprès des consommateurs. Et la GRC n’y pourra rien.

Le gouvernement provincial – qui dicte les règles du jeu et est responsable de cette situation – en est conscient et a sans doute poussé Alcool NB à passer à l’action pour améliorer son image de commerce sclérosé par son propre monopole.

La bonne nouvelle, c’est que tout ce beau monde semble désormais moins vivre dans le déni. Nous invitons Alcool NB à continuer et même accélérer dans cette voie et non à revenir à ses vieilles habitudes. Ni à ses vieux prix.