Fin des garderies bilingues: oubliez ça

Le gouvernement provincial a déposé son nouveau plan d’éducation, qui s’étale sur 10 ans. On y trouve plusieurs objectifs et initiatives louables qui permettront d’améliorer l’apprentissage en classe (nous y reviendrons). Mais ce qui a surtout retenu l’attention des observateurs, c’est ce qu’on n’y retrouve pas.

À peine quelques jours avant le dévoilement du plan d’éducation, la commission d’étude chargée de faire l’examen des services de garderie a présenté le fruit de ses recherches. Le rapport est une mine de renseignements pour tous ceux qui s’intéressent aux services de garde au Nouveau-Brunswick.
Les commissaires ont recueilli les commentaires et les doléances de parents, de gestionnaires de garderie et d’éducateurs en services de garde. Ils en ont tiré plusieurs conclusions.

Parmi celles-ci, ils notent qu’il est difficile d’assurer la viabilité financière des garderies privées. En raison d’un financement insuffisant de la part des gouvernements, plusieurs établissements sont considérés comme «fragiles» et menacés de fermeture.

Les commissaires remarquent aussi que les frais imposés aux parents sont très élevés et qu’ils sont un «obstacle financier important» à l’accès au service.

Enfin, les commissaires se sont intéressés aux garderies bilingues. Ils ont découvert que dans la plupart de celle-ci, les éducateurs s’adressent aux enfants en anglais, y compris dans un groupe où on retrouve un seul petit anglophone.

Le rapport propose diverses avenues au gouvernement, dont deux qui ont frappé l’imaginaire: éliminer à long terme des garderies éducatives à but lucratif ainsi qu’étendre la dualité déjà en place en éducation (deux systèmes scolaires séparés sur une base linguistique) aux services de garde. Le gouvernement est invité à cesser d’accorder des permis aux garderies dites bilingues.

«La dualité en services de garderie éducatifs agréés est essentielle à la vitalité de la communauté francophone du Nouveau-Brunswick», peut-on lire dans le rapport.

Sans surprise, le gouvernement Gallant a dit non. Il n’y avait absolument aucune chance que ces deux recommandations soient adoptées.
La transition vers un système sans but lucratif, même mieux financé par les fonds publics, aurait provoqué une confrontation avec les propriétaires des garderies. Pouvez-vous imaginer le premier ministre Brian Gallant justifier quotidiennement le fait qu’il veut empêcher les propriétaires des services de garde – en majorité des femmes – de faire des profits ou de revendre l’entreprise qu’elles ont créée et fait grandir. Un véritable cauchemar de relations publiques.

C’est sans compter qu’il peinerait à prouver que le nouveau système permettrait réellement de réduire les frais de garde de façon substantielle. Il existe déjà des garderies dirigées par un conseil d’administration et sans but lucratif au Nouveau-Brunswick et leurs tarifs ressemblent généralement à ceux imposés chez le privé.

Le seul système qui a fait ses preuves est celui en vogue au Québec. Le gouvernement a là-bas mis sur pied un système de Centres de la petite enfance à très bas prix, qui a permis à des milliers de femmes de retrouver le marché du travail. Une réussite exceptionnelle. Il coûte toutefois une fortune en fonds publics et il est clair qu’aucun politicien néo-brunswickois n’est prêt à aller dans cette direction.

Quant à l’autre recommandation majeure, soit d’empêcher la création de nouvelles garderies bilingues, oubliez ça. Ça n’arrivera pas.

Il faudrait que le gouvernement démontre un grand courage pour choisir cette voie qui réveillerait tous les antifrancophones de la province. Or, cette qualité a tendance à faire défaut chez les libéraux depuis leur retour au pouvoir, en 2014.

Allons plus loin. La dualité en éducation est un fait acquis, protégé par la constitution. Aucun chef de gouvernement ou de l’opposition n’oserait s’y attaquer. Toutefois, si c’est cette dualité n’existait pas et qu’un rapport la recommandait avec force (comme c’est le cas aujourd’hui pour les garderies), nous aurions reçu là aussi une fin de non-recevoir de Fredericton. Trop cher, trop compliqué, trop risqué politiquement.

Brian Gallant n’est pas Louis J. Robichaud et Bruce Fitch n’est pas Richard Hatfield.

Soyons clairs. Les anciennes écoles bilingues, abolies sous le gouvernement Hatfield, étaient des foyers d’assimilation pour jeunes francophones. C’est évidemment la même chose dans les garderies qui ont choisi ce modèle, en particulier dans les milieux anglodominants. Ce qui est vrai pour les uns l’est nécessairement pour les plus jeunes.

Nos politiciens, nos ministres et nos fonctionnaires le savent très bien. Ils préfèrent les tolérer malgré tout. Celles-ci ne sont pas si nombreuses (environ 10%, selon les statistiques gouvernementales) et ne font pas l’objet de contestation active au sein de la société civile acadienne.

Elles sont donc là pour rester. Les petits francophones qui les fréquentent en subiront les conséquences.