Le message doit venir d’en haut

Vous avez été nombreux à visionner sur le web (acadienouvelle.com) la vidéo d’un agent de la GRC pris en flagrant délit d’avoir stationné son véhicule dans un espace réservé aux personnes handicapées. Un fait divers qui nous en dit long sur le chemin qui nous reste à parcourir, en tant que société, afin de faire respecter les droits de ce groupe de citoyens.

Hugo St-Pierre est l’auteur de la vidéo. Il s’est rendu à un poste de police situé dans le centre-ville de Moncton, où il devait rencontrer un agent avec un ami. En cherchant une place réservée aux personnes handicapées, il découvre avec frustration que celle-ci est déjà prise par un autre véhicule non autorisé. M. St-Pierre s’est ensuite plaint à un gendarme.

La discussion qui a suivi et qui a été filmée est une véritable pièce d’anthologie. L’agent Grenier révèle qu’il s’agit de son véhicule et qu’il considère avoir le droit de stationner à cet endroit puisque les bureaux du poste étaient fermés à cette heure. Durant toute la conversation, il refuse de reconnaître qu’il a tort. Il finit par déplacer sa voiture, mais seulement par «respect» pour le plaignant, un peu comme s’il lui faisait une faveur.

Évidemment, rien dans la loi n’accorde aux policiers (ou à quiconque) un droit d’utiliser les places pour automobilistes handicapés en dehors des heures d’ouverture d’un bureau, d’un commerce, etc.

Bien sûr, nous serions collectivement compréhensifs si, dans une situation de vie ou de mort, un agent de la paix se stationnait dans l’une de ces aires réservées. Le gros bon sens l’emporterait. Nous étions toutefois loin d’être dans une telle situation, en ce matin ensoleillé du 3 septembre à Moncton…

Inutile ici d’en rajouter ou de lyncher publiquement l’agent Grenier. Il a appris sa leçon à la dure et regrette sûrement ses actions. La GRC a de son côté rapidement reconnu qu’il était dans le tort. Il est permis de croire que le fautif s’est engagé à ne plus recommencer.

La police fédérale, dans sa grande tradition de transparence, refuse toutefois de confirmer si elle a donné une contravention.

Avec un peu de chance, le Service régional de Codiac de la GRC a par contre profité de l’occasion pour sensibiliser tous ses agents à la problématique. En effet, il ne sert à rien de se couvrir les yeux. Soit les autres membres du poste faisaient la même chose, soit ils ont tourné la tête dans une autre direction malgré les habitudes de leur collègue.

Tout le monde sort donc un peu éclaboussé de cette histoire. Surtout, cela démontre une nouvelle fois que la police ne considère pas comme une priorité de faire respecter la bonne utilisation de ces stationnements.

L’Acadie Nouvelle a publié un dossier sur le sujet, il y a quelque temps. Nos lecteurs ont découvert que les forces de l’ordre considèrent que ce n’est pas leur responsabilité de s’assurer que les règlements portant sur le stationnement pour personnes handicapées sont respectés.

Si, au beau hasard d’une promenade dans le centre-ville de votre communauté, vous découvrez qu’une voiture est stationnée dans un endroit réservé malgré l’absence d’une vignette accrochée au parebrise, vous ne pouvez pas vous contenter d’aviser les autorités.

Celles-ci exigent de vous que vous preniez note du numéro de plaque d’immatriculation. Vous devrez ensuite attendre que le propriétaire revienne afin de lui demander son identité. Enfin, si la personne conteste l’amende, vous serez appelés à témoigner en cour contre elle.

Bref, nous exigeons des personnes qui sont parmi les plus vulnérables de notre société qu’elles fassent le travail de la force constabulaire.

Il y a un changement de culture qui doit s’accomplir, autant dans la population générale qu’au sein même des forces policières, si on se fie à l’incident qui a mis aux prises Hugo St-Pierre et l’agent Grenier. Pour que cela arrive, il faut que le message vienne d’en haut.

Nous invitons le ministre de la Justice et de la Sécurité publique, Denis Landry, et le commandant divisionnaire de la Gendarmerie royale du Canada, Larry Tremblay, à faire part de leur exaspération en rapport avec la situation actuelle.

C’est seulement quand les dirigeants enverront des directives claires et publiques à leurs subalternes qu’un véritable changement d’attitude pourra enfin commencer à s’opérer.