Plus forts ensemble

Les gouvernements provincial et fédéral investiront plus de 11 millions $ pour regrouper les étudiants du collège communautaire et de l’Université de Moncton sous un même toit, à Shippagan. Une bonne nouvelle pour les deux institutions. Une meilleure nouvelle encore pour la communauté acadienne.

Plus précisément, cela signifie qu’une annexe de 29 000 pieds carrés sera construite contre le bâtiment principal de l’Université de Moncton, campus de Shippagan (UMCS). Elle servira à abriter les locaux du Collège communautaire de la Péninsule acadienne.

Les anglophones ont inventé une expression pour applaudir ce genre de nouvelles positives: it’s a win-win situation. En effet, l’annonce profitera à beaucoup de monde, et pas seulement aux étudiants qui fréquenteront bientôt de locaux flambants neufs.

Le projet, qui est discuté en coulisses depuis longtemps, ne serait sans doute pas devenu réalité sans l’élection des libéraux de Justin Trudeau, qui ont créé un fonds d’infrastructure de 2 milliards $ destiné exclusivement aux collèges et aux universités. Le Nouveau-Brunswick a sauté sur l’occasion.

Il faut aussi rappeler que les liens sont déjà relativement forts entre le collège et le campus de Shippagan. Ils remontent en fait à la fondation du CCNB-Péninsule acadienne, en 2001, sous l’impulsion du gouvernement progressiste-conservateur de Bernard Lord.

Le premier ministre Lord avait à l’époque établi l’éducation comme étant un socle sur lequel il pouvait s’appuyer pour améliorer le sort de la population acadienne. Cela s’était traduit par la fondation du Centre de formation médicale du Nouveau-Brunswick, qui permet depuis 1999 de former nos étudiants en médecine à l’Université de Moncton.

Deux ans plus tard, le ministre Elvy Robichaud annonçait la création d’un nouveau campus du CCNB, basé dans la Péninsule acadienne. L’initiative était vue comme un élément-clé de la relance économique de la région.

Le gouvernement n’avait toutefois pas d’argent pour construire un nouvel édifice en bonne et due forme. La décision a donc été prise de baser les bureaux administratifs à l’UMCS. Les cours et les formations ont ensuite été offerts un peu partout dans la région, à Shippagan, bien sûr, mais aussi à Caraquet (l’École des pêches), à Tracadie, à Néguac, etc.

À l’époque, le vice-recteur de l’Université de Moncton, Armand Caron, avait salué cette vision. Loin de voir le collège comme un compétiteur, il avait plutôt déclaré recevoir cette nouvelle «très positivement». «On voit cette formule comme une occasion et non comme une menace», avait-il précisé.

L’avenir lui a donné raison. Le CCNB-Péninsule a permis de retenir et de former une clientèle qui n’aurait peut-être pas été intéressée à poursuivre des études à l’université. Mieux encore, sa présence pourrait bien contribuer à assurer la pérennité de l’UMCS.

Ce n’est pas un secret pour personne, la dénatalité et l’exode de la population vers les grands centres urbains dans le sud de la province font mal aux campus du Nord de l’Université de Moncton. Les inscriptions ont chuté de moitié à Edmundston et à Shippagan depuis deux décennies, au point où certains n’hésitent plus à remettre en question l’utilité de préserver les deux établissements.

Face à l’implacable loi des chiffres, le gouvernement Graham a commandé un rapport qui a proposé, en 2007, aux campus du Nord de couper le lien qui les unit avec celui de Moncton et de plutôt former avec les collèges communautaires de leur région respective une école polytechnique.

Le projet a été enterré à la suite de vives critiques dans les régions concernées. Les citoyens d’Edmundston ont toutefois vu là une occasion de faire avancer un projet qui leur tenait à coeur, soit la construction d’un nouveau collège communautaire.

L’idée a été rapidement mise à exécution et un édifice collégial a été construit au coût de 35 millions $, ce qui a permis de regrouper deux institutions et d’ainsi former un complexe postsecondaire.

Après la réussite d’Edmundston en 2011, ce même modèle de cohabitation sera appliqué à Shippagan.

Ce faisant, les étudiants collégiaux pourront profiter des infrastructures sportives, informatiques, de recherche et autres de l’université. À l’inverse, l’U de M profitera de l’afflux de nouveaux utilisateurs en ses murs, ce qui contribuera à sa croissance.

La devise de l’Acadie est «L’union fait la force», quelque chose que nous avons oubliée trop souvent par le passé.

Dans ce cas-ci, l’union de l’Université de Moncton, campus de Shippagan, et du Collège communautaire de la Péninsule acadienne n’est pas passé par une fusion, ni par la création d’une polytechnique.

Elle aura toutefois un impact positif durable sur les deux établissements de même que sur toute la région, comme c’est déjà le cas dans le Madawaska.