Pour l’intérêt public

Les conflits entre le gouvernement de Brian Gallant et ses hauts fonctionnaires indépendants se poursuivent. Cette fois, c’est un dépassement de coûts important provoqué par une enquête tout aussi importante qui a provoqué l’ire des libéraux.
La vérificatrice générale du Nouveau-Brunswick, Kim MacPherson, n’a pas froid aux yeux. Elle n’a jamais hésité par le passé à se mettre à dos ceux qui détiennent les clefs du pouvoir dans la capitale.

Nous l’avons entendue par le passé se plaindre que les budgets (gelés depuis deux ans) qui lui sont alloués pour faire son travail sont insuffisants. Elle n’a pas hésité non plus à remettre en question les pratiques comptables du gouvernement, allant même jusqu’à dire qu’elle est incapable de confirmer la véracité des états financiers de la province.

Des sorties qui lui ont valu plus d’une fois des reproches. Cela ne semble pas embêter Mme MacPherson le moins du monde, et c’est tant mieux.

En tant que fonctionnaire indépendante, son rôle est d’être une sorte de chien de garde des finances publiques. Cela implique que le détenteur du poste doit être doté d’une forte personnalité et être capable de faire face aux tempêtes, de même qu’aux critiques de puissants politiciens.

C’est heureusement le cas de Mme MacPherson. Les contribuables néo-brunswickois sont chanceux de pouvoir compter sur son expertise.

Récemment, la vérificatrice générale a décidé de lancer une enquête à propos de la fermeture d’Atcon. Le gouvernement provincial a englouti plus de 70 millions $ dans la faillite de cette entreprise de Miramichi, en 2010. Le premier ministre Shawn Graham a participé aux discussions visant à sauver l’entreprise même s’il était en conflit d’intérêts.

Le Parti progressiste-conservateur talonne le gouvernement à propos de ce fiasco, en demandant entre autres si l’argent perdu a servi à remplir les poches des dirigeants de l’entreprise.

Selon la version officielle des faits, les fonds ont plutôt servi à rembourser les banques, qui n’avaient accepté d’accorder des prêts à l’entreprise en difficulté qu’à la condition qu’ils soient garantis par la province. Mais il semble que suffisamment de points d’interrogation ont été soulevés pour que la vérificatrice générale décide de pousser l’enquête plus loin.

En décembre 2015, Kim MacPherson a annoncé qu’elle tenterait de découvrir comment les 70 millions $ ont été dépensés même si, de son propre aveu, une enquête aussi complexe exige «des fonds supplémentaires et de l’expertise au-delà des ressources existantes».

«Je ne demande pas la permission», avait-elle déclaré aux députés qui forment le conseil d’administration de l’Assemblée législative, responsable de financer le bureau de la vérificatrice.

La réponse du ministre Donald Arseneault avait été tout aussi claire: elle devra se contenter «des ressources qu’elle a à l’intérieur de son budget».

Pas besoin d’être un fin devin pour prédire qu’un conflit finirait par éclater. C’est ce qui est survenu dans les derniers jours, quand Mme MacPherson a annoncé qu’elle allait défoncer son budget.

Le dépassement de coûts atteindra au moins 400 000$.

Le président de l’Assemblée législative, Chris Collins, a montré les dents. Il a affirmé ne pas avoir l’argent pour couvrir ces dépenses non budgétées et a signifié son intention de rencontrer Mme MacPherson afin de la ramener à l’ordre.

Cette réaction n’est pas excessive.

Le gouvernement libéral est déjà incapable de comprimer suffisamment ses dépenses pour respecter ses objectifs budgétaires. Si ses fonctionnaires indépendants commencent en plus à sortir du cadre financier qui leur est imposé, la province n’est pas sortie du bois.

Cette sortie du député Collins était prévisible. Mme MacPherson connaissait les conséquences. Elle savait à quoi s’attendre et cela ne l’a pas empêché de poursuivre son travail malgré tout.

Elle a pris la bonne décision.

L’intérêt public commande qu’une enquête approfondie nous permette d’obtenir les réponses – toutes les réponses – à propos de la façon dont l’argent a été dépensé.

C’est seulement après que cela aura été fait que nous pourrons tourner la page, en sachant que les informations dévoilées aideront les politiciens actuels et futurs à ne pas répéter les mêmes erreurs.

D’ici là, le gouvernement Gallant peut bien exprimer son mécontentement face à l’habitude de la vérificatrice générale de défoncer les portes qu’il avait pourtant fermées. Une fois qu’il aura terminé de montrer ses muscles, nous nous attendons toutefois à ce qu’il passe outre sa frustration et finance convenablement l’enquête Atcon.

Les contribuables ont au moins soixante-dix millions de bonnes raisons pour que cette enquête se poursuive et que les résultats soient rendus publics.