Deux ans à faire du surplace

Le gouvernement libéral dirigé par Brian Gallant est déjà rendu à la mi-mandat. Ce qui frappe dans son cas, c’est à quel point il s’est écarté des objectifs qu’il s’était fixés.

Le 22 septembre 2014, Brian Gallant remportait les élections. Fort d’un vent de changement et d’espoir, M. Gallant promettait de faire de la politique autrement, de reprendre le contrôle des finances publiques et de créer des emplois.

Sur ces trois engagements majeurs, censés former le coeur et l’identité du jeune premier ministre, nous ne pouvons donner qu’une note d’échec.

Le Nouveau-Brunswick compte aujourd’hui moins d’emplois qu’avant le retour des libéraux au pouvoir.

Le déficit est toujours hors de contrôle. Et des décisions partisanes ou discutables (congédiements de Rino Volpé et du Dre Eilish Cleary, fermeture de bureaux de Service NB), de même qu’une arrogance à l’endroit de ceux qui ne partagent pas son avis (relations tendues avec les hauts fonctionnaires indépendants, conflit avec les juges sur leur lieu de résidence, fermeture abrupte de sessions législatives) ont montré que malgré les apparences, Brian Gallant a plus en commun avec Stephen Harper qu’avec Justin Trudeau.

Ce n’est pas tout.

Le premier ministre a gaspillé une bonne partie de son capital politique en choisissant mal ses combats ou en refusant de les mener à terme. Il a tenté d’augmenter les frais imposés aux aînés les plus aisés qui vivent en foyer de soins, avant de reculer. Il a aussi passé la dernière session à trouver une manière de convaincre l’opposition d’étudier avec lui une réforme électorale dont à peu près personne ne veut.

Pire, il a consacré presque toute la première moitié de son mandat à préparer une révision stratégique des programmes. «Tout est sur la table», nous a-t-on répété ad nauseam. L’éléphant a accouché d’une souris. Brian Gallant a manqué de courage et plutôt haussé de deux points la TVH.

Pendant ce temps, le Nouveau-Brunswick continue de vivre au-dessus de ses moyens.

Il y a tout de même quelques points positifs dans le bulletin de mi-mandat des libéraux.

Le moratoire sur la fracturation hydraulique (le gaz de schiste) a peu de sens économiquement, mais s’imposait du point de vue social, à la suite des manifestations et de l’émeute de Rexton. La «gratuité» collégiale et universitaire offerte à une partie des étudiants venant d’une famille moins nantie a été bien accueillie dans la population.

Le problème, c’est que le gouvernement n’arrive pas à bien vendre ses supposés bons coups. Même si elle est dirigée par un chef intérimaire, l’opposition conservatrice est efficace et réussit à mettre régulièrement le gouvernement dans l’embarras sur ces enjeux et bien d’autres dont il devrait pourtant être fier, tel que la sauvegarde du Centre naval de Bas-Caraquet.

Nulle part l’incapacité du gouvernement de bien défendre ses positions n’est plus évidente que dans les dossiers linguistiques et dans l’affaire Atcon. Dans les deux cas, il n’a jamais réussi à mettre derrière lui des controverses qui auraient normalement dû être évacuées rapidement.

Les libéraux n’ont jamais pu s’extirper du bourbier des autobus scolaires «bilingues». Ils se sont tirés dans le pied en effectuant un renvoi en Cour d’appel qui pourrait leur exploser au visage et fragiliser les droits des francophones s’ils n’ont pas gain de cause.

De plus, ils n’ont pas démontré qu’ils prenaient au sérieux les recommandations du commissariat aux langues officielles, ni su la défendre adéquatement quand elle a été attaquée de toutes parts à la suite d’une enquête qu’elle avait entreprise.

Quand au dossier Atcon, qui date pourtant de l’ère Graham (2006-2010), il a été martelé de telle manière dans l’opinion publique que la vérificatrice générale Kim MacPherson a entrepris une nouvelle enquête même si les libéraux ont refusé de la financer adéquatement.

Cela dit, tout n’est pas noir pour Brian Gallant et son équipe.

D’abord, il a la chance de profiter par la bande de la grande popularité du libéral Justin Trudeau, nouvellement élu à Ottawa. De plus, les progressistes-conservateurs n’ont toujours pas de chef, si bien que le gouvernement Gallant est toujours bien confortablement installé en tête dans les sondages.

Il lui reste aussi deux ans pour bien imprégner sa marque avant les prochaines élections. Par exemple, il prévoit proposer au cours de la prochaine session législative une refonte de la gouvernance municipale. L’occasion sera belle pour adopter une réforme qui, espérons-le, aura des effets bénéfiques à long terme sur nos communautés.

Nous restons toutefois à être convaincus. Depuis son élection, Brian Gallant a donné l’image d’un chef qui craint de prendre des décisions trop impopulaires, même quand elles sont nécessaires. Résultat, il fait du surplace. Le Nouveau-Brunswick aussi.