Est-ce bien sérieux?

À la surprise de tous ceux qui s’intéressent un tant soit peu à la politique fédérale, un dénommé Martin Bastarache a annoncé vouloir succéder à Stephen Harper. Un Acadien de Saint-Antoine qui tentera de devenir le prochain chef du Parti conservateur du Canada? Il semble que ce ne soit pas un canular.

Attendons un peu avant de chanter l’Ave Maris Stella lors du prochain débat des aspirants-chefs conservateurs. Martin Bastarache n’est pas encore candidat et ne le sera peut-être jamais.

Les conditions d’entrée dans la course sont strictes. Notre homme doit d’abord recueillir 300 signatures de membres du parti en provenance d’au moins 30 circonscriptions réparties dans un minimum de sept provinces et territoires.

M. Bastarache devra aussi verser la coquette somme de 100 000$ au parti, y compris un dépôt non remboursable de 50 000$. Il a déjà annoncé qu’il organisera une campagne de financement pour trouver l’argent. Nous lui souhaitons la meilleure des chances.

Une fois en selle, celui qui affirme que sa spécialité est «d’entrer dans un bureau où tout le monde est prêt à se sauter à la gorge et de trouver une solution» devra ensuite convaincre les militants qu’il est l’homme de la situation. Ce n’est pas gagné.

Martin Bastarache se présente comme une sorte de chevalier blanc. Il dit vouloir éradiquer la corruption et promet de démissionner s’il ne remplit pas ses engagements (qu’on ne connaît pas encore).

M. Bastarache est le dernier d’une longue lignée de candidats totalement inconnus du grand public qui tentent malgré tout de devenir chef de leur formation politique, en misant sur le fait qu’ils ne font pas partie de l’establishment.

Ce phénomène est particulièrement courant aux États-Unis.

Par exemple, nous nous rappelons qu’en 2008, Barack Obama et Hillary Clinton ont croisé le fer lors des primaires démocrates.

Mais qui se souvient que Mike Gravel, Denis Kucinich et Chris Dodd étaient aussi candidats? Ils n’avaient reçu l’appui d’aucun délégué et ont dû se retirer avant la fin. Et nous parlons pourtant ici de politiciens de carrière!

Plus récemment et plus près de nous, Justin Trudeau a remporté la direction du Parti libéral du Canada en 2013. Il avait obtenu 80% des suffrages. Mais êtes-vous capables de nommer les adversaires qu’il a défaits? Si vous pouvez nommer de mémoire Karen McCrimmon (0,68% des votes), Deborah Coyne (0,70%) ou même Martha Hall Findley (6,37%), laquelle avait pourtant mené une très bonne campagne, vous êtes un véritable mordu de la politique.

Comme pour toutes les règles, il existe aussi de rares exceptions. Le maire de Québec, Régis Labeaume, est l’une d’elle. Les sondages lui accordaient moins de 5% des intentions de vote au moment où il a posé sa candidature aux élections municipales de 2007. Il a toutefois profité d’un contexte particulier. La mairesse Andrée Boucher était décédée en fonction. M. Labeaume a reçu l’appui de la famille de la défunte et a réussi à se tailler une place dans l’espace médiatique québécois. Il a finalement gagné avec 59% des votes!

Bref, tout est possible. Des surprises majeures surviennent parfois ça et là en politique. Mais disons que nous sommes loin du jour où le drapeau acadien trônera dans le salon du 24, promenade Sussex.

Cela ne signifie pas que ces marginaux n’ont pas leur place dans l’écosystème politique. Il faut des Martin Bastarache ou des Paul St-Pierre Plamondon (un candidat peu connu dans la course à la direction du Parti québécois, qui bat présentement son plein).

Leurs intentions ne sont pas toujours claires. Croient-ils vraiment, au-delà de toute logique, en leurs chances de gagner? Cherchent-ils un peu de publicité? Ou le font-ils parce qu’ils veulent partager des idées qu’ils jugent importantes et qui sont ignorées par les favoris de la course?

Qu’importe. Ils ont le droit d’être entendus. Mieux encore, il leur arrive parfois, à défaut de gagner, de réussir à influencer le discours d’autres candidats qui n’auraient pas mieux demandé que de débiter des généralités sans trop se compromettre.

Un bel exemple nous est venu des États-Unis cette année quand, à la surprise générale, le sénateur Bernie Sanders a poussé Hillary Clinton dans ses derniers retranchements avec ses propositions sociales-démocrates. Afin de rallier les délégués de son adversaire, Mme Clinton n’a eu d’autre choix que de modifier son programme.

Il est peu probable que Martin Bastarache réussisse à influencer le Parti conservateur du Canada de cette manière. Mais s’il croit sincèrement à ses idéaux, il a le droit de les défendre partout au pays.

Et tant mieux s’il devient, à son tour, une exception à la règle.