UNIlingue

UNI Coopération financière se retrouve au coeur d’une tempête médiatique dont elle se serait bien passée.

Depuis plusieurs semaines, des affiches unilingues anglaises d’UNI (autrefois connue sous le vocable de Fédération des caisses populaires acadiennes) pullulent dans des régions à majorité anglophone de la province. Celles qui sont présentement diffusées dans la région de Moncton ont touché une corde sensible.

Les Acadiens du Grand Moncton se battent depuis longtemps afin de franciser un tant soit peu le paysage commercial. Même s’ils représentent environ 33% de la population monctonienne, l’affichage y est presque uniquement en anglais.

Voir un fleuron acadien y diffuser des annonces seulement dans la langue de Shakespeare, en plus d’angliciser son nom (devenu sur les pancartes UNI Financial cooperation) en a insulté plus d’un.

Avec raison.

Si même les institutions acadiennes jugent que la publicité à Moncton doit se faire en anglais, aussi bien déposer les armes.

Sans le vouloir, UNI Coopération financière a ensuite ajouté de l’huile sur le feu en précisant qu’il avait été impossible d’ajouter du français sur les affiches en raison de contraintes d’espace.

Nous avons entendu trop souvent ce type d’explications par le passé de la part de commerçants qui refusent obstinément d’afficher dans la langue de leur clientèle francophone. Pas assez de place, trop compliqué, trop dispendieux… et de toute façon, tout le monde comprend l’anglais, n’est-ce pas!

C’est donc sans suprise que les justifications des représentants d’UNI ont déçu plus d’une personne.

Il s’est avéré que le problème était dû à une erreur de livraison. Les affiches ont été livrées seulement en anglais à Moncton alors que la moitié devait l’être dans l’autre langue officielle. La «Fédé» n’a pas oublié ni renié ses origines en même temps qu’elle changeait de raison sociale.

Néanmoins, il est évident que la décision d’une importante institution acadienne de diffuser des pubs unilingues anglaises, en particulier à Moncton, ne passerait pas comme dans du beurre.

On se demande aussi à quels endroits celles-ci devaient être diffusées, sur une base linguistique. Celles en anglais sur les artères commerciales, celles en français près des enclaves acadiennes (Université de Moncton, Centre culturel Aberdeen…)? Disons que le projet n’était pas engagé sur les bases les plus solides. Même sans l’erreur de livraison, il est probable qu’une controverse aurait fini par éclater.

Il s’agit d’un coup dur pour l’institution financière, qui voit ce qui est sans doute la campagne la plus ambitieuse de son histoire torpillée par une controverse linguistique qui aurait pu être évitée. En effet, les publicités anglaises avaient été placées sans leur contrepartie française il y a déjà quelques semaines et au moins une plainte avait depuis été acheminée.

Cela rappelle aussi que l’abandon de l’adjectif «acadiennes» dans la nouvelle identité de l’institution financière reste un sujet sensible chez une bonne part de sa clientèle.

UNI ne peut pas se permettre d’effectuer d’autres faux pas du genre.

Cela dit, il faut faire attention de ne pas pousser non plus le balancier à l’extrême. UNI Coopération financière continuera de courtiser les anglophones.

Le Nouveau-Brunswick et les Maritimes comptent une majorité de citoyens qui ne parlent pas le français. Si UNI souhaite conquérir des parts de marché à l’extérieur des communautés acadiennes, elle n’aura pas le choix d’utiliser la langue de la clientèle qu’elle souhaite joindre. Nous aurons donc droit à d’autres publicités signées UNI Financial cooperation sur le territoire néo-brunswickois.

Ça n’enlève rien au fait qu’UNI est fermement implantée en Acadie. Elle emploie des milliers d’Acadiens et continue d’appuyer les communautés de même que les causes qui tiennent à coeur à ses membres.

N’empêche, nous invitons UNI à faire preuve de plus de sensibilité à l’égard du peuple qui est responsable de la prospérité de l’entreprise. Des publicités unilingues anglaises à Moncton, vraiment? Personne au siège social n’a réalisé le message symbolique que cela envoie? Si les commerçants de Dieppe trouvent une façon d’afficher dans les deux langues (comme l’exige un arrêté municipal local), nous croyons qu’UNI peut faire de même dans les endroits où il y a une forte proportion de francophones, y compris à Moncton.

La force du Mouvement des caisses populaires acadiennes est tirée du lien privilégié qui a été tissé au cours des dernières décennies avec le peuple acadien.

Quiconque fragilise ce lien, que ce soit à travers une stratégie de marketing ou à la suite d’une banale erreur de livraison, joue un jeu très dangereux. Dans un milieu financier hypercompétitif, l’image projetée par l’institution est au moins aussi importante que le taux d’intérêt qu’elle propose sur ses prêts.