Enfin!

Brian Gallant termine une semaine où il a consacré ses efforts à vendre le bilinguisme officiel, avec l’aide d’annonces et de discours bien sentis. Nous nous réjouissons de voir le premier ministre sauter dans l’arène linguistique avec un message positif et sans ambiguïté.

Au cours de la dernière semaine, Brian Gallant a livré un discours sur le bilinguisme, en anglais à Saint-Jean puis en français à Caraquet. Il a aussi annoncé 1 million $ pour offrir des cours de langue seconde aux adultes sans emploi et promis le retour de l’immersion en français dès la première année du primaire dans les écoles anglophones à compter de septembre 2017. Enfin, Fredericton s’engage à améliorer l’accès à l’immersion dans les régions rurales.

Par ailleurs, le ministre responsable des Langues officielles, Donald Arseneault, a lui aussi effectué une sortie dans les médias en faveur du bilinguisme.

Tout cela n’a rien d’une coïncidence. La première moitié du mandat des libéraux a été marquée par les tensions linguistiques. Tous les bilans de mi-mandat publiés et diffusés dans les médias ont fait la belle part aux problèmes du gouvernement à gérer convenablement les controverses qui se sont succédé.

Le bilinguisme officiel fait partie intégrante de l’identité du Nouveau-Brunswick. Chaque politicien qui prend la tête de notre province devrait se transformer en grand champion des deux langues officielles, de la même manière que les premiers ministres de l’Alberta défendent les grandes pétrolières et que ceux de l’Ontario appuient sans réserve l’industrie automobile.

Or, depuis le début du mandat, on sent un manque de conviction de la part des libéraux, comme si le fait d’avoir élu autant de députés dans les régions acadiennes avait incité ceux-ci à faire profil bas devant la majorité anglophone sur cet enjeu.

Évidemment, personne ne pense que les Brian Gallant, Serge Rousselle, Donald Arseneault, Victor Boudreau et compagnie s’opposent à la Loi sur les langues officielles du N.-B. Néanmoins, ils semblent très gênés de la défendre sur la place publique quand elle est attaquée. On sent cette crainte de déplaire à l’électorat anglophone, malgré les sondages qui démontrent qu’une majorité de Néo-Brunswickois croient dans les vertus du bilinguisme.

Cette semaine marque toutefois un virage.

Pour une rare fois, le premier ministre n’a pas ménagé la chèvre et le chou. Il a fait une profession de foi, lancé un appel à la tolérance et rappelé que nos droits sont enchâssés dans la constitution et que celle-ci ne sera pas modifiée de sitôt.

Il était rafraichissant d’entendre – enfin! – de tels propos de la part d’un politicien important.

M. Gallant a parsemé son discours d’anecdotes personnelles. Il a rappelé les difficultés de sa mère (une Scholten originaire des Pays-Bas) à s’exprimer en anglais. Il a expliqué comment lui-même ne parlait pas le français jusqu’à l’âge de 10 ans, les frustrations auxquelles il a fait face pendant son apprentissage et comment la perspective de participer aux Jeux de l’Acadie lui a fait choisir le système scolaire francophone.

Il a expliqué pourquoi il est si important que les Acadiens aient des institutions scolaires homogènes et a donné des exemples concrets du pouvoir assimilateur de l’anglais. À l’inverse, il a aussi mis en pièces quelques mythes et faussetés concernant les coûts des autobus scolaires séparés sur une base linguistique, l’absence supposée d’emplois gouvernementaux ou dans les centres d’appels pour les anglophones, etc.

Ce discours, aussi senti soit-il, ne convaincra pas les intolérants. Surtout, il n’aura servi à rien si le gouvernement libéral retombe dans sa timidité maladive aussitôt que viendra la prochaine crise linguistique.

Par contre, s’il s’agit réellement d’un changement de cap de la part de Brian Gallant, nous aurons tous – anglos et francos – des raisons de nous réjouir, surtout que dans ce cas-ci, les bottines ont suivi les babines.

Les deux annonces effectuées cette semaine, à propos de l’apprentissage d’une langue seconde et de l’immersion précoce, ne régleront pas tous les problèmes. Ils permettront au gouvernement d’articuler une réponse crédible la prochaine fois qu’un député progressiste-conservateur d’une région rurale se plaindra que ses électeurs sont sans-emplois parce qu’ils ne parlent que l’anglais.

Personne ne réclame que le gouvernement Gallant se transforme en Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick. Les libéraux doivent toutefois transformer l’élan qu’ils viennent de s’offrir au cours de la dernière semaine sur le front linguistique en une vision qu’ils sauront défendre avec conviction d’ici les prochaines élections. Ce faisant, ils reprendront le contrôle de l’agenda sur cette question.

Surtout, en étant moins hésitants, ils contribueront à diminuer l’intensité des controverses qui nous divisent.

Il y aura toujours des gens qui croient que les francophones ont trop de droits, d’où la responsabilité du gouvernement de défendre et de promouvoir ceux-ci.

La dernière semaine a été très positive à cet égard. Voyons maintenant à quoi ressembleront les 100 prochaines.