Les mignons petits visiteurs

Les lecteurs assidus de l’Acadie Nouvelle savent depuis longtemps que leur journal n’est pas chaud à l’égard de la monarchie. William, Kate et leurs charmants petits chérubins nous font l’honneur de visiter l’Ouest canadien. Et alors?

En Acadie, malgré le poids de l’histoire, nombreux sont ceux qui se sont laissés séduire par la monarchie britannique. C’est peut-être encore plus vrai maintenant que celle-ci a réussi un spectaculaire virage médiatique au cours des dernières années.

Le mariage du prince William et de Kate Middleton, la naissance de George et de Charlotte, ainsi que leur volonté de prendre plus de place dans l’espace public a fait des quatre membres de la famille de véritables superstars.

Au Canada comme dans la plupart des autres pays du monde, leur cote d’amour dépasse celle de leur père et héritier du trône, le prince Charles, de même que celle de la reine Elizabeth II. Chaque arrêt durant leur tournée en Colombie-Britannique et au Yukon fait l’objet d’une forte couverture médiatique; chaque réception auquel le couple participe est considérée par tous les convives comme étant un moment privilégié ou une expérience extraordinaire. Peu nombreux sont ceux qui refuseraient pareille invitation.

Des extraterrestres qui observeraient de loin la réaction des Canadiens devant la présence des «royaux» peineraient à y trouver une explication logique.

William et Kate n’ont rien accompli d’extraordinaire pour mériter autant d’affection. Oui, ils sont souriants et semblent sympathiques. Comme des millions d’autres personnes, en Angleterre et ailleurs. Mais toute l’attention dont ils font l’objet n’est pas liée à ce qu’ils font, mais plutôt à ce qu’ils sont.

C’est l’un de nos traits les plus étranges. Nous sommes collectivement pâmés devant quatre personnes – y compris deux enfants – parce que le père de famille est aussi le petit-fils d’une lointaine monarque. Si William n’était pas l’aîné, c’est son frère Harry qui serait l’objet de toute l’attention médiatique et dont chaque visite au Canada serait traitée comme un événement d’importance nationale.

Bref, c’est un arbre généalogique qui détermine qui est important à nos yeux. Une situation ridicule s’il en est une, mais pas assez semble-t-il pour convaincre une majorité de Canadiens de couper les liens avec la monarchie et de se doter d’un chef d’État qui ne passera pas ses journées dans un château en Grande-Bretagne.

D’une certaine façon, la popularité de William et de Kate rappelle celle des socialites, ces personnalités bien connues… parce qu’elles sont connues, tout simplement.

Le phénomène est particulièrement puissant aux États-Unis, avec au premier rang la famille Kardashian, dont les faits et gestes dopent les ventes des magazines à potins.

Soyons tout de même bons joueurs. Contrairement aux Kardashian, à Paris Hilton et autres «personnalités» du genre, William et Kate sont déterminés à utiliser leur image et leur popularité à bon escient.

Cette petite virée familiale s’inscrit bien sûr dans une stratégie médiatique, qui vise autant à promouvoir l’image du prince qu’à défendre celle de la monarchie. Mais à sa décharge, le couple n’est pas venu au pays uniquement pour faire du tourisme et se faire prendre en photos.

Pendant que les enfants passent le plus clair de leur temps dans la résidence du lieutenant-gouverneur de la Colombie-Britan-nique (où, on le présume, le petit George apprendra à faire des high five), William et Kate ont un horaire bien chargé.

Déjà, ils se sont rendus dans un quartier défavorisé de Vancouver, où ils ont découvert un refuge pour des mères isolées et souffrant de dépendances. Ils ont aussi été dans un centre d’accueil pour réfugiés syriens, discuté d’environnement dans une forêt pluviale protégée, appuyé des citoyens d’une Première Nation autochtone désireuse de protéger son dialecte et passer du temps au Yukon.

Notons que la visite royale fait bien l’affaire du premier ministre Justin Trudeau et de son épouse. Sophie Grégoire et Kate Middleton avaient l’air de deux bonnes copines, alors que M. Trudeau et le prince William s’efforcent de démontrer qu’ils partagent la même vision et la même ouverture sur le monde.

Une visite médiatique, donc, mais qui profite autant à la monarchie qu’à la dynastie politique au pouvoir à Ottawa. Ne manqueront plus que des images des enfants Trudeau en train de jouer avec les mignons petits visiteurs britanniques et le tour sera joué.

En attendant, rappelons-nous que ces visites ont un coût. En 2011, le Canada avait dû débourser 2,1 millions $ pour accueillir et assurer la sécurité de Kate et de Williams lors de leurs nombreux bains de foule, organisés afin qu’ils puissent être vus de leurs sujets.

Autant d’argent qui ne pourra aider les mères souffrantes de dépendance, les réfugiés et les autochtones qui ont attiré l’attention de la famille dans les derniers jours.