Pas au resto, mais à la source

De nombreux adolescents préfèrent la malbouffe aux menus santé de leur cafétéria scolaire, pouvait-on lire dans l’Acadie Nouvelle au début de la semaine. S’il ne s’agit pas d’une bonne nouvelle, ce n’est pas une bombe non plus.

N’importe quel automobiliste qui roule régulièrement près d’une école, sur l’heure du midi, a déjà été témoin de cette scène: des dizaines d’élèves qui marchent sur un trottoir ou qui traversent la route en même temps, plus ou moins l’un derrière l’autre. Il n’est pas difficile de deviner quelle est leur destination.

L’enquête de l’Acadie Nouvelle a permis de révéler que plus de la moitié des 22 écoles secondaires francophones de la province se situent à moins de 10 minutes de marche d’un fast-food. Ce n’est évidemment pas un hasard.

L’une des clefs du succès d’un restaurant consiste à se créer une clientèle nombreuse et fidèle. Quel meilleur moyen d’accomplir cet objectif que de convaincre les élèves d’une école voisine de se laisser tenter par le menu.

Or, la malbouffe, on le sait, peut avoir des conséquences néfastes sur la santé des jeunes (et bien sûr des adultes). Les personnes responsables d’élaborer les menus dans les cafétérias scolaires ont énormément cheminé sur cette question depuis 10 ans. L’époque où il était possible de manger des frites pratiquement chaque jour dans l’enceinte de l’école est révolue.

Malheureusement, une partie de ces efforts sont anéantis par l’attrait qu’exercent les fast-foods sur la clientèle étudiante. Qu’est-ce que ça donne d’investir temps, argent et énergie à offrir des repas nutritifs avec les quatre groupes alimentaires si une bonne partie de nos jeunes n’ont qu’à sortir pour s’acheter un trio hamburger-frites-boisson gazeuse?

Dans ce cas précis, il se pourrait fort bien que le problème soit insoluble. Personne n’est prêt à injecter des millions de dollars pour exproprier les restaurants-minute. À l’inverse, à moins de clôturer nos cours d’école et de poster un enseignant ou un agent de sécurité aux entrées, il est illusoire d’interdire aux élèves de s’y rendre. Et même si on agissait ainsi, que ferait-on avec le parent qui irait chercher son enfant à l’école, sur l’heure du midi… et qui l’amènerait ensuite manger au resto?

C’est sans oublier que tous les restaurants n’ont pas un gros «M» jaune planté dans leur stationnement. Bien des cantines, diners ou autres commerces du genre se spécialisent dans la friture. Qui déterminerait quel endroit est acceptable ou doit être banni?

Les écoles font partie intégrante de la communauté. Et celle-ci comprend, qu’on le veuille ou non, les fast-foods. À part offrir une solution de rechange de qualité à la cafétéria et faire de la sensibilisation, il n’y a pas grand-chose que l’on puisse faire face à cette problématique.

Un coup de magique ne réglera rien, ce qui ne signifie toutefois pas que les gouvernements ne peuvent rien faire pour améliorer la situation. Après tout, l’enjeu de la malbouffe, de l’obésité et de la santé ne se résume pas aux restaurants-minute de votre quartier. Il est possible de travailler en amont.

De ce côté, les nouvelles sont prometteuses.

Le journal La Presse a révélé que le gouvernement Trudeau dévoilera d’ici peu un plan visant à éliminer les gras trans, réduire le sel dans les aliments transformés et favoriser une meilleure nutrition.

Voilà qui aura un impact concret dans notre assiette et sur notre santé.

Quand on sait à quel point les études scientifiques sont unanimes face au danger des gras trans, il est scandaleux de savoir que ceux-ci se retrouvent encore en grande quantité dans les aliments en vente dans nos épiceries. Aux États-Unis, qui viennent d’agir sur la question, on estime que la disparition des gras trans permettra d’éviter des milliers de crises cardiaques chaque année.

La même chose vaut pour l’excès de sel, considéré par les spécialistes mondiaux de l’hypertension et des maladies cardiovasculaires comme étant néfaste pour l’ensemble de la population, quel que ce soit l’âge.

Il ne reste plus aux gouvernements Gallant et Trudeau que de trouver le courage politique pour taxer la malbouffe. Le jour où nos jeunes trouveront trop dispendieux de s’acheter une boisson gazeuse ou un sac de croustilles dans le dépanneur le plus près, ils se laisseront peut-être tenter par autre chose. Ou pas.

Nos écoles n’ont pas été construites sur des îles isolées de toute civilisation. Il n’est pas possible de faire table rase de tout ce qui les entoure. Il ne nous reste donc qu’à contrôler ce qui peut être contrôlé. C’est pourquoi nous applaudissons la volonté du gouvernement du Canada de serrer la vis à l’endroit de l’industrie alimentaire.