Le président attendu

La Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick poursuit son virage qui lui permettra, nous l’espérons, de laisser derrière elle la crise de gouvernance qui l’a considérablement affaibli. Une lueur d’espoir pointe à l’horizon.

Un militant bien connu, Kevin Arseneau, a annoncé qu’il sera candidat à la présidence. L’élection aura lieu lors de l’assemblée générale annuelle, les 22 et 23 octobre, à Bathurst.

L’Acadie Nouvelle n’accordera pas un appui officiel à un candidat ou un autre dans cette course. Il ne fait toutefois aucun doute qu’à ce point-ci de son histoire, la SANB a besoin d’un Kevin Arseneau, que ce soit le vrai ou une autre personne qui, comme lui, pourrait amener une énergie et une vision nouvelles au sein de l’organisme.

La dernière chose dont a besoin la Société de l’Acadie du N.-B. est un candidat qui représente la continuité ou la «vieille» façon de mener les affaires courantes. Sa crédibilité est présentement au plus bas en raison de tous les déchirements dont elle a été victime, à la suite des attaques à répétition qu’elle a subies de la part de plusieurs membres du Forum de concertation des organismes acadiens.

Ceux-ci avaient mené une fronde contre la présidente Jeanne d’Arc Gaudet afin de forcer sa démission. Celle-ci a éventuellement quitté son poste, sans que cela ne ramène au bercail les membres démissionnaires. Son successeur Philippe Beaulieu a fait ce qu’on attend d’un chef par intérim, soit tenir la barque loin des récifs et vaquer aux affaires courantes (en embauchant un nouveau directeur général).

Ce n’est toutefois pas lui qui refera de la SANB un acteur incontournable sur le front linguistique. Là n’est pas son rôle.

C’est là que la candidature de Kevin Arseneau suscite la curiosité. Celui qui s’est fait un nom à titre de président de la Fédération des étudiantes et étudiants du Campus universitaire de Moncton souhaite poursuivre son engagement public, cette fois à la tête de la SANB.

Kevin Arseneau a dirigé le regroupement étudiant en 2013-2014, une année qui a été particulièrement difficile pour l’Université de Moncton au chapitre de ses relations publiques. Alors que les tempêtes se succédaient, M. Arseneau s’est distingué par la qualité de ses interventions et par sa façon d’identifier clairement les problèmes qui affligent l’U de M en proposant les remèdes de cheval appropriés.

En septembre 2013, le président du Conseil des gouverneurs, André Richard, s’apprêtait à réclamer un nouveau mandat. La Féécum a alors lancé une campagne visant à empêcher celui-ci d’être réélu, en rappelant tous les dérapages survenus pendant son premier mandat (embauche contestée d’une nouvelle vice-rectrice, condamnation généralisée du manque de transparence de l’institution, célébrations du 50e anniversaire noyées dans la controverse, sortie d’un livre-choc, poursuite judiciaire, etc).

Sous la pression publique, M. Richard s’est finalement désisté.

M. Arseneau a aussi mené le combat pour l’embauche d’un ombudsman pour trancher les litiges et mettre un terme à ce qu’il qualifie de culture du secret et de l’intimidation.

Une bataille qui a été reprise par ses successeurs, malheureusement sans succès jusqu’à maintenant.

On notera que dans ces deux cas et dans bien d’autres, M. Arseneau ne s’est pas contenté de réagir aux controverses quand elles sont survenues. Il est allé au-delà des coups afin de provoquer des changements lorsqu’ils étaient nécessaires.

C’est exactement ce dont a besoin la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick.

Il lui faut un président (ou une présidente) qui saura mieux jauger les enjeux et qui fera pression sur le gouvernement avant même que les décisions soient prises et coulées dans le béton.

Bref, un leader.

La SANB ne doit pas se contenter d’être vue comme un organisme qui approuve ou conteste deux jours après une annonce, dans un communiqué de presse, une situation qui touche les droits des Néo-Brunswickois francophones.

Elle doit être un vecteur de changement, capable de rendre inconfortables nos politiciens par la justesse, la pertinence et la légitimité de ses propos, tout comme l’a été la Féécum pendant le règne de M. Arseneau.

Évidemment, il est pas mal plus compliqué d’influencer l’action d’un gouvernement que celle d’une université publique. C’est pourtant ce que doit viser la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick.

Pour le moment, Kevin Arseneau est à la SANB la personne qui a le mieux démontré, par le passé, cette capacité de rallier les gens et attirer l’attention des médias afin de forcer une administration opaque à se remettre en question. Si quelqu’un d’autre croit pouvoir faire un aussi bon travail, qu’il n’hésite pas à se présenter.

La Société de l’Acadie du N.-B. vit un moment charnière dans son histoire.

La qualité du successeur de Jeanne d’Arc Gaudet et des stratégies qu’il mettra en place détermineront si la SANB peut espérer retrouver la crédibilité qui lui fait désormais défaut ou si elle poursuivra sa chute dans l’indifférence générale.