Le temps des décisions difficiles à l’U de M

L’Université de Moncton a donné le mandat à son vice-recteur à l’enseignement et à la recherche, André Samson, de se pencher sur la pertinence de certains programmes d’études. Un exercice qui devra être mené jusqu’à sa conclusion logique, malgré les grincements de dents que cela implique.

L’Université de Moncton offre environ 165 programmes pour quelque 4200 étudiants dans ses trois campus de Moncton, de Shippagan et d’Edmundston. Dans les faits, certains cours sont très populaires (en éducation, en administration et sciences sociales, notamment) alors que d’autres n’attirent à peu près personne.

Or, quand un cours, un programme ou une spécialisation attire moins d’étudiants que le nombre de doigts sur une main, il est plus difficile de justifier les coûts pour le maintenir (professeur, superviseur, encadrement, ressources, etc.). Surtout, cela pose des questions sur la nécessité d’offrir certains programmes qui attirent un aussi petit nombre d’apprenants.

C’est encore plus vrai de nos jours, alors que la situation financière de l’établissement est devenue plus précaire. Le nombre d’étudiants est à la baisse. De plus, le gouvernement provincial a ordonné au cours des dernières années à la fois des gels des droits de scolarité et de ses subventions.

L’Université de Moncton est consciente du problème depuis plusieurs années, même si elle n’a pas osé agir jusqu’à maintenant.
En 2011, un comité avait évalué les 18 programmes les moins populaires de l’institution. Le rapport recommandait d’en abolir huit. Cette année-là, 10 des 18 programmes en question n’avaient produit aucun diplômé.

La tentative de réforme s’est rapidement transformée en un problème de relations publiques. Les opposants ont pris le dessus du pavé en démontrant que l’abolition de programmes aurait des conséquences sociales importantes, mais n’aboutiraient qu’à des économies marginales.

Devant l’opposition grandissante, le Sénat académique de l’U de M a finalement préféré ne rien faire. Il a choisi en mars 2014 de ne pas recevoir le rapport en raison de «problèmes» avec la méthodologie du groupe de travail qui l’avait rédigé. Il n’a même pas débattu des recommandations proposées.

Deux années et demie de perdues plus tard, la situation de ce qui est la plus importante institution de l’Acadie ne s’est pas améliorée.

Nulle part cela n’est plus visible que dans la décision de l’Université de Moncton, campus d’Edmundston (UMCE), d’encourager huit professeurs à se prévaloir d’une retraite anticipée. L’argent ne pousse pas dans les arbres et la démographie ne joue pas en faveur de l’U de M. Des décisions déchirantes sont prises.

L’UMCE comptait l’an dernier 55 professeurs réguliers. Or, 12 d’entre eux se sont fait offrir une retraite anticipée, soit pas moins de 21% de son corps professoral, ou un professeur sur cinq. Ce n’est pas rien.

Il faudrait être aveugle pour ne pas voir l’impact du départ de professeurs parmi les plus expérimentés sur la qualité de l’enseignement. Ce genre de scénario pourrait être appelé à se répéter dans les trois campus.

L’U de M semble heureusement avoir retenu des leçons du fiasco de 2014. D’abord, le vice-recteur Samson a pris loin de ne pas se perdre dans un labyrinthe de procédurite. Au lieu d’imposer la même grille d’évaluation à tous, il a plutôt invité les véritables experts – les responsables des programmes des facultés – à présenter des propositions. Ceux-ci sont en effet les mieux placés pour juger si un programme qui compte peu d’inscriptions joue quand même un rôle crucial en Acadie, si un autre coûte trop cher pour l’importance dont il dispose dans le département, etc.

Tout cela ne servira toutefois à rien si les hautes instances de l’Université de Moncton se cachent la tête dans le sable, comme la dernière fois, et abandonnent leurs responsabilités devant la première montée de boucliers.

Les réponses se retrouvent-elles dans les 83 recommandations et les plus de 500 pages que compte le rapport Samson? Difficile à dire, ne serait-ce que parce qu’on ignore pour le moment les économies qui seraient générées par les compressions et le coût de mise en oeuvre des propositions.

De toute façon, ce serait une erreur de résumer à un simple exercice comptable la tâche qui attend la direction de l’université acadienne. Nous croyons toutefois qu’il est sain de sa part de s’interroger sur ses façons de faire.
Ce n’est pas menacer la mission généraliste de l’Université de Moncton, ni l’empêcher de jouer son rôle de phare en Acadie que de vérifier si son offre répond encore à la demande et est toujours pertinente.