Hôpitaux et religion: un mariage imparfait

Bien des lecteurs de l’Acadie Nouvelle sont restés surpris d’apprendre dans nos pages que certains de nos hôpitaux sont la propriété de l’Église catholique et que cela influence la nature des soins qui sont y sont offerts.

La Cour suprême du Canada a décrété l’année dernière que l’aide médicale à mourir doit être légalisée au Canada. Elle impose toutefois des conditions très strictes. Elle doit être administrée par un médecin à des adultes consentants, qui sont atteints de problèmes de santé «graves et irrémédiables» et qui sont victimes de souffrances intolérables.

Les gouvernements provinciaux ont dû s’ajuster. Au Nouveau-Brunswick, des premiers patients se sont prévalus de ce droit.

L’aide à mourir n’est toutefois pas offerte partout. Cet acte médical est interdit au sein de quatre hôpitaux situés en Acadie et deux autres basés dans des communautés anglophones, et ce, pour des raisons religieuses.

Nous éprouvons un malaise face à cette situation. Notre gouvernement est laïc, tout comme le système de santé qu’il administre. Déterminer quels traitements seront offerts à quels endroits selon les fonds disponibles et les exigences de la loi est une chose. Prendre ces mêmes décisions en tenant compte de l’Église catholique, dans une province où les citoyens sont de moins en moins pratiquants et où les églises se vident, en est une autre.

En y regardant de plus près, nous réalisons que le gouvernement a les mains liées dans ce dossier. Et pas parce qu’on retrouve une petite chapelle dans chaque hôpital de la province.

Plusieurs centres hospitaliers portent un nom à consonance religieuse (l’Enfant-Jésus de Caraquet, Stella-Maris-de-Kent, Saint-Joseph de Dalhousie et Hôtel-Dieu Saint-Joseph de Saint-Quentin). Contrairement à ce qu’on pourrait croire, ce n’est pas un simple souvenir de l’époque où ils étaient dirigés par des congrégations.

Ces édifices (et les terrains sur lesquels ils ont été bâtis) appartiennent à l’Église catholique, ou plus précisément à Santé Catholique Internationale. Le contrat qui lie cet organisme au gouvernement du N.-B. prévoit que des interventions contraires aux valeurs de l’Église ne peuvent y être pratiquées. Cela comprend l’aide à mourir, bien sûr, mais aussi l’avortement, la stérilisation, etc.

En échange, le gouvernement s’occupe de gérer lesdits hôpitaux. Les soins sont offerts aux citoyens de toutes les religions.

Un contrat est un contrat. Le ministre de la Santé, Victor Boudreau, ne peut pas tout simplement le rompre. Si le ministre ne souhaite pas être pris à construire de nouveaux hôpitaux, il n’a pas le choix de respecter les directives du propriétaire ou de négocier avec lui des assouplissements.

Aussi bien dire que ces restrictions sont là pour rester, à moins qu’un tribunal soit invité à trancher et ne juge que le contrat est illégal ou anticonstitutionnel. Il est cependant peu probable qu’on en arrive là.

En effet, ce débat est plutôt théorique. Même si le gouvernement du Nouveau-Brunswick trouvait une façon de se libérer des clauses les plus controversées du contrat signé avec Santé Catholique Internationale, il est peu probable que l’aide à mourir soit alors offerte dans tous les hôpitaux du Réseau de santé Vitalité.

Nous parlons en particulier de quatre établissements de santé de petite taille, qui offrent peu de soins spécialisés. Ils transfèrent régulièrement des patients dans les grands centres. Un bon exemple est l’avortement, qui n’est offert qu’à Bathurst et à Moncton.

Le point important est l’accessibilité. L’aide à mourir – tout comme les autres services offerts par le système de santé – doit être offerte à tous, sans discrimination.

Or, il y a longtemps que les Néo-Brunswickois, et en particulier ceux qui résident dans les régions rurales, ont appris que l’accessibilité ne signifie pas que le traitement ou la procédure sera offert dans l’hôpital le plus proche de leur communauté.

Chaque année, des milliers de patients sont transférés à Moncton, à Saint-Jean, à Halifax, à Québec, à Montréal ou plus loin encore pour y recevoir des soins contre le cancer, les maladies cardiaques, etc, et qui ne sont pas disponibles dans leur coin de pays.

Comprenons-nous bien. Si le Réseau de santé Vitalité annonce un jour ne pas vouloir offrir pour des motifs religieux ou moraux l’aide à mourir, l’avortement ou toute autre procédure légalisée, nous aurons de bonnes raisons de nous insurger.

Nous n’en sommes pas là.

Néanmoins, nous ne pouvons nier qu’il fût une époque où les gouvernements étaient trop désorganisés, trop pauvres ou pas intéressés à fonder des hôpitaux dans les régions rurales francophones. Les congrégations religieuses ont heureusement pris la relève. Cela a toutefois des conséquences qui se font encore sentir de nos jours.

Nos dirigeants n’ont pas le choix de tenir compte de cette réalité.