Formation et marijuana: se donner toutes les chances

Nous sommes plusieurs qui auraient voulu se transformer, le temps de quelques heures, en une petite souris capable d’entendre les discussions qui ont mené le Collège communautaire du Nouveau-Brunswick à créer un programme de formation en production de marijuana.

Imaginez. Depuis toujours, la marijuana a mauvaise presse auprès des autorités. La lutte contre le cannabis est une priorité des forces policières partout au Canada. Il se passe rarement quelques jours sans qu’une saisie ait lieu quelque part au pays ou que quelqu’un soit arrêté et accusé d’être un trafiquant.

Les choses ont toutefois évolué depuis que l’utilisation de la marijuana médicinale a été autorisée au Canada, au début des années 2000.

Un autre pas important a été franchi avec l’élection du premier ministre Justin Trudeau, qui s’est engagé à décriminaliser la possession de cannabis à des fins récréatives.

Les temps changent. Les sondages démontrent d’ailleurs qu’un nombre toujours plus grand de répondants est en faveur d’une politique de décriminalisation.

Le Nouveau-Brunswick, qui n’a pourtant pas l’habitude d’être à l’avant-plan des grands changements économiques et sociaux, est en train de se laisser séduire. Le gouvernement provincial voit là une occasion de créer de l’emploi et de relancer l’économie de certaines régions.

Bref, il ne veut pas laisser passer le train. Et c’est tout à son honneur. La dernière chose dont nous avons besoin est d’un gouvernement qui rejette du revers de la main une entreprise créatrice d’emplois pour des raisons idéologiques ou rétrogrades.

Dans son plan économique de 10 ans, rendu public il y a un peu plus d’un mois, Fredericton identifie la marijuana médicinale comme un axe de développement prometteur. On y explique que le Nouveau-Brunswick possède les atouts nécessaires pour «maximiser le potentiel de cette nouvelle industrie».

Fredericton est déjà passée de la parole aux actes dans ce dossier en prêtant 4 millions $ au producteur Zenabis afin de l’aider à transformer l’ancienne usine de textile Atlantic Yarns en installations pour la culture de marijuana médicinale.

Preuve de l’importance qu’il accorde au projet, le premier ministre Brian Gallant s’est déplacé à Atholville afin d’effectuer l’annonce en personne.

C’est dans cette optique qu’il faut analyser et juger la décision du Collège communautaire du N.-B. de se lancer dans ce domaine de formation, malgré les critiques qui ne manqueront pas de fuser.

Les décideurs du CCNB sont d’ailleurs conscients des dangers de dérapage. N’allez pas leur dire que les étudiants apprendront dans les classes comment «faire pousser de la mari». Ils ne manqueront pas de vous répliquer que la formation sera plutôt axée sur le respect des normes environnementales, de celles de l’industrie médicale ainsi que sur les critères de qualité.

Nous nous doutons bien que les inscriptions seront surveillées de près, le CCNB voulant certainement éviter que des étudiants astucieux suivent la formation pour travailler non pas dans une usine homologuée, mais pour améliorer la qualité de leur production maison, dans un sous-sol. On peut imaginer la crise de relations publiques qu’aurait à gérer le collège si le nom de l’institution commence à sortir lors de témoignages de trafiquants dans les tribunaux.

D’autres s’interrogeront sûrement sur l’utilité d’offrir un tel programme alors qu’il n’y a qu’un seul producteur homologué en activité au Nouveau-Brunswick (OrganiGram, à Moncton) et un seul autre qui projette de le devenir (Zenabis, à Atholville).

À ceux-ci, nous répliquons que plus encore que l’Université de Moncton, c’est le rôle du CCNB de s’adapter aux exigences du marché du travail. Cela comprend la nécessité de créer de nouveaux programmes ou de les éliminer quand ils ne sont plus pertinents.

Un bon exemple est le cours de technique radio, que le CCNB-Dieppe a cessé d’offrir en 2006, faute de débouchés et d’intérêt, mais qui a été ressuscité en 2010 dans la Péninsule acadienne. Le marché a évolué et le collège s’est adapté.

C’est ce qu’il fera aussi dans le cas du cannabis thérapeutique. Zenabis prévoit créer 500 emplois d’ici trois ans, dont au moins la moitié pour la production. OrganiGram, qui a le vent dans les voiles à Moncton, croit tellement au nouveau programme qu’il a participé à sa création.

L’avenir nous dira si cette nouvelle industrie aura des airs de miracle ou de mirage pour l’économie néo-brunswickoise.

En attendant, nous nous donnons toutes les chances de réussir en appuyant les entreprises qui veulent se développer à partir d’ici et les travailleurs qui veulent travailler dans ce domaine.