Passer de l’espoir à l’action

Il y a déjà une année, les électeurs de l’Atlantique surprenaient le Canada tout entier en faisant place à un raz-de-marée libéral. Les 32 circonscriptions de la région sont désormais peintes en rouge.

Pour montrer l’ampleur du renversement, il faut rappeler qu’au matin du 19 octobre 2015, les conservateurs trônaient dans huit des 10 circonscriptions du N.-B. La province ne comptait qu’un député libéral, soit Dominic LeBlanc, dans Beauséjour.

Le triomphe du nouveau premier ministre du Canada, Justin Trudeau, a été accueilli avec un grand soupir de soulagement à Fredericton. Le courant ne passait tout simplement plus entre les libéraux provinciaux et les conservateurs fédéraux. On rappellera que Stephen Harper et même ses députés et ministres (au premier chef Bernard Valcourt), ne se gênaient pour critiquer publiquement l’action de Brian Gallant et de sa garde rapprochée.

L’arrivée de Justin Trudeau au pouvoir a complètement changé la donne au chapitre des relations entre le fédéral et le provincial. Des projets qui dormaient sur la table à dessin ont finalement eu le feu vert. C’est l’effet le plus visible du changement de garde.

Le dossier de l’agrandissement de l’aéroport de Bathurst est un bon exemple. L’élection d’un député libéral dans Acadie-Bathurst et d’un gouvernement libéral majoritaire à Ottawa aura permis à ce projet d’une importance cruciale dans le Nord-Est de débloquer en seulement quelques mois.

La même chose peut être dite à propos du Centre naval de Bas-Caraquet, que le gouvernement du Nouveau-Brunswick vient de racheter afin de le sauver de la faillite. L’administration Trudeau s’est engagée dans le projet jusqu’à la hauteur de 12 millions $, un investissement qui aurait été inimaginable si le gouvernement Harper avait été réélu.

Ces nouvelles ont permis à la lune de miel de Justin Trudeau de se poursuivre avec ses électeurs, particulièrement en Acadie. La population a espoir que le gouvernement réussira à améliorer ses conditions de vie. Jusqu’à maintenant, il n’a pas déçu, en bonifiant l’aide destinée aux familles avec de jeunes enfants, en confirmant qu’il allait éliminer les clauses les plus controversées de la réforme de l’assurance-emploi et en donnant le feu vert à des projets d’infrastructure importants.

Cela se reflète aussi sur l’humeur du gouvernement Gallant. Celui-ci tente de profiter pleinement de la popularité du grand frère fédéral pour améliorer son propre taux de satisfaction auprès de la population.

De même, vous aurez beaucoup de difficulté à trouver un haut gradé gouvernemental prêt à critiquer publiquement Justin Trudeau. Au contraire, quand celui-ci a annoncé que le prochain juge de la Cour suprême du Canada pourrait ne pas être originaire de l’Atlantique, comme le veut la tradition, Brian Gallant n’a pas exprimé de préoccupations, mais a plutôt partagé sa confiance à l’endroit du jugement de son collègue. Un pari qui a rapporté, un juge de Terre-Neuve ayant finalement été retenu.

Néanmoins, certains nuages pointent à l’horizon et pourraient finir par éroder la confiance de la population et même celle des libéraux provinciaux.

Le dossier d’Énergie Est piétine. Le gouvernement du Nouveau-Brunswick mise beaucoup sur cet oléoduc qui permettrait d’apporter le pétrole de l’Alberta jusqu’à la raffinerie Irving de Saint-Jean.

À Fredericton, on trouve Justin Trudeau hésitant sur cette question et on craint qu’il n’apaise le Québec en bloquant le mégaprojet. On chuchote dans les coulisses que M. Trudeau aurait promis un oléoduc à l’Alberta – pas deux – et que celui en direction de la Colombie-Britannique pourrait être retenu.

Le financement de la santé est une autre pomme de discorde potentielle. Le gouvernement Harper a réduit à 3% la croissance des transferts fédéraux à cette fin, une politique que le nouveau premier ministre s’est bien gardé de modifier. Au Nouveau-Brunswick, on souhaite que l’argent ne soit pas versé per capita, comme cela est prévu, mais plutôt en tenant compte du vieillissement de la population, un problème qui affecte particulièrement notre province.

Côté économie, nous avons espoir que l’arrivée d’un gouvernement plus interventionniste pourra bénéficier aux régions rurales de la province. Il faudra bien plus que quelques projets d’infrastructures, aussi majeurs soient-ils, pour relancer et diversifier l’économie de régions qui montrent tous les symptômes d’une récession.

Or, rarement les Néo-Brunswickois ont-ils pu compter à Ottawa sur un ministre aussi influent que Dominic LeBlanc. Nous comptons sur lui pour livrer la marchandise, par exemple en pavant la voie à la décentralisation d’emplois fédéraux dans nos régions acadiennes. Si le député LeBlanc se contente de laisser sa marque dans le monde des pêches, son mandat aura été un échec.

L’élection de Justin Trudeau a été porteuse d’espoir au Nouveau-Brunswick. Cet espoir est aussi synonyme de grandes attentes. Il devra se transformer en changements concrets et visibles dans les communautés néo-brunswickoises. Pour réussir, nous avons besoin à Ottawa d’un partenaire fort, fiable et qui croit au potentiel des régions rurales.