Encore plus d’argent

Tous les chefs de gouvernement au Canada vous le diront, le système de santé est un gouffre sans fond. On a beau y pomper des milliards de dollars supplémentaires chaque année, il n’y a rien à faire. Les besoins restent criants.

La santé représente de loin le plus important poste budgétaire du Nouveau-Brunswick.

Chaque année, plus de 2 milliards $ sont injectés pour payer nos médecins, nos infirmières, nos ambulanciers, nos spécialistes et tous ceux et celles qui tiennent à bout de bras notre précieux système de santé.

C’est beaucoup. Et c’est insuffisant. Le gouvernement provincial continue de patauger dans les déficits. La dette augmente, ce qui rend encore plus difficile la tâche de maintenir à flot le système. Rappelez-vous que pas plus tard que l’année dernière, le ministre de la Santé, Victor Boudreau, parlait ouvertement de la possibilité de fermer des hôpitaux. Il a finalement reculé.

N’empêche, il s’agissait là d’un cruel rappel de la capacité financière de son gouvernement et des choix épineux qui pourraient un jour devoir être faits.

Sans aide extérieure, le Nouveau-Brunswick n’arriverait pas à offrir des soins de santé gratuits, d’excellente qualité et dans toutes les régions, comme c’est le cas présentement. Nous sommes trop peu nombreux et pas suffisamment riches pour nous payer ce luxe.

Heureusement, nous faisons partie d’une fédération. Avec les transferts en santé et la péréquation, nous recevons de l’argent qui nous permet d’offrir des soins comparables à ce qui se fait dans les autres provinces.

Le gouvernement du Canada est conscient du rôle qu’il doit jouer. Il faut toutefois lui tordre le bras pour le convaincre d’être plus généreux.

Le premier ministre Paul Martin avait négocié en 2004 une entente avec les provinces qui comprenait une augmentation de 6% par année des transferts en santé. Pour plusieurs, ce n’était pas suffisant. Il fallait plus. Beaucoup plus. Mais dans les faits, cela a permis à celles-ci de planifier leurs budgets à long terme avec une augmentation tout de même appréciable des revenus en provenance d’Ottawa.

En 2011, les conservateurs ont toutefois annoncé unilatéralement que la formule serait modifiée à compter de 2017. Nous y sommes presque.

Avec cette nouvelle règle, la croissance du montant total des transferts en santé sera déterminée selon la croissance du PIB de l’ensemble du pays (avec un minimum de 3%). La part de chaque province sera déterminée selon son nombre d’habitants. Une stratégie qui fait l’affaire des provinces en forte croissance, comme l’Alberta, mais qui punira celles dont la population est stagnante et vieillissante, comme le Nouveau-Brunswick. Nous perdrons ainsi plus de 700 millions $ en 10 ans.

La méthode de calcul adoptée par les conservateurs ne sera sans doute pas retenue par les libéraux de Justin Trudeau, même s’ils adoptent présentement la ligne dure. Elle semble être plutôt une base de négociations. La nouvelle administration sait qu’elle devra mettre de l’eau dans son vin.

D’abord, il faut comprendre que le Nouveau-Brunswick n’est pas seul dans cette situation.

Le Québec est déjà sur la ligne de front. Mais surtout, la plus importante province du pays, l’Ontario, s’indigne déjà des pertes anticipées, qu’elle évalue à 400 millions $ l’an prochain. Dans ces circonstances, la province peinerait à «garder les lumières allumées» dans ses hôpitaux, a imagé récemment le ministre de la Santé, Eric Hoskins.

De plus, le fédéral propose déjà une vision. Il s’est engagé à verser 3 milliards $ sur quatre ans pour les soins palliatifs, l’innovation, la santé mentale et pour permettre de soigner les gens à la maison.

Par contre, Ottawa souhaite imposer des conditions sur la façon dont l’argent sera dépensé dans les provinces, une vieille marotte libérale qui horripile au plus haut point le Québec.

Sur ce dernier point, nous ne nous opposons pas à l’ajout de conditions si celles-ci font partie d’une formule de financement qui sera plus généreuse pour les Néo-Brunswickois. Nous parlons de milliards de dollars et il est tout à fait normal que le gouvernement du Canada souhaite imposer des normes nationales.

Il y a une quinzaine d’années, le gouvernement Lord s’était retrouvé dans l’eau chaude quand une partie de l’argent reçu d’un fonds fédéral pour l’achat d’équipement médical avait été utilisée pour acheter un tracteur à gazon ainsi qu’une déchiqueteuse hors de prix. Des histoires de cet acabit sont dévoilées chaque année dans toutes les juridictions.

Surtout, il faut convenir que les dizaines de milliards qui ont été injectés depuis l’entente de 2004 n’ont pas résolu les problèmes comme le manque de médecins de famille, l’attente dans les urgences, etc. Dans ces circonstances, il n’y a rien de mal à essayer une nouvelle formule avec de nouveaux critères… à condition que l’argent soit au rendez-vous.