Une fuite qui en dit long

Le congrès à la direction du Parti progressiste-conservateur du Nouveau-Brunswick, qui aura lieu samedi dans la capitale, pourrait nous réserver des surprises, si on en croit le contenu de la liste des délégués qui a été coulée dans les médias.

La liste en question nous permet de connaître le nombre de délégués par circonscription mais aussi leur langue maternelle. C’est ainsi que nous avons découvert que moins de 10% des participants au congrès sont inscrits en tant que francophone.

Le document nous apprend aussi qu’une infime partie des 7414 citoyens qui choisiront leur prochain chef viendront des circonscriptions du Nord. Plus de la moitié des délégués vivent dans la région de Saint-Jean ou celle de Fredericton.

La publication de ces données ne fait pas l’affaire des bonzes du Parti progressiste-conservateur, qui n’aiment pas qu’on leur accole l’image d’une formation politique qui n’a plus d’assises dans le Nord francophone.

Le parti a déjà annoncé vouloir punir les responsables de la fuite. Il a aussi tenté de limiter l’ampleur des dégâts en expliquant que plusieurs francophones aiment recevoir leur documentation dans la langue de Shakespeare. Enfin, si le délégué n’a pas pris la peine de noter sa langue de préférence au moment de s’inscrire, le système informatique du parti choisira automatiquement l’anglais.

N’empêche, le parti aura fort à faire pour nous convaincre que des milliers de francophones du Nord ont oublié de choisir leur langue de préférence ou préfèrent lire en anglais. Les chiffres qui ont été dévoilés sont très probablement un bon reflet de la situation linguistique de ce congrès.

Cela est-il une nouvelle preuve, comme le craignent certains, que le Parti progressiste-conservateur s’est déconnecté de sa base francophone? Pas nécessairement.

Il faut comprendre que les congrès à la direction ne fonctionnent pas de la même manière que les élections provinciales. Les candidats n’essaient pas de séduire la population en général, mais tentent plutôt de convaincre un nombre important de militants de voter en leur faveur.

Or, quatre des sept candidats vivent à Saint-Jean ou à Fredericton. On n’en retrouve aucun dans le nord de la province (Jean Dubé, originaire de Campbellton, vit à Dieppe). Il est donc normal que les aspirants-chefs réussissent à faire sortir le vote là où ils sont le plus connus.

En termes plus clairs, si l’ancien vice-premier ministre Paul Robichaud avait été candidat au leadership, on retrouverait beaucoup plus que 47 délégués dans la circonscription de Shippagan-Lamèque-Miscou ou 81 participants dans Tracadie. On note d’ailleurs que la région d’Edmundston, fief de la députée Madeleine Dubé, comptera sur une représentation plus robuste (309 délégués, en comptant ceux de Victoria-La Vallée).

C’est ce même phénomène qui explique que Miramichi-Sud-Ouest-Baie-du-Vin sera la mieux représentée au congrès. Le député local, Jake Stewart, travaille ferme pour faire le plein de votes dans sa région. Cela ne signifie nullement qu’il est en avance sur ses adversaires ni qu’il obtiendra des appuis ailleurs dans la province.

La concentration du nombre de délégués dans certaines régions favorisera certains candidats et pourrait provoquer quelques surprises.

L’avocate Monica Barley, par exemple, compte la plupart de ses appuis à Moncton. Or, sa région n’enverra au congrès que 886 délégués, contre 1896 pour la région de Saint-Jean et 1817 pour celle de Fredericton.

Mme Barley, pourtant vue par plusieurs comme étant l’une des favorites pour rafler la mise, pourrait donc glisser de quelques rangs. À l’inverse, des candidats de Saint-Jean, comme Mel Norton ou Blaine Higgs, pourraient bien tirer leur épingle du jeu. Ne suffirait qu’un candidat ou deux se rallie au moment opportun pour que le suspense prenne fin rapidement, samedi soir.

Il ne restera alors qu’à découvrir quel genre de chef les délégués auront choisi de s’offrir.

Miseront-ils sur un chef rassembleur qui tentera de rétablir les ponts avec la minorité francophone? Pousseront-ils leur parti un peu plus à droite (réduction des impôts et des services)? Préféreront-ils suivre un chef qui leur répétera que les autobus «unilingues» coûtent trop cher ou qu’il faut mettre fin à une interprétation «trop généreuse» des droits linguistiques au profit de ce fameux «gros bon sens» utilisé à mauvais escient si souvent par le passé afin d’attaquer nos acquis? Ou consacreront-ils la rupture avec l’électorat francophone en choisissant un candidat unilingue?

L’impact du vote de samedi se fera sentir jusqu’aux élections provinciales du 24 septembre 2018 et même au-delà. Nous invitons les membres du parti à ne pas oublier, au moment de voter, l’épithète «progressiste» qui orne le nom de leur formation et de ne pas choisir la voie de la division.