Avec ou sans les francophones

Les militants du Parti progressiste-conservateur ont tranché. Avec l’élection de leur nouveau chef Blaine Higgs, la formation politique consacre son virage afin de devenir un parti plus à droite, moins progressiste et encore plus éloigné de la minorité francophone.

Intéressons-nous dès le départ à l’éléphant dans la pièce. Le nouveau chef ne parle pas le français. M. Higgs songeait à se présenter à la tête de son parti depuis au moins la défaite électorale de 2014, mais ce n’est qu’il y a un certain temps qu’il a commencé à suivre des cours de langue seconde.

Ce n’est pas la première fois que son parti choisi cette voie. David Alward ne parlait qu’un français rudimentaire en 2008, quand il est devenu chef du Parti progressiste-conservateur du Nouveau-Brunswick.

Mais M. Alward avait l’avantage de ne pas souffrir de la comparaison avec son adversaire, Shawn Graham, lui-même limité en français. Surtout, il pouvait s’appuyer sur un Paul Robichaud, qu’il a nommé vice-premier ministre. M. Robichaud prenait énormément de place dans l’espace public, au point où il était devenu le visage francophone de M. Alward dans le Nord.

En tout respect pour Jean Dubé ou même Madeleine Dubé, M. Higgs ne jouira pas de cet avantage. Son parti a pratiquement été évacué de la carte électorale acadienne. Et il devra débattre avec Brian Gallant, un adversaire parfaitement bilingue.

Cela dit, et c’est peut-être la chose la plus inquiétante, le nouveau chef et son parti en sont parfaitement conscients. L’élection de Blaine Higgs envoie le message que le parti ne fera pas d’efforts particuliers pour séduire l’électorat francophone et qu’il est même prêt à s’en passer. Cela, dans un contexte où de nombreux députés (dont M. Higgs lui-même) ont critiqué nos acquis depuis qu’ils sont confinés dans l’opposition.

Là-dessus, les mathématiques leur donnent raison.

Il est possible de gagner des élections au Nouveau-Brunswick sans les Acadiens. Le PC détient présentement 22 sièges. Il ne lui en manque donc que trois pour obtenir une majorité. Or, il y a des sièges occupés présentement par les libéraux et qui sont prenables pour les conservateurs à Saint-Jean, à Moncton et à Fredericton.

Cela dit, la tâche ne s’annonce pas facile.

En Blaine Higgs, les militants se sont en effet offert un vrai de vrai chef conservateur de droite, qui croit en un gouvernement moins interventionniste et qui veut réduire les impôts. Il existe un marché pour ce genre de vision. Il y a des électeurs qui sont inquiets du poids de la dette, qui croient payer trop d’impôts et qui se plaignent que les taxes sont trop élevées.

Mais forment-ils une majorité, même dans les centres urbains anglophones? C’est loin d’être certain. Le premier ministre Gallant a l’habitude de dire qu’il n’y a jamais personne qui l’interpelle pour lui dire que la dette est trop élevée et qu’il faut réduire nos dépenses afin de la rembourser. Or, c’est exactement ce genre de message que M. Higgs livrera… et qu’il a livré par le passé.

L’ancien ministre des Finances disait, avant le dépôt de ses budgets, qu’il faudra se serrer la ceinture, que l’exercice sera douloureux. Mais il n’a jamais livré la marchandise sur ce point, puisque c’est le premier ministre, dit-il, qui avait le dernier mot, à son grand désarroi.

Ça pourrait changer. Blaine Higgs est aujourd’hui le chef de son parti. Il a gagné la course avec une forte avance, sans avoir eu à dépendre de l’appui d’un kingmaker à qui il devrait faire des concessions. Il a le champ libre pour imposer sa vision sans compromis.

Il souhaite diriger une campagne électorale sans se livrer à une orgie de promesses électorales coûteuses que le Nouveau-Brunswick n’a pas les moyens de payer. Il souhaite cesser de construire des autoroutes ou de multiplier les programmes gouvernementaux, et ce, au profit d’une gestion plus serrée des dépenses. Une stratégie qui punira les régions qui ont du retard à ce niveau… comme celles du Nord.

Bref, Blaine Higgs rêve d’administrer un remède de cheval afin d’améliorer la santé de nos finances publiques. C’est peut-être ce dont elles ont besoin. Mais l’électorat voudra-t-il le suivre?

Historiquement, la réponse est non. Les gens préfèrent qu’on leur vende de l’espoir plutôt qu’un plan d’austérité. Les libéraux le savent et ont déjà commencé à marteler le message que M. Higgs veut cesser d’investir dans les régions et qu’il souhaite effectuer des compressions dans les soins de santé et en éducation. Et ils n’ont pas tort. C’est exactement ce que nous propose le nouveau chef conservateur.

Cette situation a le mérite de nous offrir un choix clair. Blaine Higgs et Brian Gallant ne sauraient être plus différents.