Des leçons à retenir du congrès

Beaucoup de choses ont été dites à propos du nouveau chef du Parti progressiste-conservateur du N.-B., Blaine Higgs. Plusieurs leçons restent à tirer de sa victoire, mais aussi de la façon dont elle a été obtenue.

Défaite du favori. Même s’il est un ancien ministre des Finances, Blaine Higgs n’était pas le favori au début de la course. Ce titre revenait à Mel Norton, maire sortant de Saint-Jean. Jeune, bilingue, moderne, il semblait être le tonique dont a besoin le PC pour défaire Brian Gallant, sortir de l’opposition et repartir à la conquête des régions francophones qui boudent désormais le parti.

Ce n’est qu’en fin de campagne qu’il est apparu clair que M. Higgs avait le vent dans les voiles. On peut deviner qu’il est devenu un choix de compromis pour les militants qui n’avaient pas confiance en M. Norton et Monica Barley, d’une part, mais qui ne voulaient pas se jeter dans les bras du controversé Jake Stewart, d’autre part.

Son sérieux et sa volonté de remettre les finances en ordre – un thème toujours populaire chez la base militante de cette formation – ont aussi joué en sa faveur.

Quant à Mel Norton, il ne faudrait pas se surprendre qu’il soit candidat aux prochaines élections. Advenant que le scénario d’un raz-de-marée libéral suivi de la démission de M. Higgs devienne réalité, il serait de facto le favori pour la succession.

Interminable. Le congrès a été beaucoup plus long que prévu, au point où des milliers de militants ont quitté les lieux après le premier tour. La situation a favorisé Blaine Higgs, qui avait rapidement pris une forte avance. Il est difficile de convaincre des militants épuisés ou en colère de rester voter quand les chances de victoire s’amenuisent. Un problème que n’avait pas l’éventuel vainqueur.

Intolérants minoritaires. Le candidat Jake Stewart, qui a fait campagne contre les droits linguistiques des francophones, a obtenu 12,8% des votes au premier tour de scrutin. C’est beaucoup et c’est peu.

S’il est toujours inquiétant de constater que des centaines de personnes ont choisi d’appuyer l’intolérance, il importe de mettre ce chiffre en perspective.

Le congrès, après tout, accueillait les conservateurs les plus militants. Or, même dans ce groupe mobilisé, à peine un peu plus d’un votant sur 10 a voté pour M. Stewart. On parle ici d’une minorité – bruyante, certes – mais qui ne représente pas une force au sein du parti. Blaine Higgs serait suicidaire de s’appuyer sur l’équipe Stewart pour élaborer ses politiques linguistiques.

Le pacte. Monica Barley, une Acadienne, avocate et diplômée de l’Université de Moncton, s’est alliée après le premier tour à Jake Stewart dans l’espoir d’aller chercher les votes qui lui manquaient pour l’emporter.

La stratégie lui a explosé en plein visage. Non seulement cet appui n’a rien changé à ses chances de succès, mais il a aussi ruiné son image politique. Mme Barley traîne désormais l’image d’une opportuniste qui n’hésite pas à aller contre les valeurs d’une bonne partie de la population si cela peut lui permettre de gagner quelques votes.

Elle n’a pas fini de devoir défendre ses propos sur l’assimilation (elle doute de son existence au N.-B.), sur la commissaire aux langues officielles (pas assez rassembleuse à son goût) et bien sûr son alliance avec Jake Stewart.

L’humiliation. Jean Dubé a peut-être livré la pire campagne à la direction de l’histoire du PC. Il s’est mis à dos l’establishment et a confirmé sa candidature sur le tard, avant de se retrouver pratiquement fin seul dans son coin le soir fatidique. Il n’a obtenu que 0,7% des voix.

Seul bon coup de sa part, il a été le premier à joindre le camp Higgs. Mais même là, avec aussi peu d’appuis, il est peu probable que le vainqueur auquel il s’est rallié se donne la peine de lui accorder une place parmi ses personnes de confiance. Plusieurs autres ont contribué, dans les coulisses, de façon beaucoup plus décisive à l’issue du congrès.

Défi de rassembler. Blaine Higgs ne semble pas particulièrement apprécié de ceux qui le connaissent pourtant le mieux, soit ses collègues de travail. Il n’avait l’appui avant le congrès que de trois députés. Et ses principaux adversaires dans la course à la direction (à l’exception notable de Mike Allen) ont d’abord eu le réflexe de joindre Monica Barley et Mel Norton.

Avant de convaincre la population du Nouveau-Brunswick qu’il est l’homme de la situation, il devra d’abord séduire son propre caucus. Un premier test pour celui qui dit vouloir unir son parti et «donner priorité à la province avant la politique».