À la conquête de l’Europe

Cela s’est fait non sans heurts, ni sans des revirements dramatiques de dernière minute, mais l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Canada a enfin été signé. Pour les entreprises du Nouveau-Brunswick, il s’agit là d’une occasion d’affaires inestimable.

L’Union européenne comprend 28 pays, y compris des puissances économiques comme l’Allemagne et la France. Elle compte plus de 500 millions de citoyens, la majorité ayant un niveau de vie semblable à celui que l’on retrouve au Canada.

Pourtant, plus de sept années de négociations, entreprises sous le gouvernement de Stephen Harper et conclues sous celui de Justin Trudeau, ont passé près de n’avoir servi à rien quand la Wallonie, une région francophone autonome de la Belgique, a imposé son droit de véto.

Les Canadiens qui ont suivi les psychodrames constitutionnels des années 1980 savent très bien qu’un rien peut faire dérailler les ententes les plus ambitieuses. En 1987, le «non» d’un député autochtone du Manitoba et celui du gouvernement de Terre-Neuve avaient suffi à enterrer l’accord du Lac-Meech.

En Europe, des négociations et des pressions de dernière minute ont finalement convaincu la Wallonie d’approuver l’entente. Celle-ci doit désormais être signée par les 28 gouvernements nationaux de l’Union. Bien des choses peuvent survenir d’ici là, mais l’avenir est prometteur. L’entente sera d’ailleurs mise en vigueur sur une base provisoire, en attendant que tout le monde appose sa signature.

Le gouvernement du Nouveau-Brunswick doit absolument accorder la plus haute importance à cet accord. Il doit préparer au plus tôt, si ce n’est déjà fait, une stratégie économique visant à encourager nos entreprises à accéder à ce gigantesque marché.

De par notre situation géographique, l’Europe devrait être un débouché important pour les produits néo-brunswickois. Or, pour une multitude de raisons (protectionnisme, langues, coûts, dépendance au marché américain), ce n’est pas le cas. Du moins, pas autant que cela pourrait l’être.

En Acadie, bien des entrepreneurs pourront vous confirmer qu’il est plus facile de vendre leurs produits de la mer en Asie plutôt qu’en Europe.

Or, l’accord économique qui vient d’être signé prévoit la réduction de frais de douanes de plusieurs industries bien implantées dans notre province, en plus d’harmoniser les normes et les règlements que l’on retrouve des deux côtés de l’océan Atlantique.

Par exemple, les droits de douane seront complètement éliminés sur plusieurs produits. Parmi ceux-ci, on retrouve le sirop d’érable, les fruits frais congelés et les fruits et légumes transformés.

De plus, les droits de douane seront en baisse sur les produits agricoles, tout comme pour les fruits de mer. Enfin, les producteurs de boeuf et de porc verront leurs quotas d’exportation annuels sans droit de douane être fortement augmentés.

Toutes des industries, vous l’avez noté, que l’on retrouve au Nouveau-Brunswick.

Les consommateurs pourraient aussi sortir gagnants. Des produits européens auparavant frappés de lourdes taxes (le fromage, notamment) se retrouveront bientôt sur les étalages de nos épiceries.

Détail important, c’est la toute première fois que l’Union européenne signe une entente de libre-échange. Cela survient alors que la Grande-Bretagne s’apprête à enclencher le Brexit, qui confirmera sa sortie du marché commun.

Les entreprises canadiennes (et bien sûr néo-brunswickoises) auront donc un avantage exceptionnel sur leurs compétiteurs du reste de la planète, y compris ceux des États-Unis. À condition de se donner la peine d’en profiter.

C’est sans oublier que le libre-échange a plus mauvaise presse que jamais chez l’Oncle Sam. L’un des candidats à la présidence (Donald Trump) a même promis de renégocier ou de déchirer l’entente qui lie son pays au Canada et au Mexique.

Bref, il ne faut pas tenir pour acquis notre accès privilégié au marché américain. Les choses pourraient malheureusement changer très rapidement.

Voilà pourquoi il est si important de mettre en place des conditions pour que nos pêcheurs, nos vendeurs de sirop d’érable, nos fermiers, nos producteurs et nos entreprises manufacturières réussissent à se tailler une place sur le vieux continent.

Des dizaines de milliers d’emplois seront créés au Canada grâce aux chefs d’entreprise qui auront eu le flair de profiter de l’Accord économique commercial et global entre le Canada et l’Union européenne (le nom complet officiel).

De nombreuses entreprises de la province ont profité de l’Accord de libre-échange signé en 1988 avec les États-Unis pour prospérer et créer de nombreux emplois dans leur communauté. Le moment sera bientôt venu de répéter cette histoire à succès, cette fois avec l’Europe.

Ne faisons pas l’erreur de regarder passer le train. Les portes de l’Europe seront bientôt grand ouvertes. À nous de nous y engouffrer.