Cet homme est dangereux

Les Américains éliront dans un peu plus de 72 heures leur nouveau président. Cette soirée pourrait être celle du triomphe de Donald Trump. Nous, Néo-Brunswickois, n’aurons pas la moindre once d’influence sur le résultat de cette élection. Cela ne signifie pas que nous ne devons pas nous y intéresser. Après tout, le résultat aura un impact sur notre qualité de vie.

Donald Trump est dangereux. C’est encore la manière la plus lucide de décrire le candidat républicain et adversaire de la démocrate Hillary Clinton. Son élection à la tête de la principale puissance politique, économique et militaire au monde serait une catastrophe pour les États-Unis et pour le reste de la planète.

Tout a été dit à propos de cet homme mégalomane, sexiste, raciste, menteur et adepte d’intimidation. Et pourtant, au moment de rédiger ces lignes, la plupart des sondages le mettent nez à nez avec Hillary Clinton. Entre un fou furieux et une femme d’expérience, compétente, mais avec quelques squelettes dans le placard, des millions d’Américains – peut-être même une majorité – choisiront le fou furieux.

Depuis le début de la campagne électorale,  nous avons appris à mieux connaître Donald Trump. Nous avons découvert un menteur pathologique, qui raconte les pires énormités et qui se fiche de savoir si elles contiennent un tantinet de vérité. Un journaliste du Toronto Star s’est donné la tâche quotidienne de dévoiler les mensonges que répète Trump. Il en dénombre régulièrement plus d’une quarantaine par jour.

Le milliardaire est aussi un raciste, comme l’ont notamment démontré ses propos sur les immigrants mexicains (des meurtriers et des violeurs), en plus d’être misogyne. Il a attaqué des journalistes, des animatrices et des candidates sur leur apparence, en plus d’avoir été enregistré en train de se vanter d’agresser sexuellement des femmes!

Mais son défaut le plus dangereux est sans aucun doute son narcissisme.

Donald Trump ne respecte personne d’autre que lui-même. Tout autre individu peut être victime de son mépris, comme on le voit par sa propension à insulter ses adversaires politiques (Ted Cruz le menteur, Hillary la corrompue…) Si vous croyez que Justin Trudeau réussirait à nouer de bonnes relations avec un tel président, détrompez-vous. Notre premier ministre serait aussi victime du traitement de l’intimidateur en chef.

Nous devons craindre les conséquences qu’aurait l’attitude du candidat républicain sur la scène internationale. Quand il est confronté à une situation qui ne fait pas son affaire, «The Donald» réagit toujours à l’offensive, en insultant l’adversaire et en empirant la situation. Imaginez-le en train d’essayer de dénouer une crise avec des puissances nucléaires comme la Russie, la Chine ou le Pakistan. On parle ici d’un homme au tempérament intempestif, qui n’écoute pas ses conseillers, qui préfère la dispute au compromis… et qui aurait accès à l’arme nucléaire.

Juste à y penser, nous en avons froid dans le dos.

La promesse de Trump qui a le plus fait couler d’encre est toutefois celle de construire un mur pour séparer les États-Unis du Mexique. Ce qu’on oublie parfois, c’est que le milliardaire et peut-être futur président souhaite aussi ériger un mur – virtuel celui-là – entre son pays et le nôtre.

En effet, Donald Trump est fermement opposé à l’Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA), qui est source de prospérité au Canada, et particulièrement ici au Nouveau-Brunswick. Il veut le renégocier ou carrément déchirer l’entente.

Comme c’est le cas pour toutes les autres 1promesses irréfléchies de Trump, sa haine contre le libre-échange ne s’appuie sur aucune statistique particulière. Il a l’impression que l’accord nuit à l’économie de son pays, ce qui est suffisant à ses yeux pour justifier son élimination.

Notons qu’environ 90% de ce que le Nouveau-Brunswick exporte prend la direction du marché américain. En fait, les économies de nos deux pays sont tellement intégrées qu’une rupture unilatérale telle que promise par Trump ne serait rien de moins que catastrophique.

L’impact se ferait sentir au-delà des pertes d’emplois chez nos entreprises exportatrices. La menace d’un krach boursier et de tout ce qui vient avec (récession, chute des rendements des fonds de pension, etc) serait bien réelle des deux côtés de la frontière.

Notons toutefois que dans ce cas de figure précis, Donald Trump n’est pas le seul critique de l’ALÉNA. Hillary Clinton souhaite aussi y apporter des changements.

Sauf que son opposition s’inscrit dans la vision d’un Parti démocrate qui a toujours été plus protectionniste, en raison notamment de ses liens avec le mouvement syndical. Une fois à la présidence, le bon sens finit généralement par reprendre le dessus.

L’onde de choc négative qui accompagnerait l’élection de Donald Trump à la présidence se fera sentir partout, y compris en Acadie. C’est pourquoi il faut espérer que les Américains lui infligeront une retentissante défaite, le 8 novembre. Le message doit être clair et résonner à travers le monde.

Croisons-nous les doigts.