Des bonbons et des oublis

Avec la lecture de son discours du Trône, le premier ministre Brian Gallant a désormais le regard tourné vers la prochaine campagne électorale.

C’est la troisième fois que le gouvernement Gallant se livre à ce genre d’exercice. Nous vous mettons au défi de résumer les deux premiers, ou même de citer de mémoire quelques-unes des mesures qui avaient été promises.

Le discours de cette année est dans la même veine. Cela ne signifie pas qu’il soit vide de contenu. Mais il ne contient rien qui influencera positivement ou négativement le vote des électeurs en septembre 2018.

Ce n’est pas là une surprise. Les discours du Trône ne sont qu’une grande vitrine que les gouvernements utilisent pour se mettre en valeur. Le temps d’une journée, tout le gratin de la province converge vers la capitale. La planète Nouveau-Brunswick tourne alors autour du parti au pouvoir. On ajoute à cela une bonne couche d’apparat, de tradition et de décorum pour faire bonne mesure, en plus de diriger les projecteurs pour la seule fois de l’année sur la lieutenante-gouverneure.

Bref, une belle occasion de marketing et de visibilité gratuite.

Les libéraux ont choisi cette année de mettre l’accent sur l’éducation. C’est une décision censée. En effet, ce secteur est l’un des rares où le premier ministre Brian Gallant a réussi à apposer sa marque depuis son arrivée au pouvoir.

Dans les prochaines semaines, nous l’entendrons souvent parler de son Plan d’éducation de 10 ans, mais aussi des changements qu’il a apportés en immersion précoce en français (dans le système anglophone). Il vantera son programme de gratuité des droits de scolarité pour les étudiants de familles à moindres revenus. Il dévoilera aussi plus de détails concernant une promesse déjà annoncée et qu’on retrouve dans le discours du Trône, soit d’aider financièrement les parents à payer les frais de garderie.

C’est sans oublier que les annonces se sont multipliées depuis quelque temps, en particulier dans le réseau des Collèges communautaires, avec des formations en production de marijuana médicinale, en travail paramédical et dans le domaine des foyers de soins, sans oublier l’agrandissement du campus de Shippagan de l’Université de Moncton.

Les stratèges libéraux jugent (avec raison) que le premier ministre Gallant est en terrain plus solide quand il défend son bilan en éducation que quand il s’avance sur le terrain du taux de chômage, de la création d’emploi, de la lutte au déficit et même sur celui de la santé, où les défis restent nombreux.

Sur ce dernier point, il est important de noter que le discours du Trône comprend la promesse qu’aucun hôpital en milieu rural ne fermera ses portes.

Il n’y a pourtant aucune rumeur sérieuse qui court en ce sens. L’explication la plus plausible est que les libéraux ne perdent pas de temps à se positionner contre les conservateurs. Ceux-ci n’ont pas promis de fermer d’hôpitaux, mais ils viennent d’élire un chef qui s’engage à réduire considérablement les dépenses du gouvernement, y compris en santé.

Par ailleurs, le discours du Trône comprend quelques oublis importants. Parmi ceux-ci, nous sommes surpris de ne pas avoir lu une seule ligne à propos de la réforme municipale à venir. Le gouvernement s’est pourtant engagé à proposer une réforme dans les prochains mois, soulevant ainsi de grandes attentes au sein du monde municipal. Un discours du Trône, où on retrouve généralement peu de détails, mais de grandes orientations, aurait été le véhicule parfait pour confirmer la volonté des libéraux d’agir. Auraient-ils déjà reculé?

Nous sommes aussi déçus de voir Fredericton ignorer la question linguistique. Rappelons qu’après de longues hésitations, Brian Gallant s’était offert il y a un mois une série d’événements médiatisés pendant lesquels il avait vanté le bilinguisme.

L’occasion était belle de faire une nouvelle profession de foi, surtout avec l’élection d’un chef de l’opposition unilingue anglophone qui a déjà milité pour le parti CoR. Or, nous ne retrouvons nulle part dans ce discours des mots comme «langues officielles», «dualité» ou «bilinguisme». Ceux qui espéraient que la dualité linguistique soit étendue aux garderies ont été amèrement déçus.

Le gouvernement libéral a désormais les pieds bien plantés dans la deuxième moitié de son mandat. S’il n’est pas tombé dans l’esprit de l’Halloween en distribuant des bonbons aux contribuables, on sent toutefois une volonté de se bâtir et de vanter un bilan avant le jour du scrutin, tout en fourbissant les armes en prévision des attaques des partis de l’opposition.